Polytechnique d’un linceul

27.03.2015 par Alexandre Moatti, dans Non classé

J'ai assisté jeudi 19 mars au soir à Polytechnique (Palaiseau) à une conférence sur « Le Suaire de Turin » organisée par l'aumônerie et par la CCX (Communauté chrétienne de l'X). Après avoir ouvert la discussion sur Twitter avant la conférence à ce propos, je donnerai ici mes impressions personnelles, sans prétention académique sur un sujet qui a déjà largement été débattu (avec pour conclusion la non-authenticité du linceul de Turin, qui ne saurait être le suaire du Christ).

Annonce

Annonce sur le campus de l’École de la conférence du 19 mars (photo AM)

Tenue par le père Martin Pochon (compagnie de Jésus, formateur au Centre d'études pédagogiques Ignatien – et ingénieur centralien à l'origine), habitué de telles conférences, celle-ci regroupait une soixantaine d'élèves (ce qui est un nombre assez élevé) dans l'amphi Becquerel. Quelques personnes extérieures étaient venues – des aficionados du sujet m'a-t-il semblé.

Pendant 80mn (soit plus de 90% de la conférence), j'ai entendu, autour d'un drap tendu dans l'amphi (photo), une multitude d'allégations qui se voulaient scientifiques – il y en avait même trop : tout détail, aussi minime, constitue une preuve supplémentaire chez un convaincu. Le tout accompagné de quelques mentions savantes, comme le Ϫ² ou le module de Young, telle une caution à valeur référentielle dans un discours destiné à des scientifiques.

Linceul

Mise en place du tissu représentant le linceul de Turin, amphi Becquerel, École polytechnique (photo AM)

Aussi : ce curieux mélange d'un discours « scientifique » et d'un discours d'ordre émotionnel et religieux. On le décèle souvent chez les scientifiques théistes1 ou créationnistes : le père Pochon, dans son article sur le linceul dans la très sérieuse revue jésuite Études (2001), nous parle tout d'un coup, au milieu de ses « arguments scientifiques », d'« un corps dont le visage est d’une beauté exceptionnelle ».

Et, toujours, le leitmotiv d'une science qui se doit de douter – c'est même sa marque de fabrique – , utilisé là ad nauseam par le conférencier qui, pourtant animé par ailleurs d'une foi du charbonnier, applique ce leitmotiv à son profit : cependant, pour lui, le doute ne saurait bien évidemment porter que sur les preuves de non-authenticité (comme la datation radioactive), et pas sur ses « preuves » à lui.

Dans les 10 dernières minutes, le conférencier semblait faire marche arrière – technique classique –, quittant le domaine « scientifique » pour passer au domaine théologique, et concluant par : « Je ne sais si le linceul de Turin est vrai, mais son existence me conforte dans ma foi ». Soit. Comme un placebo, serait-on tenté de dire.

Je ne suis pas spécialiste du sujet du linceul2, mais ces multiples conférences à travers la France (comme, dans le domaine de l'Islam, les conférences créationnistes de Harun Yahyah, ou les expositions « La Science dans le Coran » dans des hôtels parisiens) me paraissent relever d'un phénomène de société à suivre attentivement. Que cette conférence à prétention scientifique se tienne dans un « temple » du savoir comme Polytechnique (même si c'est l'Aumônerie qui l'organisait) renforce une certaine impression de sidération et de malaise3. C'est – à mon avis tout à fait personnel – un signe de dérangement assez profond de nos sociétés : les sujets de sidération sont suffisamment forts et nombreux dans notre société sans qu'il soit besoin d'en ajouter ainsi d'autres.

[Compléments :
1/ cet article est par la suite paru, légèrement adapté, dans la version papier de Pour la Science, n°452, juin 2015 (début);
2/ sur un sujet connexe, voir aussi mon billet "Une critique chrétienne radicale de la technologie".]

_________________________________________

1 Chez Inès Safi (X86, docteure en physique, chercheuse CNRS/Université d'Orsay), qui écrit dans la mouvance théiste et concordiste de l'UIP (« Université interdisciplinaire de Paris »), on trouve, au détour d'un article très docte et se présentant comme scientifique, une phrase comme : « Le fait que la nature soit régie par un nombre si restreint de principes doit faire grandir l’émerveillement devant les œuvres du Créateur [...] » (in Inès Safi, « Atomisme, Kalâm et Tawhîd », Islam & Science, 5 novembre 2014 | consulté le 25 mars 2015).

2 J'ai évoqué le sujet dans mon ouvrage Alterscience. Postures, dogmes, idéologies (Odile Jacob, 2013), p. 123-125. J'y évoque la rhétorique du « mathématicien » A.-A. Upinsky, et les conférences sur le linceul qu'il donne dans des lieux (non scientifiques) comme l'église (intégriste) de Saint-Nicolas du Chardonnet, l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, N.-D. de Rocamadour. Le père Pochon lui-même sillonne la France pour des conférences sur le linceul.

3 Une telle conférence ne se serait pas tenue à Polytechnique il y a 20 ans. Je suis intervenu en fin de conférence (précisant que je respectais la religion et n'étais pas un « laïcard », mais étais un adepte du non-empiètement des magistères – le Non-overlapping magisteria de S. J. Gould) en indiquant que les tentatives d'explication de la religion par la science (c'est, par exemple, le cœur de la démarche créationniste) me paraissaient vouées à l'échec (voire même, d'un strict point de vue théologique, hérétiques ?). J'ai rappelé la phrase du théologien Karl Barth : « Qui serait-il donc ce Dieu, qu'on pourrait expliquer par des équations ? »

 


22 commentaires pour “Polytechnique d’un linceul”

  1. Polydamas Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Pourtant, un scientifique comme Raymond Rogers a démontré que les échantillons pris dans l'expérience concernant le carbone 14, n'étaient pas issus originellement du tissu, mais d'une réparation ultérieure. Etude qui, à ma connaissance, n'a pas été réfutée depuis.
    Sans compter les études réalisées par des italiens sur la possibilité d'un flash qui aurait imprimé le suaire.
    Donc, le débat est pour le moins ouvert, et dans ce cadre, il n'est pas choquant qu'on en traite ouvertement.

    Sources :
    http://en.wikipedia.org/wiki/Raymond_Rogers#Shroud_of_Turin
    http://opac.bologna.enea.it:8991/RT/2011/2011_14_ENEA.pdf

  2. Bruno Chanet Répondre | Permalink

    gare aux commentaires anonymes, ou avec pseudonyme, aux références ne respectant pas les règles du peer reviewing ...

    Merci pour votre papier M. Moatti

  3. dubois Répondre | Permalink

    C'est sûr que les croyants vont y voir une confirmation de leur foi et les athées une confirmation de leur athéisme.
    On ne les réconciliera pas.

    • Taki Répondre | Permalink

      Si le "saint suaire" existe et est l'original, c'est la preuve de l'existence de Jesus-Christ, et à priori de l'existence du dieu chrétien.
      Si c'est un faux, c'est juste la preuve 1 d'une manœuvre pour faire croire en dieu ou gagner du pouvoir sur les croyant, 2 d'une crédulité "volontaire" des croyants.

      Les athées auraient tord de voir dans les preuves de la falsification de ce suaire une preuve de la non-existence de dieu, comme d'ailleurs cela ne prouve pas qu'un saint suaire véritable n'ait pas existé.
      Les problèmes ne commencent-ils pas quand on VEUT conforter ses croyances à partir de n'importe quoi non ? Un athéisme viscéral basé uniquement sur une conviction aveugle me parait pas plus raisonnable qu'une autre mouvance religieuse. Même si les croyances avancées seront probablement moins fantasques que la majorité des corpus religieux pris dans leur sens littéral.

      • Alexandre Moatti Répondre | Permalink

        Dans ce billet, je n'ai pas parlé de position "athée" - d'ailleurs ce serait en effet une erreur de penser que le caractère faux du linceul est une preuve de la non-existence de Dieu (à vrai dire c'est la première fois que je lis pareille idée - c'est même une faute de logique !) A.M.

        • Taki Répondre | Permalink

          Veuillez m'excusez pour cette digression, je répondais effectivement plus au commentaire de Dubois qu'à votre (très intéressant) billet.

      • X.M-D Répondre | Permalink

        "Si le "saint suaire" existe et est l'original, c'est la preuve de l'existence de Jesus-Christ, et à priori de l'existence du dieu chrétien."

        J'ai un soucis avec cet énoncé ...

        1) Quand on n'a fait le tour de la question il n'existe pas de raison de douter sérieusement de douter de l'existence historique d'un personnage appelé Jésus Christ voir même de penser qu'il n' pas été crucifié.

        Ce point étant acquis ça ne démontre pas pour autant qu'il était dieu "engendré non pas créer" ou "ressusciter d'entre les morts" point qui sont par nature invérifiable. Or même si je ne suis un scientifique je sais que le discours scientifique s'occupe de ce qui est vérifiable.

        2) Tout ce passe comme si pour démontrer l'existence d'un miracle : " la résurrection" il vous fallait encore un autre miracle et ceci à l'infini. parce que en dehors du suaire ou avait aussi lez Titulus de la croix et ses divers fragments les vrais clous de la vrais croix (j'ignore si quelqu'un à entrepris un décompte exact des clous ou des morceaux de croix mais il y a de quoi clouer une armé) Bref une multitudes de reliques des curiosités archéologiques - le clou de crucifié dans l'ossuaire du grand prêtre - nonobstant les objet mythiques, la lance ou le Saint Graal...

        et en ce qui concerne l'Athée il n' a pas besoin de preuve.

        Parce qu'un athée c'est tout simplement une personne dénuée d'un sentiment religieux : "elle n'a pas la foi" et par voie de conséquence elle n'a pas besoin de vérifier.

        • X.M-D Répondre | Permalink

          "Si le "saint suaire" existe et est l'original, c'est la preuve de l'existence de Jesus-Christ, et à priori de l'existence du dieu chrétien."

          J'ai un soucis avec cet énoncé ...

          1) Quand on n'a fait le tour de la question il n'existe pas de raison de douter sérieusement de de l'existence historique d'un personnage appelé Jésus Christ voir même de penser qu'il n' a pas été crucifié.

          Ce point étant acquis ça ne démontre pas pour autant qu'il était dieu "engendré non pas créer" ou "ressusciter d'entre les morts" points qui sont par nature invérifiables. Or même si je ne suis pas un scientifique je sais que le discours scientifique s'occupe de ce qui est vérifiable.

          2) Tout ce passe comme si pour démontrer l'existence d'un miracle : " la résurrection" il vous fallait encore un autre miracle et ceci à l'infini. parce que en dehors du Suaire ou avait aussi lez Titulus de la croix et ses divers fragments les vrais clous de la vraie croix (j'ignore si quelqu'un à entrepris un décompte exact des clous ou des morceaux de croix mais il y a de quoi crucifier une armé) Bref une multitudes de reliques des curiosités archéologiques - le clou de crucifié dans l'ossuaire du grand prêtre - nonobstant les objetsmythiques, la lance ou le Saint Graal...

          et en ce qui concerne l'Athée il n' a pas besoin de preuve.

          Parce qu'un athée c'est tout simplement une personne dénuée d'un sentiment religieux : "elle n'a pas la foi" et par voie de conséquence elle n'a pas besoin de vérifier.

          Désolé pour la republication il y avait trop de fautes dans la première version.

  4. Artemus Répondre | Permalink

    Bonjour. Pourquoi utiliser une approche scientifique pour étayer une croyance afin de la rendre plus crédible ?
    L'approche scientifique ne peut pas être contestée et de ce fait, donne du poids à la démonstration recherchée.
    Seul la preuve scientifique viendrait confirmer l'existence du Christ et par conséquent la véracité de sa parole.
    Pourquoi les créationnistes ont-ils besoin de cette preuve ? C'est lourd de conséquence !

    Je pense qu'il y a une erreur de raisonnement de l’implication entre la cause que l'on veut démontrer et la conséquence vrai qui donnerait du poids à cette cause.

    De même pour discréditer une parole, il suffit de discréditer celui qui la prononce.
    Vouloir à tout prit démontrer que le Christ a vraiment exister, uniquement pour prouver que sa parole est vrai.
    C'est cette faiblesse dans la foi qui devient douteuse à mes yeux, car seul la parole du Christ suffit.
    Tout ce qui viendrait alourdir la croyance, avec insistance, serait plus que douteux.

    Au lieu de chercher une preuve indirecte, qui n'est pas une preuve en soi, il faudrait mieux comprendre ce que représente la parole du Christ.
    Car je pense que le fond du problème est cette parole délaissée, voire non comprise, d'où la crise de la foi chez les chrétiens.

    Avons-nous besoin d'une preuve pour croire dans le Christ ?
    Si nous en sommes là, à rechercher des preuves, alors c'est la fin de notre croyance.

  5. Nono Répondre | Permalink

    Si je puis me permettre, il y a 20 ans, de telles conférences (et d'autres) se déroulaient à l'X... Rien de nouveau sous le "soleil" du platal!

    • Alexandre Moatti Répondre | Permalink

      Des conférences sur le linceul, il y a 20 ans ? Vous confirmez ? Parce que des conférences type J.-P. Petit j'en ai vu à l'X, mais sur le Linceul, je suis intéressé à savoir si c'est vrai ou non.

      Cependant j'ai péché en refusant de voir le temps passé : j'aurais dû écrire "Il y a 35 ans, à l'X à Palaiseau, quand j'y étais en 1980, il n'y a pas eu de telle conférence".

  6. RICAUD Répondre | Permalink

    Il ne s'agit pas de preuve mais de signe ce qui est bien différent (cf le texte de Pochon sur le sujet )
    Le Linceul : un signe
    Le Père Martin Pochon, jésuite, ingénieur par sa formation initiale, est actuellement formateur au Centre d’Etudes Pédagogiques Ignatien, à Paris1. Il montre ici l’impor- tance de l’environnement culturel qui porte le signe et permet de le comprendre. C’est le contexte de sens qui permet de lire le Linceul ou les linges "affaissés " dans le tombeau vide comme des signes de la Résurrection.
    Le signe est un événement matériel qui désigne autre chose que lui-mê- me.
    Entre l’événement matériel et ce qu’il désigne il y a un changement d’ordre. Entre le doigt qui désigne la lune et la lune, il y a de l’espace. Entre le feu rouge perché sur un poteau et l’arrêt de la voiture il y a des éléments de langage qui ne sont pas de l’ordre de la couleur ni de la forme qui le supporte.
    L’événement matériel ne parle pas de lui-même, il suppose un univers d’interprétation. Il en est de même pour le Linceul de Notre Seigneur.
    1 - Prenons un premier exemple, très simple, celui d’un jeu de pis- te :
    Dans le cadre ludique d’un jeu de piste, un événement matériel, un chiffon rouge accroché à une branche peut signifier : "cherchez le message caché dans un rayon de 5 mètres ". Mais ce signe tangible ne peut être compris que par ceux qui auront entendu les règles du jeu données au départ. Le chiffon rouge ne dira rien au chasseur qui passera par là. Au mieux il indiquera une présence humaine.
    Si l’on connaît ce qui est désigné, le signe devient évident. Le chiffon rouge parle immédiatement à l’enfant qui fait partie des joueurs. Pour le chasseur, il n’y a pas d’immédiateté. S’il veut en savoir plus, il faudra qu’il explore tout ce que peut évoquer pour lui ce genre d’objet. Il fera appel à sa mémoire et à son imagination, il confrontera ce qui lui vient
    1 Le Père Pochon est par ailleurs l'auteur de "Adam et Eve, ou la mémoire d'un avenir " - 1996, et de "L'offrande de Dieu " - 2010 - Collection "Vie Chrétienne ".
    Par le Père Pochon, s.j.
    1
    à l’esprit avec ce qu’il observera, en élargissant son champ d’investiga- tion. Il pourra par exemple chercher dans tout le périmètre avoisinant, pour voir si le chiffon ne désignerait pas un autre objet matériel ou s’il n’était qu’un jalon sur un itinéraire. Il est évident que le temps qu’il consacrera à cette recherche sera fonction de ses centres d’intérêt per- sonnels.
    Si le chasseur croise les enfants, ils pourront lui expliquer le sens des signes qu’ils ont disposés, mais il faudra, s’il leur manifeste sa perplexi- té devant ce chiffon, qu’ils ne se moquent pas de lui s’ils veulent être entendus dans leurs explications ; il faudra qu’ils se montrent dignes de confiance.
    Le signe n’établit donc une communication entre deux personnes que sur la toile de fond d’un terrain d’entente.
    Entre l’événement matériel qui fait signe et ce qui est signifié, il y a toujours un univers de signification. Le passage du signifiant au signifié se fait toujours à l’intérieur d’un univers de langage.
    Il arrive même qu’un signe ne soit perçu correctement dans sa réalité matérielle que si l’on a connaissance de sa signification. Ainsi les ordi- nateurs ont encore beaucoup de mal à déchiffrer les écritures manus- crites, car ils ne peuvent s’appuyer sur le sens des mots et des phrases pour élucider ce qui n’est pas clairement défini. On retrouve le même genre de difficultés avec les logiciels de traduction. Ce n’est qu’à partir du sens global que l’on peut affiner le choix des "signifiants "; toute traduction met en œuvre un cercle herméneutique, c’est à dire une interprétation2 où la compréhension finale invite à reconsidérer le début : une première ébauche permet de deviner le sens visé par l’auteur, ce qui permet dans une relecture d’améliorer le choix des mots et donc la traduction.
    Le signe ne parle donc que dans un système de signification, dans un registre de compréhension. Le signe suppose toujours trois éléments :
    - le système de signification dans lequel on se situe, c’est l’englobant du signe et du signifié ;
    - le signifiant, i.e. l’élément matériel ou l’événement qui est l’aspect matériel du signe ;
    - le signifié, i.e. ce qui est désigné, qui est de l’ordre du sens.
    2 L’herméneutique était initialement l’interprétation des livres sacrés. 2

    Le signe n’établit donc une communication entre deux personnes qu’à la condition que ces personnes aient un registre de signification en partie commun.
    2 - Rapprochons-nous maintenant de notre sujet, considérons ce que le Nouveau Testament désigne sous le vocable de "signes et prodiges ".
    Les guérisons opérées par Jésus sont présentées comme des signes. Ce que nous venons de dire permet de le comprendre aisément. Les récits de guérison comprennent toujours les trois dimensions que nous venons d’évoquer :
    Le signifiant il n'y a pas de passage direct Un événement matériel ======= X ======= >
    (Une guérison physique par exemple)
    Une conception religieuse
    le signifié
    la puissance recréatrice de Dieu le Christ, Verbe de Dieu
    Une structure de pensée
    Un système idéologique ou une théologie
    Une liberté d’interprétation
    - Ce qui distingue les signes des Evangiles des signes de piste, c’est que l’événement qui fait signe est un "prodige ". C’est la guérison subite d’un malade ou un phénomène étonnant, inhabituel, qui rompt avec l’enchaînement ordinaire des choses de la nature. Les aveugles voient, les sourds entendent, les paralysés prennent leurs grabats et marchent, les lépreux sont guéris, etc. Ces événements physiques sont de l’ordre du signifiant, car ils ouvrent une question dans l’ordre du sens, ils posent la question de ce qu’ils signifient, de ce qui est signifié par là.
    - Dans les Evangiles, ces événements physiques surviennent conco- mitamment à une parole, à un univers de sens rendu présent par celui qui guérit, ou qui dit guérir. La nature semble immédiatement ordonnée à la parole, alors que d’habitude la transformation de la nature passe toujours par un travail plus ou moins important. Là, les deux ordres semblent communiquer immédiatement : le ciel et la terre se rejoignent parfaitement. Dans ce registre culturel, on
    3
    dira que les cieux sont ouverts et que les anges de Dieu montent et descendent au-dessus de celui par qui le prodige arrive. Ce dernier sera appelé Verbe de Dieu, parole active et dynamique, parole en actes.
    - Mais entre les deux, entre la guérison et la reconnaissance de Dieu ou de sa puissance recréatrice, il n’y a pas d’immédiateté. Certains comme l’aveugle-né (cf. Jn, 6) cherchent à connaître davantage celui par qui la puissance recréatrice de Dieu, sa miséricorde et sa bienveillance se sont manifestées. D’autres se sont demandé si ce n’était par la puissance du diable que ce Jésus de Nazareth guéris- sait. Pour dire cela, ils prenaient appui sur une certaine interpréta- tion de la loi religieuse : peut-on guérir, travailler, le jour du sabbat ? Les représentations culturelles des témoins conditionnent l’interprétation du signe, elles peuvent éventuellement faire obsta- cle.
    - Dans le cas des signes rapportés par les Evangélistes, le lien entre l’événement physique et la personne de Jésus n’est pas remis en cause. Dans les cas des miracles de Lourdes, le lien lui-même entre la guérison et le contexte religieux dans lequel elle se produit peut être remis en cause. Certains affirment que l’on connaît des cas de guérisons spontanées3 et, disent-ils, compte tenu du nombre de malades venant à Lourdes, il n’est pas étonnant que certaines se produisent à Lourdes. Ils considèrent le discours tenu par les "mi- raculés" comme l’habillage d’une guérison qui serait survenue ailleurs, si le malade s’était trouvé ailleurs au moment de sa guérison. Ou encore ils attribuent au psychisme du malade un rôle premier, ce qui permet souvent d’intégrer ce que disent les miraculés, car la guérison qu’ils vivent est tout autant spirituelle que physique. Mais cette dernière interprétation laisse en suspens bien d’autres aspects.
    - Ce qui précède suffit à montrer :
    3 Ce qui resterait à vérifier tout aussi scrupuleusement que les guérisons. Dans une émission intitulée "Miracles et guérisons inexpliquées " présentée par François de Closet, les guérisons spon- tanées présentées n’avaient pas du tout les mêmes caractéristiques physiques ou physiologiques.
    4
    * qu’il n’y a pas de signe, s’il n’y pas de guérison effective. Il n’y a pas de signe sans signifiant. Ou alors il faudrait considérer que les Evangiles ne sont que de belles histoires pour les en- fants ;
    * qu’un signe est plus une épreuve qu’une preuve. On peut entendre le terme d’épreuve au sens photographique du terme, car l’événement physique conduit ses témoins à révéler leur univers de langage et de sens, à le manifester. Les guérisons opérées par Jésus révèlent l’univers mental des pharisiens qui donnent la priorité aux prescriptions légales et non à la vie du "miraculé ". Les miracles de Lourdes révèlent l’allergie des "matérialistes " à toute transcendance. Après tout, leur démarche est rationnelle, car beaucoup de phénomènes inexpliqués à une époque ont trouvé leur raison à une autre époque. Ces signes révèlent aussi la "bonne volonté " de ceux qui désirent connaître davantage celui ou celle qui est plus directement associé à la guérison (Jésus, Marie ou tel saint), et ils prennent la qualité de ce qui est advenu dans les corps comme critère de vérité des propos qui sont associés à l’événement physique.
    - La guérison d’un homme ou d’une femme est donc toujours une épreuve, une mise à l’épreuve des témoins, de leurs systèmes de représentation et de la manière dont ils considèrent ces systèmes. Soit ils donnent la priorité à la vie concrète des hommes, la consi- dérant comme lumière de leur intelligence (cf. Jn 1, 4), soit, au contraire, ils considèrent leurs représentations comme critère d’appréciation de la vie. En effet :
    * s’ils sont idéologues, ils négligeront l’événement de la guérison et prendront leurs constructions mentales comme critère d’estimation de l’événement. Il n’y aura pas pour eux d’obéis- sance de l’intelligence à ce qui se révèle dans l’expérience historique, il n’y aura pas d’écoute attentive et active. Ils cher- cheront à se débarrasser de la cause du questionnement. Il n’y aura pas d’intelligence possible de l’événement, il ne leur restera que la solution du rejet. Ils ne chercheront pas à s’approcher de l’événement pour l’analyser de plus près. Ils
    5
    n’auront donc pas une attitude que nous qualifierions aujour- d’hui de scientifique. Il n’y aura pas non plus d’attitude de foi au sens biblique du terme – la foi se caractérisant dans la Bible par le fait d’avoir des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. On dira qu’ils sont de "mauvaise foi ";
    * s’ils donnent priorité à la vie de celui qui était malade, si la vie est la lumière qui les guide, ils accorderont du crédit à la paro- le de celui par qui il y a eu guérison, car il n’y a pas plus important et authentique que la vie. Ils chercheront à l’écouter.
    L’observation de la guérison les conduira à remettre en chantier leurs conceptions théoriques, si celles-ci ne per- mettent pas de rendre compte de l’événement ;
    * s’ils ne comprennent pas mais veulent comprendre, ils cher- cheront sans doute à vérifier la véracité de la guérison, puis ils chercheront à inclure dans leur réflexion tous les éléments connexes à la guérison : la demande du malade, les paroles de Jésus, les commentaires de Jésus, ceux des témoins... etc. Ils chercheront à faire des liens entre ces différents éléments et ces différents ordres, car le propre de la raison est d’établir des rapports entre les choses et les événements, la raison n’est pas une vérité toute faite. Si leur recherche est "de bonne foi ", ils seront conduits à prendre en compte le contenu des paroles de Jésus et à aller au-delà de la psychologie, voire de la psychosomatique. S’ils sont de "mauvaise foi ", ils n’iront pas voir, de peur de devoir remettre en chantier leurs conceptions.
    Le signe est toujours le lieu d’une liberté : celle de vouloir ou de ne pas vouloir connaître ce qui est désigné, celle de relier ou de ne pas relier l’événement au contexte de langage qui le porte. Mais les choix qui résultent de cette liberté ne sont pas neutres ; celui qui intègre le réel tel qu’il se révèle a plus de chance de vivre librement, car en faisant cela il ne refuse pas l’inattendu de la vie, alors que celui qui réduit l’univers à ce qu’il en connaît déjà borne son existence à ce qui est conforme à ses conceptions ; il ne risque pas de progresser dans sa relation au monde – par ailleurs il disqualifie le travail de tous les chercheurs à venir.
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    3 - Rapprochons-nous encore un peu plus du sujet qui nous inté- resse : considérons le tombeau vide.
    Pour les Evangélistes, il fait signe et il "fonctionne " comme un signe :
    - il comporte un événement tangible et matériel : des linges vides, des linges retombés ou affaissés (selon les diverses traductions), dont Jean
    nous donne une description précise ;
    - pour Jean, ce vide parle de la résurrection, il désigne la résurrec-
    tion du Christ, il exprime quelque chose de la vie du Père, de la vie
    du Fils et des relations de Jésus avec Notre Père ;
    - mais il n’y a pas d’immédiateté. Dans ce registre de compréhen-
    sion, le Linceul, dans sa matérialité, joue le rôle de signifiant ; l’uni- vers d’interprétation est celui de la Bonne Nouvelle, et la résurrec- tion est le signifié. Le décryptage de l’événement tangible est con- ditionné par l’univers mental des témoins et leur liberté d’interpré- tation :
    * les soldats, qui sont là pour faire respecter l’ordre, accusent les disciples de vol ;
    * Marie-Madeleine, elle, pleure la disparition du corps de Celui qu’elle aimait ;
    * Jean, quant à lui, rentre avec Pierre dans le tombeau, il voit et il croit. Et l’on peut légitimement penser en lisant son Evangi- le, que la disposition des linges était parlante pour lui et dési- gnait la résurrection, sinon on ne comprendrait pas pourquoi l’Evangéliste prend la peine de décrire en détail les différents linges et leur disposition. C’est pourquoi nous trouvons intéressante une traduction proche de celle proposée par Mgr Jean-Charles Thomas4 :
    "Donc Pierre sortit ainsi que l’autre disciple et ils coururent ensemble et l’autre disci- ple courut plus vite, dépassa Pierre, et arriva au sépulcre en premier et en se penchant il voit les linges affaissés ; cependant il n’entra pas. Arriva alors aussi Simon-Pierre qui le suivait et il entra dans le tombeau ; et il contemple les linges affaissés et le suaire qui était sur la tête [de Jésus], non pas avec les linges affaissés mais à part [ou différemment] enroulé en son lieu propre. Alors après entra aussi l’autre disciple qui était arrivé le premier au tombeau, et il vit et il crut. "5
    4 cf. "Les linges de l’ensevelissement ", MNTV N°40, juillet 2009, p. 3-9.
    5 Il est évident que la traduction de ce passage met en œuvre le "cercle herméneutique " évoqué ci- dessus : c’est le sens approché par une première lecture qui permet de faire un choix des mots possibles.
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    - Mais, pour passer de la disposition particulière des linges à la foi en la résurrection du Christ, il faut un arrière-plan qui n’est pas matériel. Il est clair que si aujourd’hui nous découvrions une pierre tombale déplacée dans un cimetière et que, regardant plus avant, nous trouvions un cercueil ouvert avec des habits vidés de leur contenu, notre première pensée ne serait pas de penser que le défunt est ressuscité. Nous nous demanderions ce qui a bien pu se passer : qui a retiré le corps du défunt et a pris soin de lui ôter ses vêtements ? Qui les a disposés soigneusement pour faire penser à une apparence humaine ? Pour peu que les journaux aient fait mention dans l’actualité récente de sépultures profanées, nous nous demanderions quel est le mauvais plaisant qui a voulu mettre en scène une résurrection, au mépris du respect du corps du défunt. Il n’y a donc pas à s’étonner de la réaction des gardes qui accusent les disciples ; ne les méprisons pas trop vite. D’ailleurs ce décalage entre le jugement que nous portons spontanément sur les gardes du tombeau et ce que nous penserions aujourd’hui face à une tombe éventrée montre que notre réflexion s’appuie sur bien d’autres considérations que l’événement physique.
    Mais les disciples, eux, ne pouvaient accuser les gardes, car ils savaient que les soldats n’avaient aucun intérêt à faire disparaître le corps. Et ils savaient qu’eux-mêmes n’avaient rien fait. Ils étaient renvoyés à une énigme concrète : qu’était devenu le corps et pourquoi les linges étaient-ils dans cette disposition ? Ils n’ont pas répondu immédiatement.
    Ce qui précède montre que les linges trouvés par Pierre et Jean ne prouvaient rien par eux-mêmes. D’ailleurs il n’est pas dit que Pier- re a cru en la résurrection en voyant la disposition des linges. Mais cette disposition et l’absence de corps ouvraient le champ de la ré- flexion. Il faudra la rencontre du Ressuscité pour que Marie-Made- leine croie. Le témoignage des femmes et le tombeau vide ne suffi- ront pas à susciter la foi des disciples – hormis celle de Jean.
    La diversité des interprétations face au tombeau vide et la non-foi des disciples après cette découverte montrent que le signe suppose toujours un univers de pensée qui conditionne son interprétation. Dans le même temps le récit évangélique nous montre que celui qui croit est aussi celui qui regarde de près. L’observation minu-
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    tieuse des faits va de pair avec la découverte du sens. Celui qui a compris que le doigt montre le ciel, regarde précisément le doigt pour voir quel astre il désigne. L’attention au signifiant matériel va de pair avec l’attention au signifié et à l’univers de signification auquel il renvoie. Ce n’est pas un hasard si le premier à reconnaître le sens du tombeau vide est le "disciple bien aimé ", celui qui était proche du cœur de Jésus. Ce n’est pas un hasard non plus si l’Evangile de Jean est celui qui cherche sans cesse à considérer les actes de Jésus comme des signes, s’il cherche sans cesse à expliciter le sens des actes de Jésus et à expliciter la réaction de ceux qui refusent d’entrer dans une attitude de foi qui permet de comprendre. La tradition chrétienne n’a-t-elle pas choisi l’aigle pour symboliser l’évangéliste? Et l’aigle n’est-il pas l’oiseau capable de voir le moindre mouvement de vie sur la terre depuis le ciel, tout en étant, selon la légende, capable de regarder le soleil, la source de la lumière ? Jean n’est-il pas celui qui s’intéresse autant aux détails matériels qu’à leur signification ou à ce qu’ils désignent ? N’est-il pas celui qui perçoit le sens des événements ?
    4 - Venons-en enfin au Linceul du Christ.
    Nous constatons qu’il fait signe aujourd’hui, comme le tombeau vide faisait signe aux disciples hier.
    - Il comporte une dimension matérielle, l’image “en négatif” d’un corps ayant subi le supplice d’une crucifixion. Pour beaucoup, cette image est considérée comme "non faite de main d’homme ". Cette empreinte tient du "prodige ", en ce sens qu’actuellement personne ne sait la reproduire dans ses différents aspects. L’observation minutieuse de la relique met en relief des données que l’on a du mal à relier les unes aux autres, la raison est mise à l’épreuve.
    * Tous les médecins qui ont étudié de près ce tissu affirment que cette empreinte a été faite par le cadavre d’un homme crucifié, mais aucun n’a pu reproduire ce type d’empreinte avec un cadavre, et pourtant les cadavres ne manquent pas ! On entend dire parfois qu’une empreinte de ce type aurait été laissée sur des draps par des personnes ayant beaucoup souf- fert et transpiré, mais aucun article scientifique n’en témoigne.
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    Il est significatif que les articles de Science et Vie (N° 1054, juillet 2005) et de Sciences et Avenir (N°767, janvier 2011), qui présentent des essais de reproduction du Linceul, mention- nent la plupart des articles publiés dans des revues à comité de lecture, sauf précisément celui qui rapporte les observations les plus directes et les plus étayées sur la nature de l’empreinte, à savoir celui de L. A. Schwalbe et R. N. Rogers publié dans la revue à comité de lecture Analytica Chimica Acta, (N°135, Amsterdam, 1982) : un article rédigé à la suite des travaux minutieux du S.T.U.R.P. Leur conclusion était sans appel : l’empreinte de la forme du corps n’est pas due à des pigments, mais à une altération superficielle des fibres du tissu.
    * L’analyse du taux de carbone 14 trouvé dans un échantillon du tissu correspond à celui que l’on trouve habituellement dans les substances végétales datant du XIVème siècle ; mais les élé- ments d’archéologie, que l’on cherche toujours à associer à ce type de mesure, sont contradictoires avec cette date : le tissu porte, autour de l’empreinte du visage, des traces de caractères grecs, latins et araméens que les paléographes et épigraphes datent du premier siècle, une période bien antérieure au XIVème siècle. Les traces de flagellation indiquent que le bour- reau s’est servi d’un fouet à lanières terminées par de petites altères ou par des osselets, ce qui correspond très exactement au flagrum romain, inconnu du Moyen-Âge. L’homme a été crucifié par des clous enfoncés dans les poignets, ainsi que faisaient parfois les romains, alors que cette méthode semblait parfaitement inconnue de l’occident du Moyen-Âge qui représentait toujours le Christ avec les clous dans les paumes. Enfin, une enluminure du codex de Pray, datée de la fin du XIIème siècle, représente schématiquement le Linceul avec ses originalités : tissu en chevrons, brûlures en L, absence des pouces, et un repli du Linceul sous le fessier qui n’a été mis en évidence sur le Linceul qu’en 2008, par Th. Castex. (cf. fig. 1 p. 17)
    Le signifiant du signe est donc déjà une question en lui-même. 10
    - Il ne peut être compris que dans un contexte de sens. De ce fait, les interprétations du signe sont encore plus diverses que pour le tombeau vide.
    * Certains parlent de supercherie et de fausses reliques. Ils affir- ment que l’empreinte a été faite par frottis sur un bas-relief.
    * D’autres reconnaissent que l’on ne sait pas actuellement expli- quer cette empreinte, mais ils pensent que l’on finira par en rendre compte sans avoir recours à l’hypothèse de la résurrec- tion.
    * D’autres mettent en œuvre un véritable questionnement, mais restent sceptiques par rapport au contexte de parole qui a tou- jours été associé à cette relique. Soit parce que le contexte de parole ne leur semble pas fiable, soit parce que le sens mis en jeu leur semble irrecevable.
    * D’autres encore regardent de près et se sentent invités, par la singularité de ce qu’ils observent, à adhérer aux dires des disci- ples qui témoignent du fait singulier de la résurrection.
    * D’autres considèrent le Linceul comme une preuve de la résurrection – mais ce n’est pas parce que l’empreinte concorde parfaitement avec les récits évangéliques de la Passion qu’elle prouve la Résurrection,
    +même si l’empreinte laisse penser que le corps n’est pas resté longtemps dans le Linceul et qu’il en a été retiré sans causer d’arrachement de fibres ;
    + même si l’on se risquait à attribuer la brûlure des fibres de lin à un phénomène nucléaire singulier.
    Ces événements singuliers concordent particulièrement bien avec l’événement de la résurrection et nous interrogent forte- ment sur les liens possibles entre le Suaire et le ressuscité, mais, entre un détachement sans arrachement et un homme ressuscité capable de s’adresser à d’autres, il y a une distance considérable, de même entre un phénomène nucléaire pour le moins singulier et la résurrection.
    La résurrection du Christ a pu entraîner des phénomènes phy- siques singuliers, tels que ceux que nous venons d’évoquer, mais ces événements physiques pourraient avoir d’autres cau- ses, même si nous ne les connaissons pas actuellement.
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    Si nous sommes capables de voir les étoiles, alors l’observa- tion au moyen d’une lunette astronomique peut nous désigner précisément l’étoile observée, mais si nous ne voyons pas les étoiles, l’orientation de la lunette n’aura aucun sens ; ou pour reprendre l’exemple de la tombe éventrée aujourd’hui dans un cimetière, il faudra bien d’autres considérations que les obser- vations matérielles pour envisager l’hypothèse d’une résurrec- tion, même si l’on trouvait dans le costume abandonné un taux de carbone 14 aberrant, par exemple si l’on trouvait dans un costume tissé et taillé selon le savoir-faire du XXème siècle un taux de carbone correspondant au XIVème siècle.
    Pour croire que le Linceul est un signe de la résurrection du Christ, il faut la conjugaison de plusieurs éléments et registres :
    - la connaissance des particularités physiques du Linceul ;
    - la rencontre du Christ ressuscité, ou la foi dans les témoins de la résurrection. Hormis Jean, les disciples n’ont pas cru en la résur- rection avant la rencontre du Christ ressuscité. Sans elle, le tom-
    beau vide et les linges abandonnés restaient une énigme ;
    - l’adhésion au contexte de sens proposé par les Evangiles, eux-mê- mes compris à la lumière de tout ce qui concerne Jésus dans les Ecritures (Lc, 24). Cette adhésion au contexte de sens ne se fait pas si elle ne rejoint pas l’attente ou l’espérance inscrite dans notre
    cœur.
    C’est la conjugaison de ces différents registres qui fait du Linceul un signe.
    Le Linceul comme signe peut donc :
    * conforter la foi de ceux qui croient en la résurrection, et orien-
    ter leur conception de l’événement : si l’on en croit les études actuelles sur le Linceul, la résurrection a effectivement concer- né le corps physique de Jésus ; la résurrection dont parlent les évangiles n’est pas une expression métaphorique ;
    * rester un simple questionnement scientifique pour les cher- cheurs physiciens, chimistes, historiens qui ne sont pas croyants. Le scientifique, s’il se limite à sa discipline, recher- chera toujours une cause physique à un événement physique.
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    Il restera indéfiniment dans ce qu’E. Kant appelle la chaîne de causalités empiriques (cf. Les antinomies de la critique de la raison pure) ;
    * être un signe de contradiction pour d’autres, qui refusent de faire entrer dans leur questionnement des observations bien établies, et qui disent par là-même leur "mauvaise foi ";
    * inviter les hommes en quête de sens à se poser la question de la résurrection ; mais il ne peut leur faire signe que si les hommes qui proposent cette interprétation se révèlent crédibles, c’est-à-dire s’ils manifestent que leur souci fondamental est de faire vivre ceux à qui ils s’adressent et pas de leur montrer qu’ils ont tort. Si nous espérons qu’ils s’ouvrent à ce que le Linceul désigne, il nous appartient alors de montrer que le sens dans lequel il s’inscrit est digne de foi, ce qui suppose de les inviter à découvrir bien d’autres choses que le Linceul ; il s’agit de leur permettre d’expérimenter la joie qu’il y a à vivre les béatitudes, la joie qu’il y a à participer à la construction du Royaume de Dieu, un Royaume où les cœurs vivent en communion, un Royaume où l’amour est plus fort que la mort.
    Martin Pochon s.j.
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  7. reydellet Répondre | Permalink

    il y a 50 ans, à l'X, il y avait un groupe catho très actif ...qui organisait des conf.
    il y avait aussi une cellule du parti communiste, beaucoup plus discrète, mais active.
    aujourd'hui, le fait qu'une conf sur le suaire se soit tenue dans un amphi à l'X n'est guère choquant, dans la mesure où ce type de conf est libre....non avalisé par la l'Ecole...
    au passage, 60 participants, la plupart sans doute présents par curiosité, ce n'est pas beaucoup : pour des conf politiques, il y a beaucoup plus de monde ...
    sur le fond, je soutiens la vraie science contre les charlatans, par exemple la nébuleuse soutenue par le GIEC grassement subventionné par l'ONU.
    Mais là, ce n'est pas correct !
    Daniel Reydellet (X64)

  8. Alain Verglas Répondre | Permalink

    Si Dieu existait, nous n'aurions plus besoin d'y croire...

  9. Martin POCHON s.j. Répondre | Permalink

    Note de Martin POCHON
    Je vois que le commentaire de Mr Alexandre MOATTI vient d’être publié dans la revue Pour la science N°452 sous le titre ‘Polytechnique d’un linceul', j’utilise donc le Blog pour lui répondre. Je préfère que les lecteurs de Pour la Science me jugent sur ce que j’écris plutôt que sur les on-dit.
    La question centrale me semble être la suivante :

    Les conclusions formulées en 1989 à l’issue des mesures du C14 et publiées dans la Revue Nature, sont-elles définitives ?

    Monsieur Moatti répond oui sans hésiter et c’est d’ailleurs le préambule fait à toutes ses interventions : la question a été réglée une fois pour toutes, cette pièce de tissu est moyenâgeuse.
    Personnellement je réponds non ; pour 3 raisons principales :
    1. Nous avons la quasi-certitude de l’existence de cette relique au XIIème siècle, soit 100 ans avant la ‘date Carbone’.
    2. De bons spécialistes ont analysé les résultats publiés dans la revue Nature de février 1989 et donnent des conclusions moins univoques. La prise au sérieux des mesures présentées par les trois laboratoires pose une question qui n’a pas été abordée dans l’article de Nature.
    3. L’incapacité des tenants de la date moyenâgeuse à fournir une explication plausible pour ce qui est de sa fabrication.
    Je vais essayer de faire bref, mais c’est difficile sur ce sujet. J’espère que les internautes auront l’esprit suffisamment curieux pour vouloir échanger sérieusement. Je les en remercie d’avance.

    1. Nous avons la quasi-certitude de l’existence de cette relique au XIIème siècle.
    Je considère en effet que les dessins contenus dans le Codex de Pray nous apportent la quasi-certitude que le linceul, était connu dans l’univers culturel Byzantin en 1192-1195 ; cette fourchette de datation du Codex de Pray n’est pas contestée.
    Ce Codex a été très étudié car il contient le premier texte entièrement en hongrois, un discours funèbre suivi d’une prière (en hongrois, Halotti beszéd és könyörgés). Le discours funèbre est aussi traduit en latin. C’est en même temps le premier texte écrit dans une langue finno-ougrienne (cf. Wikipédia). Ce document a été découvert par un jésuite, György Pray, en 1770. Il se trouve à la Bibliothèque nationale Széchényi de Budapest. La totalité est consultable sur internet (les photos numériques de chacune des 361 pages se trouvent à l’adresse suivante : http://mek.oszk.hu/12800/12855/html/index.html. Ce sont les 4 feuillets de dessins qui nous intéressent. Et plus précisément celui que l’on trouve à l’adresse : http://mek.oszk.hu/12800/12855/html/hu_b1_mny1_0062.html
    Il représente la mise au tombeau du Christ et, en dessous, des femmes qui apportent des vases. Sur ce dessin on peut noter les caractéristiques principales du Linceul tel qu’on peut l’observer à Turin :
    • Le corps du Christ est entièrement nu. Les mains sont croisées sur le pubis et les pouces ne sont pas apparents (alors que le pouce devrait être visible sur la main gauche et qu’ils sont représentés sur les 4 pages de dessins partout où ils doivent être vus)
    • Le motif en chevrons est fortement représenté sur le tissu montré du doigt par l’ange (Il faut noter que le linceul de Turin est le seul linceul que nous connaissions à ce jour, tissé en 3-lient-1 et en chevrons).
    • Le linceul de Turin présente 4 trous de brûlures antérieures aux traces de l’incendie de Chambéry de 1532. Ces quatre trous en ‘L’ inversé sont bien visibles sur le Codex de Pray au milieu des chevrons. Et il n’y a aucune raison que pour l’artiste dessine un tel motif décoratif à cet endroit.
    Mais il y a plus significatif et qui n’a été remarqué qu’en 2007
    • En 2007, Eric de Bazelaire (Docteur ingénieur de l’Ecole supérieure d’Optique, chercheur en optique et physique moléculaire au Laboratoire de l'Ecole polytechnique de Paris, chargé de cours à l'Ecole polytechnique et à l'Ecole supérieure d'aéronautique (1969-74) ) et Thierry Castex, en analysant l’image du linceul de Turin, ont fait remarquer que le tissu gardait les traces d’un repli ancien sous le bassin du ‘supplicié’. A cet endroit en effet, il n’y a pas de marques de fouet et dans cette zone on observe des marques en symétrie par deux. Par ailleurs les proportions de l’empreinte dorsale du ‘supplicié’ sont bien meilleures si on replie le tissu à cet endroit. Or il se trouve que le dessin du Codex de Pray présente un repli du tissu à cet endroit sous le bassin du mort.
    Ce qui signifie que l’on trouve, mises en évidence sur le Codex de Pray, les caractéristiques qui sont celles du Linceul de Turin, y compris celle que personne n’avait remarquée depuis qu’il circule en France et en Italie depuis son apparition à Lirey vers 1356. (Voir les photos de Thierry Castex : http://thierrycastex.blogspot.fr/ ). Par ailleurs il y a sur le Linceul de Turin, au dire des médecins légistes qui ont publié des études sur cette empreinte, beaucoup plus de détails physiologiques que sur les icônes ou les représentations, on peut donc penser que c’est lui leur source d’inspiration et non l’inverse. Ils pensent d’ailleurs (y compris le docteur Jacques di Costanzo qui s’était fait manipuler par la revue Science et Vie, N°1054, 2005) que cette empreinte a été laissée par un cadavre et non réalisée par un artiste.

    Compte tenu de ces éléments, et bien d’autres pourraient être fournis, et jusqu’à preuve du contraire, on peut donc dire que le linceul de Turin était connu dans la sphère culturelle Byzantine avant son apparition à Lirey.

    Une quasi-certitude n’est pas une certitude, mais elle oriente légitimement le questionnement. Les conclusions tirées des mesures de C14 faites en 1988 sont-elles irréfutables ?

    2. Questions soulevées par la datation carbone de 1988 (Nature, Vol.337, N°6208, pp.611-615, 16/02/89).
    Sur cette question il existe un grand nombre de publications. Je ne retiendrai qu’un ou deux aspects.
    • La première remarque que l’on peut faire est que le tableau N°3 donne deux plages de temps, fiable chacune à 95%, mais séparées : Arizona et Zurich d’un côté et Oxford de l’autre. C’est pourquoi, lorsqu’on essaie de calculer le taux de signification de l’ensemble des mesures, on trouve qu’il est de 5 % d’après l’article de Nature, c’est-à-dire que c’est strictement le taux minimum accepté pour affirmer que les écarts constatés peuvent être dus à des imprécisions de mesures. Ce qui signifie qu’il y a 95 chances sur 100 pour que les écarts de mesures ne soient pas dus à l’imprécision des mesures. Des spécialistes en calculs statistiques ont d’ailleurs repris les résultats bruts publiés dans le tableau N° 1 et ils ont trouvé 1,3 %,… autrement dit, la probabilité pour que la dispersion des résultats soit uniquement due à l’imprécision des mesures n’est que de 1,3%. Il est vrai, comme l’a reconnu Mrs Leese, qui a effectué les calculs statistiques publiés dans Nature, que le nombre des mesures n’était pas élevé et qu’elle a fait ce qu’elle pouvait avec les données fournies.
    • Ensuite les mesures n’ont pas été faites en respectant la procédure d’examen “en aveugle”. En soi cela ne change pas les mesures faites, mais cela fragilise les résultats car les laboratoires ont dit avoir éliminé les mesures aberrantes, sans le mentionner dans l’article de Nature et sans préciser ce qu’elles étaient, ni leur nombre, ni les critères qui ont engendré leur rejet. Elles étaient donc aberrantes par rapport à quoi ?

    Les laboratoires étant connus pour leur sérieux, il est normal de se demander si le tissu est homogène en C14, car l’écart de mesures entre les échantillons prélevés est important. Compte tenu de l’attestation historique du Codex de Pray, il est normal de se demander si la dispersion des résultats n’est due qu’à l’imprécision des mesures.

    • Cette question est d’autant plus légitime qu’en 1979, l'un des initiateurs de la méthode de datation AMS, le professeur Gove de l'université de Rochester, et son collègue Harbottle, avaient réalisé deux mesures à partir du morceau prélevé en 1973 pour le professeur Raes. Or les résultats qu’ils avaient obtenus divergeaient fortement : 1750 ans et 950 ans d'âge B.P.. La plupart des scientifiques ont rejeté ces mesures faites en 1979-1980 (publiées par Sox, H. David, The Image on the Shroud. Unwin, London, 1981, 161-167) parce qu'elles n'étaient pas réalisées dans des conditions suffisamment fiables: les échantillons de 1973 n’avaient pas été prélevés en présence du professeur Raes et le professeur Raes avait simplement conservé son échantillon dans un livret de timbres-poste. On peut en tout cas dire que ces premiers essais invitent à prendre au sérieux la dispersion des mesures de 1988.
    • On pourrait, dans la même ligne, mentionner les travaux récents (2013) du Professeur Giulio FANTI. Il a appliqué au linceul de Turin une méthode de datation non destructrice par spectrographie infrarouge et spectrographie Raman. Ses travaux avancent la date du premier siècle, avec une fourchette, certes importante : + ou - 400 ans, mais qui exclut le Moyen-Age. Le défaut de ces dernières mesures est qu’elles ont été faites sur des brins issus officieusement des prélèvements anciens. Il attend le feu vert du Vatican pour refaire ses mesures sur des échantillons homologués.

    Il ne s’agit donc pas de douter des mesures faites par les différents laboratoires, mais au contraire de prendre vraiment au sérieux leur travail et de se demander pourquoi il y a une telle dispersion des résultats.

    3. L’incapacité des tenants de la date moyenâgeuse à fournir une explication plausible de sa fabrication
    Je reconnais que ce dernier point n’est pas du même ordre que les deux précédents. Mais je suis frappé par la faiblesse ou la fausseté des propositions du faux moyenâgeux.
    • Faiblesse tout d’abord : je pense à l’ intervention de M. A. Moatti dans l’amphi Henri Becquerel le 19 mars. Pendant 6 minutes il nous a présenté ses titres fort honorables ; il nous a dit ensuite son émotion en pensant qu’un tel sujet puisse être traité dans un lieu aussi vénérable ; puis il a affirmé que parler du taux de signification des mesures faites par les 3 laboratoires était un effet de manche pour séduire le public, etc.
    Mais il n’a avancé aucune observation, aucun élément scientifique venant contredire, ou simplement infléchir la présentation qui venait d’être faite.
    Il dit que je ne mets en doute que ce qui ne va pas dans mon sens ; peut-être, mais j’ai rappelé lors de la conférence que le propre de la science n’était pas l’absence de passion, mais l’acceptation des débats contradictoires et pendant les six minutes durant lesquelles il est intervenu, il n’a apporté aucun élément d’observation contradictoire ; c’était pourtant le moment.
    • Faiblesse encore : je pense aux analyses de Walter MacCrone, souvent citées par les adversaires de l’authenticité. Peut-on accorder autant de crédit aux analyses faites sur les poussières récoltées sur le tissu qu’aux observations minutieuses faites directement sur le tissu pendant 120 heures par une équipe d’une trentaine de chercheurs ? Il est tout de même étonnant que le seul scientifique du STURP qui ne soit pas allé voir et analyser le tissu à Turin, soit précisément le seul à affirmer que l’empreinte est due à de la peinture, alors que tous les autres, qui l’ont observée par trente-six procédés en ont tiré la conclusion inverse. C’est un peu comme si le seul scientifique qui ne soit pas allé regarder dans la lunette de Galilée, avait affirmé haut et fort que les satellites de Jupiter n’existaient pas et qu’il ne fallait pas tenir compte des dires de ceux qui avaient regardé car ils ne pouvaient être objectifs, en effet, en acceptant d’aller regarder, ils montraient qu’ils étaient déjà à moitié convaincus ! Or je crois, en prenant une autre comparaison, que les prélèvements de poussières faits sur une cravate à la fin d’un bon repas disent davantage ce que vous avez mangé qu’ils n’apportent de renseignements sur la nature des motifs décoratifs de cet accessoire. Je vous signale à ce propos de la hiérarchisation des observations que le N° de Science et Vie de 2005 ne cite aucun des articles publiés par des membres du STRUP dans des revues à comité de lecture à la suite de leurs observations directes sur le Suaire de Turin.
    • Fausseté des propositions : Je pense à la méthode de fabrication d’un Suaire proposée Henri Broch et les membres du département de zététique de l’université de Sophia-Antipolis, procédé mis en scène et rapporté par Science et Vie en 2005 (N° 1054). Outre le fait que le Docteur Jacques di Costanzo, qui s’était prêté à la démonstration, a tenu à faire publier un démenti dans deux grands quotidiens du Sud-Est affirmant qu’il ne croyait pas à la valeur de ce procédé, il est manifeste que ce procédé n’est en rien conforme aux caractéristiques observées sur le suaire : l’article de Schwalbe et Rogers publié en 1982 dans la revue à comité de lecture Analytica chimica Acta, (N°135, 1982) montrait clairement que l’empreinte était due à une altération superficielle des fibres de lin et non à des dépôts de piments ou de collagène.
    Or, dans un travail scientifique, pour montrer la valeur d’une proposition, il faut prendre en compte la totalité des observations, quitte à en réfuter certaines en expliquant les raisons de leur élimination. Les ignorer ne peut convaincre que les ignorants.
    Par ailleurs l’empreinte montrée par Science et Vie ne permet pas de reconstituer en 3D un visage présentant les dégradés que présente l’image 3D du suaire.
    Comment se fait-il qu’Henri Broch et d’autres à sa suite, continuent de proposer cette méthode que l’on sait être fausse depuis les observations du STURP et l’article de Schwalbe et Rogers ?

    Voilà trois registres de réflexions qui m’invitent à penser que la question de l’authenticité n’est pas clause et qu’il convient de poursuivre les recherches.

    Il y a encore bien des éléments que je pourrais développer mais j’ai déjà été très long pour un blog ; je vous signale au passage que la brièveté n’est pas un critère de vérité.

    PS 1 : si vous voulez savoir ce que je pense des créationnistes vous pouvez aller lire le chapitre que je leur ai consacré dans : Les promesses de l’Eden, Ed. Vie Chrétienne/Ed Fidélité, 2013, p. 205-242. Je cite très positivement Stephen JAY-GOULD et partage totalement le point de vue qu’il a exprimé à leur égard dans « Et Dieu dit : ‘que Darwin soit !’ », Grasset, 2000, p. 124-125, note 1.
    PS 2 : je ne suis pas Centralien, j’ai fait l’ECAM : l’Ecole Catholique des Arts et Métiers, à Lyon.
    PS 3 : je n’ai pas dit : « Je ne sais pas si le linceul est vrai mais son existence me conforte dans ma foi », mais : « Compte tenu de la multiplicité des indices et de la singularité de cet objet, je me risque à croire, jusqu’à preuve du contraire, qu’il est effectivement le linceul du Christ, et dans cette perspective, et en l’interprétant comme un signe, (Cf l’article mis par un aimable internaute sur ce blog), il conforte ma foi. Disant cela j’ai parfaitement conscience de prendre un risque, mais un risque raisonnable.
    PS4 : dans la revue Etudes, d’avril 2001, je disais effectivement : « L’empreinte s’est révélée être le négatif absolument parfait d’un corps dont le visage est d’une beauté exceptionnelle ». M. A. Moatti me reproche de mélanger les registres et de parler esthétique au milieu d’un discours qui se veut scientifique. Je n’en parle qu’en raison de l’étonnement qu’a suscité le négatif photographique en 1898 : comment une empreinte aussi laide et énigmatique que celle que l’on voit à Turin pouvait-elle donner un portrait aussi réaliste et esthétique ? Devant le ‘négatif’, on en oublie l’original. D’ailleurs, la revue Pour la science ne montre pas l’empreinte telle qu’on la voit sur le linceul, elle montre l’image obtenue en inversant les valeurs de teinte. Cette qualité esthétique du négatif suscite une question scientifique : comme un artiste du Moyen-Age – si l’on considère que la relique a été réalisée à cette époque – a-t-il pu oser proposer une composition qui ne devient attirante pour le public qu’avec un procédé qui n’apparaitra que quelques siècles plus tard. Si l’on parle d’artiste il est quand même normal de se poser la question de la qualité esthétique. De plus c’est une image réalisée par un procédé singulier pour l’époque : c’est une sorte de brûlure superficielle des fibres de lin. Et c’est une image 3D de grande qualité si l’on en juge par les images du Blog de Thierry Castex. Seules les taches de sang sont directement lisibles.

  10. Martin POCHON s.j. Répondre | Permalink

    Martin POCHON. Complément à la note précédente :
    Mr Moatti a raison de dire en préambule de son article qu’il n’est pas un spécialiste du linceul de Turin, car sinon il saurait que les directeurs des Laboratoires de radiocarbone d’Oxford et Tucson (Arizona) se posent eux-mêmes des questions :
    Déclaration du Professeur Ramsey
    Labo C14 Oxford (31 01 2008) – Film BBC (22/03/2008)
    « Avec les mesures au radiocarbone et toutes les autres preuves que nous avons sur le Linceul, il semble y avoir un conflit dans les interprétations des différentes preuves. Et pour cette raison, je pense que tous ceux qui y ont travaillé,…ont besoin d'avoir un regard critique sur les résultats des preuves auxquelles ils sont arrivés afin que nous essayions d'établir une histoire cohérente qui tienne la route et puisse nous dire la vérité sur l'histoire de ce tissu bien intrigant. »
    Quant à Timothee Jull, le radiocarboniste du laboratoire de Tucson qui a suivi les mesures faites sur les échantillons, il a déclaré : « Normalement, avec des résultats pareils, je refais les mesures »
    La conclusion minimum que l’on peut tirer de ces déclarations est qu’il faut poursuivre les investigations. Vous voyez que la mise en doute que j’ose exprimer sur les conclusions tirées des mesures faites en 1988 ne fait que prendre acte du constat que font les acteurs compétents et concernés.
    Je me permets d’insister : c’est au nom de la prise au sérieux des mesures faites qu’il faut continuer les recherches.
    Je regrette, comme beaucoup, que le Vatican n’autorise pas davantage d’observations.

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