Christian Goudineau nous a quitté


Christian Goudineau, l'ancien titulaire de la chaire des Antiquités nationale au Collège de France, un grand archéologue et historien de l'Antiquité, nous a quitté.

Le professeur Christian Goudineau.

Je lui dois beaucoup, car j'ai eu le privilège de devenir l'un de ses amis professionnels. Il m'a tant expliqué, mais surtout présenté à de nombreux acteurs insignes de l'archéologie qui m'en ont appris encore plus.

Halage de barriques sur la Durance à l'époque gallo-romaine.

«L'archéologie, çà marche au vin rouge!»

L'un d'eux, Jean-Louis Brunaux (connu notamment pour avoir fouillé l'extraordinaire sanctuaire gaulois de Ribemont sur Ancre) m'a à son tour présenté Frédéric Lontcho, le fondateur des éditions Errance, qui m'a fait cette étrange déclaration sur le vin. Suivant une mode très gauloise, elle suggère bien l'imagination qu'il convient d'avoir en archéologie pour sortir une fois de temps en temps des interprétations convenues engendrées depuis longtemps par les habitudes et le manque de données ; bien entendu, une fois célébré le rituel dyonisiaque, Toutatès est là pour exiger avec dureté de tout(e) archéologue gaulois(e) de redevenir aussi scientifique que le plus ennuyeux des philosophes grecs!

Avec Goudineau, l'archéologie marchait non seulement au vin rouge, mais aussi au vin blanc, celui d'un petit vin blanc italien servi dans une Trattoria proche du Collège de France, où il retrouvaient souvent ses amis pour discuter de tout, mais surtout d'Antiquité. Pour ma part, j'ai eu le privilège de le retrouver là à peu près une fois par mois et j'en suis toujours revenu ivre… d'idées stimulantes.

Une restitution du Fréjus Antique (C: Jean-Claude Golvin).

Goudineau et moi avions le Sud en commun

Ancien enseignant à l'université d'Aix, il avait été le superviseur de l'archéologie du Sud-Est dans les années 1970.

Élevé dans un domaine viticole varois, je voyais enfant des structures perdues dans la forêt, que je ne savais interpréter (ce que, grâce à Goudineau notamment, je peux aujourd'hui). Une fois à sa table à Paris, je me suis rendu compte que les fouilles de l'oppidum de Taradeau, c'était lui, mais aussi les activités de nombre d'archéologues amateurs, dont certaines auxquelles j'avais participé, il les avait suivies, canalisées pour favoriser une comportement favorable à la préservation des données. J'ai en particulier été stupéfait de découvrir qu'il savait l'existence de mon oppidum secret, un improbable village celto-ligure (quoi que cela veuille dire), puis gallo-romain, qui abrite une église proto chrétienne, que je croyais, dans ma naïveté, être à peu près seul à connaître. Il l'avait vu en fait et connaissait aussi l'archéologue amateur qui l'avait sondé. Où est cet oppidum, celui de Bayonne? C'est un secret.

Goudineau avait une opinion originale quant au statut de Forum julii (Fréjus) dans l'Antiquité : pour lui, c'était simplement la dernière ville vraiment italienne avant que ne commence véritablement les Gaules avec leurs habitants mal peignés (tout le monde sait qu'ils sont chevelus). Forum julii, César l'aurait voulu, lit-on, pour faire concurrence à Marseille (personne, pas même Saint Germain près de Paris, n'a jamais réussi à faire concurrence à Marseille). Il est vrai aussi que l'investissement des Romains dans la région de l'Estérel a commencé très tôt, et que personne ne sait où se trouve l'oppidum des Oxybiens, ces (Celto-?)Ligures que défirent les légions Romains après la terrible offense d'Antibes? Et si c'était la colline côtière sur laquelle César installa Forum Julii? Voilà l'une des énigmes, dont nous discutions avec Christian Goudineau.

50.000 marins à Fréjus!

Toutefois, l'exploration la plus extraordinaire à l'actif du Professeur Christian Goudineau est peut-être, sans doute, celle, entreprise trop vite et pour trop peu de temps à Fréjus avant de laisser un promoteur reconstruire le quartier de Villeneuve. Ce quartier, découvrit Goudineau, fut aussi le… quartier des marins de la flotte d'Agrippa. Car – qui le sait aujourd'hui en France? – Fréjus fut une immense base navale militaire, la deuxième de l'Empire romain après Ostie (et fondée, naturellement, pour faire concurrence à Toulon), et c'est Christian Goudineau qui fouilla son camp… Rien que çà !

Agrippa et sa flotte étaient engagés du côté d'Octave. Ils défirent les flottes d'Antoine et découragèrent celle de Cléopâtre lors de la bataille d'Actium en 31 avant notre ère. Vous avez envie d'en savoir plus sur ce camp de la flotte de Vipsanius Agrippa, l'amiral d'Octave? La meilleure référence est là:

Il y aurait encore tant à dire sur les romans historiques et les pièces de théâtre qu'écrivait Christian Goudineau, sur son rôle dans l'émergence du Centre archéologique européen de Bibracte, sur le style de Christian Goudineau, qui n'avait pas son pareil pour pousser les autres sans s'empêcher de faire œuvre, de sorte que leur œuvres sont aussi les siennes…

Mais je m'arrête là, car je veux maintenant simplement me recueillir en pensant à ce précieux ami disparu.

Je le fais, je m'arrête, mais seulement après vous avoir offert avec Pour la science l'un des articles de Christian Goudineau. Vous pourrez ainsi retrouver la sensation de son incomparable clarté intellectuelle:

L'héritage gaulois, par Christian Goudineau.

 

Publier un commentaire