Interview de Claudine Cohen à propos de son livre Femmes de la Préhistoire, partie 1

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Le livre Femmes de la Préhistoire, de Claudine Cohen, Belin, 2016, (264 pages, 21 euros).

Claudine Cohen, qui mène ses recherches à l'École Pratique des Hautes études et à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) réfléchit depuis longtemps à la façon dont les idées se sont succédées et développées dans les sciences préhistoriques. Un sujet lui tient particulièrement à cœur : la place de la  femme préhistorique dans les interprétations des faits archéologiques. C'est en effet Claudine Cohen qui a introduit en France ce point de vue particulier sur les données concernant… l'Homme préhistorique, à l'occasion d'un livre de 2003 aussi beau que remarquable et remarqué:

Claudine Cohen, La femme des origines - Image de la femme dans la Préhistoire occidentale, (190 pages, 33,5 euros).

Le livre La femme des origines - Images de la femme dans la Préhistoire occidentale, de Claudine Cohen, Belin, 2003, (190 pages, 33,5 euros).

Parce qu'il passe pour une évidence, le fait que l'humanité préhistorique était à moitié féminine, est en effet longtemps resté peu aperçu dans son importance ; parce que les fossiles humains sont rares, fragmentaires et en mauvais état, la détermination du sexe a été peu pratiquée en anthropologie physique préhistorique et seulement sur des bases ténues ; parce que la cueillette et les activités réputées féminines ne laissent guère de traces archéologiques, la femme préhistorique a été vue comme… invisible. Avec des présupposés pareils, on ne peut poser aucun problème scientifique concernant spécifiquement les femmes, relève Claudine Cohen, et l'on ne peut qu'avoir tendance à spontanément imaginer des «Hommes» préhistoriques… masculins.

Or cette tendance est renforcée par l'imaginaire associée à la femme préhistorique en Europe, cette vieille mère de la science préhistorique (entre autres):

L'affiche du film Prehistoric Women, de Gregg Tallas, 1967.

L'affiche du film Prehistoric Women, de Gregg Tallas, 1967.

..., qui produit des restitutions de femmes préhistoriques plutôt destinées à peupler les fantasmes masculins que les livres scientifiques.

Je savais tout cela, mais aussi que Claudine Cohen est une habituée des campus américains, où s'est développée toute une anthropologie féministe par réaction à l'anthropologie scientifique habituelle. Toutefois, une science ne saurait, selon votre serviteur, être féministe, comme elle ne peut être communiste ou undeutsch comme disaient les Nazis. Certes, les idéologies influencent ceux qui y croient et parmi eux nombre de scientifiques. Les convictions idéologiques leur fournissent tout naturellement des hypothèses de travail, mais celles-ci doivent être prouvées ou restent dans le registres des idées gratuites. Claudine Cohen est une habile spécialiste de l'examen critique des idées, mais au moment où j'ai pris son livre sur la place de la  femme préhistorique dans les interprétations des faits archéologiques, je vous avoue m'être demandé si la motivation qui lui a fait soulever un sujet aussi puissant que mal cerné n'était pas… en partie idéologique, c'est-à-dire féministe.

Hé bien peut-être ou peut-être pas ai-je découvert au cours d'une passionnante conversation scientifique avec elle, mais ce n'est nullement ce qui compte. Une conversation, dont je vous livre maintenant la première partie:

 

CC: = Claudine COHEN

FS: = François Savatier

 

François Savatier: La femme passe-t-elle inaperçue dans le corpus des résultats de la recherche préhistorique?

Claudine Cohen: Pendant longtemps on a dit que les femmes étaient archéologiquement invisibles, parce qu'il est très difficile de déterminer à qui – homme ou femme - appartient tel os ou tel caillou découvert lors des fouilles. C’est pourquoi beaucoup d'archéologues, qui se trouvaient être des hommes, ont refusé de parler de la femme : elle serait impossible à identifier parmi les éléments empiriques que livre la recherche. Alors que faisait-on? On procédait à des descriptions d’objets, des classifications, des comptages, des statistiques, sans se demander si des femmes ou des hommes étaient à l'origine de ces vestiges biologiques, anatomiques ou culturels. Et à côté de cela, on produisait dans l’iconographie des livres vulgarisés (ou même scientifiques), des images stéréotypées en fait calquées sur la condition féminine contemporaine…

C'est contre cette idée que depuis les années 1960 s'est développé, surtout dans les pays anglo-saxons, un mouvement inspiré du féminisme qui a tenté de redonner une visibilité aux femmes. Toutes les ambiguïtés, tout le machisme, du discours habituel sur les Hommes fossiles, ont été dénoncés par les préhistoriennes ou les paléoanthropologues femmes... C’est à ce moment que l'on s'est mis à chercher des traces de l’existence féminine dans la préhistoire. C’était après tout la moitié de l’humanité ! Ces mouvements militants se sont un peu essoufflés. Aujourd’hui, la volonté de reconnaître les rôles des femmes est liée à une nouvelle dimension de la recherche en préhistoire, qui vise à devenir une science sociale plutôt qu’une science d’objets, une science plus proche de la réalité humaine. Évidemment, cela ne va pas sans difficultés.

Et pourtant, de nouvelles formes d’enquêtes sont possibles. On peut essayer par exemple d'identifier le sexe des squelettes fossiles. Quand on dispose de beaucoup d'ossements, comme dans le cas d’un cimetière néolithique, on peut arriver à une typologie sexuée, et à en tirer des conclusions assez fines sur les rôles et la position sociale respective des hommes et des femmes, sur l’alimentation, les pathologies, les causes de la mortalité, etc. Il est possible aussi   d’extraire l’ADN de ces fossiles, de le séquencer et d’obtenir des indications sur les formes de la parenté, les échanges et le devenir de ces populations.

Pour le Paléolithique, il reste tout de même difficile de déterminer le sexe des fossiles. Ce sont des vestiges osseux très anciens, rares, morcelés -– et l’ADN (sauf cas exceptionnels) n’est pas d’un grand secours. Alors, on continue à parler de l'«Homme» avec un grand «H»... mais très vite on passe au petit «h», à l’homme, vir, le masculin, qui l'emporte sur le féminin ! Voyez la découverte de Cro-Magnon : en 1868, on avait trouvé cinq squelettes fossiles ensevelis dans un abri sous roche, parmi eux, quatre hommes et une femme... dont personne n’a parlé. Mais l'Homme de Cro Magnon, lui, est devenu célèbre, il a même eu droit à des chansons! Il faut attendre 1974, avec la découverte de «Lucy» en Éthiopie, pour qu'une femme soit mise en avant dans la recherche paléoanthropologique : c'est une véritable révolution!

La femme n’est pas si absente que ça des vestiges archéologiques, il y a tout le corpus très important de représentations féminines du Paléolithique supérieur, gravées, peintes sur les parois des grottes, ou de statuettes sculptées dans l’ivoire, le calcaire. Comment les interpréter? Elles disent sûrement quelque chose sur les rôles féminins et masculins, encore faut-il faire le tri de tout ce qu’on a pu en dire.

 

FS : Vous soulignez les dangers de déduire la féminité d'un fossile de sa gracilité… ce raisonnement est fondé sur l'hypothèse non prouvée pour vous de l'existence d'un dimorphisme sexuel au sein des espèces humaines préhistoriques. Vous affirmez ainsi que chez les néandertaliens, les deux sexes étaient également robustes. Pensez-vous que le dimorphisme sexuel qui existe au sein de l'espèce humaine actuelle est d'apparition récente, ou qu’il n'existait pas dans les autres espèces humaines?

 CC: Nous savons peu de choses du dimorphisme sexuel des espèces paléolithiques les plus anciennes, surtout parce que les éléments pour le reconnaître sont très rares ! Les deux critères principaux d’identification d’un squelette féminin, c’est d’une part la gracilité relative, d’autre part la largeur du bassin. Mais cela ne marche pas toujours, et il y a le risque de raisonnements biaisés, voire circulaires.

Prenons l’exemple de Lucy, dont j'ai parlé tout à l'heure : ses découvreurs ont martelé que c’était un fossile tout à fait unique, le seul et le plus ancien connu, vieux de 3,2 millions d’années. Et pourtant, sans le moindre point de comparaison, le soir même de la découverte ils l’ont identifié immédiatement comme une femme. Pourquoi ?   Certes, le squelette était gracile, mais il n’y avait aucun mâle à lui comparer… Par ailleurs, le bassin était en miettes… et le bassin d'un australopithèque n'a pas spécialement besoin d’être élargi lors de l’accouchement pour laisser passer un crâne contenant un cerveau de 500 centimètres cubes. Le sexe féminin de Lucy m'apparaît plutôt comme un choix lié… à l’essor des féminismes américains, dont le mouvement battait son plein alors aux État-Unis : on s’appuyait volontiers sur les sciences, en particulier sur les sciences de la Préhistoire, pour justifier les combats. « Lucy » a été une manière pour les paléoanthropologues des années 70 (mâles en l’occurrence…), d’ouvrir une nouvelle dimension à la préhistoire de l'humanité: celle de la femme. Pour moi Lucy n’incarne pas seulement un moment de l’évolution humaine, une étape importante de l’histoire des sciences, elle inscrit aussi un épisode important de l’histoire sociale occidentale  …

À propos de la « visibilité archéologique » des femmes, je cite dans Femmes de la Préhistoire la belle étude de Giacomo Giacobini, de l'Université de Turin, sur les sépultures de femmes gravettiennes en Italie. On connaît un ensemble de sépultures en plusieurs endroits de la Péninsule, révélant des pratiques funéraires identiques : les squelettes sont couchés toujours du même côté, ornés de parures, accompagnés de mobilier funéraire. On les a d'abord identifiées comme des sépultures masculines… Mais en étudiant les squelettes de plus près on a découvert que c’était des femmes ! Si vous allez au Musée de l'Homme, vous verrez que « l'homme de Menton », qui appartient à cette série de sépultures, a été rebaptisé « la Dame du Cavillon », … Pourquoi n’avait-on pas pu l’ identifier au début du XXe siècle, ? Sans doute parce que la stature des hommes et des femmes était peu différenciée chez les sapiens du début du Paléolithique supérieur ; mais surtout parce que les défunts étaient parés d’attributs de prestige, parce qu'ils avaient un mobilier funéraire, signe d’un statut social élevé… Tout cela ne pouvait appartenir qu’à un homme. Lorsqu’on a trouvé dans une de ces sépultures un squelette ayant dans son ventre un fœtus, on n'a quand même pas pu nier qu'il s'agissait d'une femme… Ce qui a obligé à réétudier l’ensemble des données anthropologiques.

 

FS : Finalement, vous soulignez surtout que les données paléontologiques ou archéologiques ont presque toujours été examinées en privilégiant la partie masculine de l'humanité?

CC: En effet, c’est un « biais » plus ou moins conscient chez les chercheurs (qui soit dit en passant, ont longtemps été seulement des hommes…). Je pense qu'il y a eu très souvent une difficulté à s’intéresser à la place des femmes.

 

FS : Et donc vous suggérez qu'il faudrait éventuellement les réexaminer et oser conclure que l'on ne sait pas?

CC: Exactement. Par exemple la fameuse « femme de La Quina », un squelette néandertalien trouvé en 1911 par Henri Martin, a changé cinq fois de sexe ! Et il faut avouer qu’on ne sait toujours pas… Il en va de même pour tout l’outillage lithique, osseux… et des manifestations artistiques. Qui en furent les auteurs, les utilisateurs  ? Il faut avoir le courage de dire que l’hésitation est possible.

 

FS : La femme préhistorique de notre imaginaire est-elle alors avant tout le produit de représentations sexistes?

 CC : Ce sexisme perdure jusqu’à nos jours... Certaines des images vulgarisées du début du 20e siècle, on les trouve encore aujourd’hui dans les livres scolaires ou dans les journaux. En fait, l’époque qui a produit les premières représentations iconographiques de la Préhistoire était très marquée par un certain sexisme et même un sexisme certain, en Angleterre comme en France...

 

FS: Vous ne pensez pas que toute époque avant le XXe siècle a forcément été marquée par un grand sexisme?

CC: Peut-être… mais je me limite ici aux contextes dans lesquels la Préhistoire a émergé, c'est-à-dire l’Europe occidentale après 1850. La France et l'Angleterre ont joué un rôle très important dans la formation de la science et de l'imaginaire préhistorique. Cet imaginaire sexiste s'est répandu dans les images produites alors. On y voit des femmes en tenues légères, fort érotiques, ou bien accroupies au fond de la caverne entourées d’une très nombreuse progéniture... Tout cela est peu vraisemblable ! D'après les observations ethnographiques sur les chasseurs-cueilleurs actuels, on peut concevoir que ces chasseurs-cueilleurs nomades du Paléolithique supérieur ne pouvaient emmener avec eux toute une marmaille d’enfants dans leurs déplacements… C’est l’évidence.

 

FS: Et, est-il évident que cela limitait leur capacité à se reproduire?

 CC: Pas la capacité, mais le désir de se reproduire! Il fallait limiter les naissances. Je suis persuadée que les femmes étaient pour une part responsables de ce contrôle des naissances, de sorte qu'un savoir-faire correspondant devait exister.

 

FS : Comment faisaient-elles?

CC: Il y d’abord l'aménorrhée de lactation, c'est-à-dire le fait que le cycle ovulaire est suspendu par l'allaitement. Les femmes ont dû observer cela très tôt et allaiter longtemps pour prévenir des naissances trop rapprochées. Chez les chasseurs-cueilleurs africains, elles savent espacer les naissances de quatre ans environ, le temps que le petit sache marcher, et soit capable de se débrouiller un petit peu... C'est là un premier élément. D'autres techniques de contrôle des naissances ont dû exister. La plus expéditive – évidemment, elle nous choque –  est l'infanticide : lorsqu'il y a des naissances gémellaires, ou que l’enfant naît fragile, les mères ont le pouvoir, pendant un petit laps de temps qui suit la naissance, de décider de la vie ou de la mort du nouveau-né. Bien entendu, il devait exister aussi des techniques contraceptives, voire abortives, notamment grâce à la connaissance des plantes...

 

FS: Et peut-être aussi la possibilité de confier l’ enfant à une autre femme capable de s'en occuper? À une grand-mère, par exemple?

CC: Oui, la grand-mère est une spécialité humaine ! La longévité des femmes au-delà de la ménopause est un trait anthropologique singulier, qui n'existe pas chez les grands-singes. Dans notre espèce les femmes continuent à vivre, en possession de toutes leurs facultés,  bien au-delà de leur capacité à se reproduire. Il y a plusieurs hypothèses pour expliquer ce phénomène, mais la plus intéressante me semble être que ces femmes ménopausées ont pu contribuer à la prise en charge des enfants, laissant ainsi la mère vaquer à d'autres occupations. L'apparition de cette possibilité dut être un grand avantage adaptatif pour les groupes qui en profitaient. Cette situation semble plus favorable dans le cas d'une prise en charge par la grand-mère des enfants de sa fille que des enfants de son fils... Dans la mesure où la grand-mère doit avoir un rapport privilégié avec la femme qui lui confie les enfants, il est plus facile pour une jeune mère d' être proche de sa mère que de sa belle-mère !

 

FS: Et donc la difficulté légendaire entre les belles-mères et les belles-filles a peut-être une origine paléolithique?

CC: C’est bien possible ! Freud explique que ces difficultés relationnelles doivent avoir une origine très archaïque. Elles sont liées à la nature incestueuse des rapports entre mère et fils (au plan imaginaire, bien sûr), d’où peut naître une rivalité entre les femmes : les relations de la jeune femme avec son époux sont rendues difficiles par la proximité de la belle-mère…

[Note du blogueur : après ma conversation avec Claudine Cohen, cette explication freudienne m'a trotté dans la tête, puis une idée alternative l'a traversée. Un point de vue possible serait de considérer naïvement – c'est-à-dire en suivant une logique purement biologique – que la femme qui investit dans ses enfants investit notamment dans la lignée représentée par la chaîne grand-mère- mère- fille ; dans cette lignée féminine, elle transmet sa féminité, de sorte que la reproduction biologique et la transmission culturelle s'allient pour conférer un psychisme particulier à l'investissement dans la fille : elle donne à la mère le sentiment, la sensation, de se reproduire elle-même et cela d'autant plus qu'elle investit dans une reproductrice en devenir qui la reproduira à nouveau plus tard.

En revanche, est-ce qu'une femme préhistorique n'ayant aucune notion du mélange de gènes induit par la sexualité, avait le même sentiment de se reproduire dans son fils? Quelle impression avait-elle en mettant au monde un fils? Plus que celui de se reproduire, peut-être davantage celui de fonder une lignée familiale à cohérence plus sociale que biologique: celle de son fils et du fils de son fils, etc. Dès lors, devenu belle-mère, peut-être aura-t-elle conçu le désir de protéger cette lignée, et pour cela de contrôler, de vérifier les efforts de sa belle-fille pour la propager. Pour cette raison, les belles-mères pourraient avoir tendance à attribuer instinctivement plus d'importance au fils de leur fils, plutôt qu'à la fille de leur fils qui fonde une nouvelle lignée féminine peut-être ressentie comme indépendante de la leur… 

Une lutte lignagère causée par un affrontement entre des intérêts psychiques de reproduction et des intérêts psychiques de fondation pourrait expliquer le manque de confiance entre la belle-mère et la belle-fille. En ce sens, le patriarcat, c'est-à-dire le système de pouvoir produit par l'alliance des hommes afin de maintenir un ordre sexuel permettant de définir socialement les lignées masculines (avant la possibilité des tests génétiques, seule la mère était connue avec une certitude biologique) pourrait être vu comme une réaction à un mouvement biologique inné : une tendance spontanée de la femme à préférer sa propre reproduction dans sa fille. Les belles-mêmes seraient des agentes dans cette lutte des hommes contre cette tendance instinctive supposée à surinvestir leur lignée féminine et pour cette raison à une tendance spontanée au matriarcat. À cet égard, il est frappant de constater que la réputation la plus terrible des belles-mères provient des cultures les plus patriarcales, celles dans lesquelles le fils est plus valorisé que la fille. La culture chinoise et tous les effets pervers de la préférence du garçon en Chine fournissent un exemple bien connu. La culture méditerranéenne traditionnelle aussi. Bon, c'était juste un idée qui m'est passée par la tête... ]

 

La suite dans la partie 2 de cette discussion, bientôt!

 


Un commentaire pour “Interview de Claudine Cohen à propos de son livre Femmes de la Préhistoire, partie 1”

  1. chirurgie obésité Répondre | Permalink

    Très intéressant surtout que maintenant nous observons une grande différence esthétique entre les femmes préhistoriques et les femmes d'aujourd'hui.

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