L’ancêtre du croissant français découvert à Ratisbonne

Un bon archéologue préventif, cela ratisse même un fond de boutique à Ratisbonne. Dans cette bonne ville de Regensburg, qu'en français nous nommons Ratisbonne, courant mars, la récolte fut bonne. Les archéologues du Bayerisches Landesamt für Denkmalpflege – l'INRAP bavarois en quelque sorte – ont retrouvé une série de fragments de petits pains carbonisés datant du XVIIIe siècle (voir l'actualité de Pour la Science consacrée à ce sujet). Or l'un d'eux avait la forme d'une sorte de corne de gazelle bavaroise en pain, mais sans sucre, si vous pouvez imaginer:

Cette portion individuelle de pain est vielle de quelque 250 ans.

Cette portion individuelle de pain date de quelque 250 ans.

 

En effet, ce sont bien les boulangers d'Europe centrale et orientale qui, pour améliorer leurs affaires, ont inventé la portion individuelle de pain en forme de croissant, à vendre à l'individu modeste mais affamé. Ainsi, on lit que depuis le XIIIe siècle, ces Kipferl et autre Kifli seraient attestés en Autriche, cette voisine de la Bavière tout aussi alémanique qu'elle.

Installée au 92, rue de Richelieu, à Paris, la première « boulangerie viennoise » introduisit ce concept en France au début du XIXe siècle. Devant le succès commercial obtenu, de nombreux imitateurs se mirent à créer des versions de ces petits pains viennois. Réalisé à base d'une pâte levée feuilletée, le croissant français ne ressemble plus guère à une modeste petite portion de pain à fournir au pauvre chaland de passage. De là, on voit que les clients français qui firent le premier succès des pains viennois, avaient sans doute plus de moyens que le client de base à qui ils étaient destinés en Europe centrale. Peut-être est-ce pour cela qu'il fut vite intéressant de les gaver de pâte sucrée et feuilletée plus finement apprêtée et plus chère qu'un bout de pain dense d'Europe centrale ? Quoi qu'on en dise, le croissant français semble donc bien être une invention… de la culture boulangère européenne.

Publier un commentaire