Une princesse celte très ornée à Lavau, en fait?

Récemment, votre serviteur a eu l'occasion de vous faire visiter la tombe de Lavau près de Troyes, de même niveau que celle de la princesse de Vix. Dans cette sépulture estimée du début du Ve siècle avant notre ère, un extraordinaire service à vin, manifestement adapté aux goûts gaulois, mais destiné à célébrer un rite grec éminemment masculin –le culte dyonisiaque– avait été découvert. Ce fut l'occasion de se relever que chez les Grecs ces services à boire, comme le rite dyonisiaque, sont exclusivement masculins, alors que l'on a trouvé un tel service à vin dans la tombe de la princesse de Vix. Une différence culturelle, qui surprend et attend toujours une explication. Le mystère s'épaissit avec la découverte du squelette de la personne insigne de Lavau:

Le défunt ou la défunte de haut rang de l'extraordinaire tombe gauloise de Lavau.

Le défunt ou la défunte de haut rang de la tombe princière de Lavau (C:Denis Gliksman/INRAP)

En effet, le mauvais état de conservation des ossements ne permet aucune conclusion certaine à ce stade quant au sexe de l'individu de la tombe de Lavau. Le prince de Lavau pourrait-il être en fait la princesse de Lavau ? Dans ce Ve siècle débutant, entre fin de la période du Hallstatt (de 800 à 450 avant notre ère) et le début du IIe Âge de fer (après 450), plusieurs tombes de princesse sont présentes dans le quart nord-est de la France, dont celle de Vix. Il faut donc rester prudent et pousser très loin la recherche anthropologique sur les restes osseux avant d'oser avancer une conclusion.

À titre personnel, je vais, très imprudemment, en risquer une en avance sur les anthropologues !!!

Les archéologues de L'INRAP nous disent que: la personne enterrée à Lavau reposait allongée sur le dos au centre de la tombe, accompagnée d'un impressionnant matériel funéraire, dont un char à deux roues et un service à boire. Elle portait aussi de riches bijoux: un torque en or massif pesant 580 grammes, plus lourd encore que celui de la princesse de Vix… Richement décoré d’un double motif de monstre ailé, ce collier rigide se termine à chaque extrémité par des tampons en forme de poire. Son biceps gauche était ceint d’un brassard, ce qui se rencontre au Ve siècle tant chez les hommes que chez les femmes celtes de haut rang. Toutefois, notons que ce brassard est en lignite, donc taillé dans une sorte de charbon durci assez fragile, ce qui correspond mieux à l'ornement d'une personne menant une vie calme. Le reste de l'ornementation personnelle de la personne enterrée surprend par son raffinement délicat: ainsi ces perles d'ambres finement travaillées trouvées près de la nuque et cet agrafe de fer et corail pour les chausses? Toutefois, ce qui me frappe particulièrement, ce sont les bracelets d'or portés aux poignets:

La personne enterrée dans la tombe de Lavau portait deux bracelets d'or (en bas) et un anneau en lignite à l'avant bras (en haut).

La personne enterrée dans la tombe de Lavau portait deux bracelets d'or (en bas) et un anneau en lignite à l'avant bras (en haut) (C: Denis Glikman/INRAP).

Il ne s'agit que d'un sentiment général, mais tous ces détails m'évoquent plutôt une ornementation corporelle féminine qu'une ornementation corporelle masculine. Je ne vois guère un prince celte porter des bracelets aux poignets en plus d'un torque et d'un brassard. Dans mon expérience des tombes celtes de cette période, tout cela semble trop riche et trop raffiné, pour ne pas avoir appartenu à une personne dont une extrême élégance sur soi renforçait la valeur sociale sans que cela apparaissent trop maniéré. Peut-être ne suis-je que bêtement sexiste, mais j'ai plutôt l'impression que le style de cette décoration personnelle correspond à davantage à l'un de ces «trésors vivants» que furent les femmes de haut rang jusqu'à l'Ancien Régime (voir les commentaires de Patrice Brun sur ce point à l'occasion du billet L'éprouvante vie d'épouse de la fille d'Egtved). Du reste, relèvent les archéologues, ce mobilier présente des similitudes avec celui de la tombe de Reinheim (Allemagne), qui est celle d'une princesse (voir les bijoux de la princesse de Reinheim).

Bref, pour moi, pour le moment, il y a eu une princesse de Lavau!

Affaire à suivre, mais vous, qu'en pensez-vous?


Un commentaire pour “Une princesse celte très ornée à Lavau, en fait?”

  1. Milcent Pierre-Yves Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Ce qui est plutôt curieux, c'est le fait que l'on ait communiqué au début de la découverte en affirmant qu'il s'agissait d'un prince et en excluant, de facto, qu'il pouvait être question d'une princesse. On sait depuis la publication récente de la monographie de la tombe de Vix que la majorité des tombes princières sont féminines dans le Centre-Est de la France à la fin du premier âge du Fer. La probabilité que le personnage de Lavau soit une princesse est donc forte et la surprise serait plutôt qu'il s'agisse d'un homme. La découverte des bracelets en or portés symétriquement et l'absence de poignard ne font que renforcer ces idées.
    Bref, il faut se rendre à l'évidence :
    - 1. les femmes accédaient, sans que ce soit exceptionnel, aux fonctions supérieures dans les sociétés de la fin du premier âge du Fer et début second âge du Fer ;
    - 2. les archéologues protohistoriens conservent une vision androcentrique de leur objet d'étude...

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