Une tragédie Pompéienne qui fait rire et pleurer, N°2


Sophie Hay de l'université de Southampton et l'un de ses collègues italiens en train de discuter du cas d'un jeune Pompéien retrouvé écrasé par une pierre apparemment.

Une tragédie pompéienne qui fait rire et pleurer s'avère en réalité tragi-comique... pour la Presse! Comme si elle courait pour sa vie devant une coulée pyroclastique, la presse mondiale a relayé trop vite la première interprétation des archéologues de la mort d'un certain jeune homme pompéien. Or la restitution des derniers instants de ce jeune homme s'est avérée fausse comme l'a constaté Sophie, l'archéologue aux cheveux couleur de lave, lorsqu'elle continué la fouille, si c'est elle qui l'a poursuivie. Mais, de quoi est-ce que je parle?

Pour ma part, j'avais écrit pour vous:

Il avait 30 ans, était blessé à la jambe et n’était pas pauvre. Il n’a pu fuir à temps. Deux mille ans plus tard la scène de sa mort fait rire. Est-elle vraiment drôle ? (C: Parco archeologico di Pompei)
À Pompéi, un boiteux avait échappé au pire de l’éruption caché au premier étage d’une maison. Quand, finalement, il a tenté de fuir, un flux pyroclastique a précipité un énorme bloc sur sa tête.
Cette catastrophe personnelle en a précédé une autre de 2000 ans : Pompéi s’effondre. Pour y remédier, le ministère de la culture italien a lancé avec le concours de l’Union européenne le Grand Projet de Pompéi. Des fouilles ont été lancées dans le secteur V afin de rendre possible une consolidation générale des fronts de fouilles. C’est dans ce contexte qu’une victime de l’éruption vient d’être retrouvée à l’intersection de la rue des noces d’argent (Vicolo delle Nozze d'Argento) et de la rue des balcons (Vicolo dei Balconi) récemment fouillée.  L’image créée par son squelette absurdement écrasé par un énorme bloc rectangulaire ressemble à une drolatique mise en scène de bande dessinée : le corps semble orienté par sa tentative désespérée de fuir la fureur éruptive en cours juste avant l’arrivée d’un énorme bloc rectangulaire – un jambage de porte sans doute. Celui-ci écrase la tête et le torse et abrège les souffrances de l’infortunée Pompéien, instantanément enterré dans les lapili brûlants…
Quelque deux mille plus tard, Sophie Hay de l’université de Southhampton le retrouvera au premier étage d’une maison, où sans doute il s’était caché. Selon les premières constatations anthropologiques, il s’agirait d’un homme d’une trentaine d’années. L’un de ses tibias portent les traces d’une infection osseuse, qui lui rendait sans doute la marche extrêmement pénible, de sorte qu’il n’avait pu fuir dès les premiers signes d’aggravation de l’éruption comme la plus grande partie de la population de la ville.Détail plus touchant encore, cet homme blessé tentait d’assurer son avenir en emportant avec lui sa bourse. Elle contenait d’après les premières constatations 20 pièces d'argent et deux de bronze datant principalement du IIe siècle avant notre ère avant notre ère et incluaient un denier de Marc Antoine, un denier d'Auguste et deux deniers de Vespasien.
La découverte n'est pas sans rappeler d'autre régulièrement faites depuis le XVIIIe siècle, avec chaque fois la mise au jour d'un squelette exprimant encore les efforts désespérées accomplis par les derniers habitants de la ville présent pour s'échapper à temps.

Bon ben, pas terrible, puisque c'est à moitié faux. Mais yen a marre de ce manque de respect à l'égard du mort. Donnons lui un nom à ce pauvre Pompéien afin de l'humaniser. Je choisis:

Maximus infelicis

ce qui, en gros, signifie «Max, le malchanceux». Donc, Sophie aux cheveux de feu pyroclastique, hé ben, elle  continué sa fouille et, comme nous tous, elle s'attendait à retrouver le crâne et les épaules du Max écrabouillés. Il y avait de quoi: jugez en plutôt:

Il avait 30 ans, était blessé à la jambe et n’était pas pauvre. Il n’a pu fuir à temps. Deux mille ans plus tard la scène de sa mort fait rire. Est-elle réelle ? (C: Parco archeologico di Pompei)

En réalité, elle a trouvé cela:

Il teschio del fuggiasco, comme disent les archéologues italiens. (C: Parco archeologico di Pompei)

Hé oui, Max le malchanceux n'a peut-être pas réussi à s'en tirer, mais il a au moins réussi une chose: adresser, à travers deux millénaires, un sourire moqueur à la Presse trop pressée, qui presse les gens et compresse l'info, mais finit par s'être trop pressée et oppressante en le faisant. Comment est-ce possible? Pourquoi son crâne n'a-t-il pas été réduit en bouillie par l'énorme bloc? Que s'est-il passé? Voilà ce qu'en disent les archéologues responsables de la fouille :

Le crâne du fugitif a été retrouvé. Il fut la première victime à avoir été découverte sur le site des nouvelles fouilles de la Zone 5,dont une partie seulement du squelette avait été retrouvée.

Bon d'accord, seulement une partie de son squelette... on sait, on sait, on a vu nous aussi.

Dans la première phase la fouille, il n'était apparu que la partie supérieure du thorax et le crâne, qui n'avait pas encore été trouvée, avaient été sectionnée et traînée vers le bas par un bloc de pierre qui a frappé la victime : cette hypothèse préliminaire est née de l'observation de la position du rocher par rapport à l'espace vide du corps imprimé dans la cinérite.

C'est quoi ce cinéma? La cinérite? Mais qu'est-ce qu'ils veulent nous dissimuler là... Hummm.  Un coup de dico: cinérite = «dépôt de cendres volcaniques stratifiées.» Ah, bon stratifié, donc le jeune homme reposait entre deux couches, et comme le rocher était au-dessous de lui, il était contenu, lui, dans une autre strate que celle contenant Maximus infelicis, laquelle couche correspond donc à une phase ultérieure de l'éruption que celle qui a émis la coulée pyroclastique fatale à Max la malchance.

La poursuite des fouilles, toujours en cours au carrefour de la rue des Noces d’argent et de la rue des Balcons, où la première partie du squelette avait été trouvée, a mis au jour la partie supérieure du corps, positionnée un peu plus bas que les membres inférieurs.

Le crâne de Maximus infelicis dans le fossé où il a été retrouvé. (C:Parco archeologico di Pompei)

Mais, çà n'avance pas là!!!! Je n'y comprends rien. Un peu plus bas, alors que t'as l'air d'être vraiment au fond du trou pour le coup mon pauvre Maximus infelicis. Faut que tu m'expliques toi-même, bon pasque là...

L'explication de cette anomalie stratigraphique se trouve dans la présence d'un tunnel, situé sous le corps et datant vraisemblablement de l'ère Bourbon, dont le creusement a entraîné le glissement et l'effondrement d'une partie de la stratigraphie supérieure, mais pas celle du bloc de pierre, retrouvé sans sa strate originale.

L'ère Bourbon? Je crois qu'il y a un archéo qu'a bu trop de bourbon, là. Sophie, do you like Bourbon, or are you rather into Cognac?  Heu pardon, Maximus infelicis me glisse à l'oreille quelque chose. Quoi, kestudi? Aaaah, la maison de Bourbon-Sicile est une branche romaine, heu non ktudi, italienne de la maison de Bourbon, qui a régné sur les royaumes de Naples, de Sicile puis des Deux-Siciles entre 1734 et 1861. Ah ouuuuiiiii, maintenant que tu le dis Max, je me rappelle, ce sont ceux qui invitaient leurs cousins de Bourbon-Parmes à visiter Pompéi:

Charles III de Bourbon-Parme en train de visiter Pompéi au XIXe siècle.

Un tunnel? J'y suis, sous les Bourbon-Sicile, les Campaniens, n'ayant pas assez à manger, ou du moins étant trop pauvres à leurs yeux, faisaient comme ceux d'aujourd'hui et avaient vite fait de creuser un petit tunnel dans la cinérite (la cendre STRATIFIÉE, vous vous rappelez?) à la recherche plus ou moins maladroite d'une ouverture dans une maison espérée pleine d'objets archéologique revendables sur eBay. Certains d'entre eux sont donc passés sous Maximus infelicis, qui, d'après ce qu'il m'a dit, reposait tranquillement sous une pierre. Et c'est là que je me suis dit que nous avons de la chance que Maximus infelicis soit un garçon – du moins les archéologues ont raison de le dire tel, pasque maintenant on se méfie, hein? –, parce que s'il n'avait pas été un garçon et s'il n'avait pas été jeune, c'est donc qu'il aurait été une femme âgée, et alors, au lieu d'avoir un jeune dans la cinérite, nous aurions eu en fait une vieille sous pierre :Heu, non, pardon, là je m'égare. Je n'y suis plus du tout. En fait, ce que veut dire Sophie, c'est que Maximus infelicis se trouvait en fait dans cette position là:

Max n'a pas de chance ou une vieille sous pierre? (C: FS/POUR LA SCIENCE)

Avant que l'écroulement d'un tunnel creusé par des pillards ne précipite son crâne loin de son corps et, ce qui gène aussi Maximus infelicis, loin de la bourse qu'il avait réussi à sauver malgré tout.

Sa mort n'a donc probablement pas été due à l'impact du bloc de pierre, comme initialement supposé, mais probablement à l'asphyxie causée par l'arrivée d'un flux pyroclastique. Le squelette identifié se compose de la partie supérieure du thorax, des membres supérieurs, du crâne et de la mâchoire. Actuellement en cours d'analyse, ils présentent des fractures, dont la nature sera identifiée, afin de pouvoir reconstituer avec plus de précision les derniers moments de la vie de l'homme.

Hummm, hummm, bon on attend la suite alors, parce que que si les fractures sont quand même dues au bloc, alors je n'aurais rien compris, et vous? Sophie, could you help me out? Aut tu, Maximus infelicis?

 

 


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