Alien et le lutin

29.06.2013 | par Loïc Mangin | Articles & Billets

J’avais promis une oscillation entre deux extrêmes, je vous laisse décider de quel côté on se situe aujourd’hui avec cette nouvelle "bestiole du jour".

Pour vous mettre sur la piste, vous vous souvenez de la tétralogie Alien et de son monstre ? Une petite vidéo pour se rafraichir la mémoire.

En 1898, l’ichtyologiste américain David Starr Jordan décrit pour la première fois un poisson. L’animal est si étrange que l’on est obligé de créer rien que pour lui un genre, ainsi qu’une famille. Le spécimen a été pêché dans la baie de Yokohama, au Japon, par Alan Owston qui l’a donné à Kachiki Mitsukuri, de l’Université de Tokyo. En hommage à ces deux hommes, Jordan a nommé le poisson Mitsukurina owstoni. La famille est celle des Mitsukurinidae. En anglais, c’est un requin gobelin (goblin shark). Pourquoi gobelin ? Aucun rapport avec la manufacture de tapisseries sise à Paris dans le XIIIe arrondissement. En fait, le nom de l’animal en japonais est tenguzame, un tengu étant une créature mythique nippone dotée d’un long nez et d’une face rose : le terme gobelin lui va donc bien. Étonnamment, en français, on parle d’un requin lutin !

Peu après la description du requin lutin par Jordan, plusieurs spécialistes relevèrent sa ressemblance avec les requins du genre Scapanorhynchus qui vivaient au Crétacé ; le plus grand, Scapanorhynchus texanus pouvait atteindre trois mètres de longueur. Néanmoins, ces similarités ne correspondraient pas à une parenté phylogénique.

Quel rapport avec Alien ? Regardez cette vidéo...

et ces quelques photos !

Lutin-01

© G.Burgess

© D. Bray / Museum Victoria

© D. Bray / Museum Victoria

Le lien est clair maintenant ?

Outre son long nez aplati, dont la longueur (proportionnellement au corps) diminue avec l’âge, la principale caractéristique du requin lutin est sa mâchoire protrusible. Projetée en avant, elle peut atteindre l’extrémité du museau. Elle est si remarquable qu’entre 1904 à 1937, on a crû distinguer plusieurs espèces de requin lutin à partir de la longueur de la mâchoire de différents spécimens : ils étaient de la même espèce, seule variait le degré de protrusion.

On le trouve dans tous les océans du globe, de 100 à 350 mètres de profondeur pour les jeunes et jusqu’à 1400 mètres pour les adultes. Les rares spécimens capturés vivants n’ont guère vécu qu’au plus quelques semaines en captivité. En 2007, le mâle confié à l’aquarium Kasai Rinkai Suizokuen de Tokyo resté en vie… deux jours. Ce fut assez pour le filmer.

Quelques références pour en savoir plus :

P.S. Merci à Alain Bénéteau pour son tuyau. Dans son livre à paraître prochainement, vous retrouverez plein de requins !


3 commentaires pour “Alien et le lutin”

  1. david statucki Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Encore très intéressant cette nouvelle bestiole du jour. Sait-on pour quelle raison le nez de ce spécimen rétrécie avec l'âge. La position des yeux est-elle aussi variable en fonction de l'âge ou d'un autre paramètre car sur les 3 photos on remarque des différences de position entre la première photo et les deux suivantes. Ou alors est-ce un effet d'optique.

    • Loïc Mangin Répondre | Permalink

      Attention, le nez ne rétrécit pas, il grandit moins vite que le reste du corps. Quant à la raison, aucune idée.

  2. david statucki Répondre | Permalink

    Une lecture trop rapide, merci pour ce correctif, dommage pour la raison, encore un mystère et un de plus ! un.

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