Des crop circles sous la mer

05.11.2013 par Loïc Mangin, dans Articles & Billets

Vous vous souvenez de Signs ? Dans ce film de M. Night Shyamalan, sorti en 2002, le personnage interprété par Mel Gibson et sa famille sont aux prises avec des extraterrestres qui ont pris soin de signaler leur présence par des agroglyphes. Ce néologisme désigne les « cercles de culture » ou, en anglais, crop circles. Une petite bande annonce pour se remémorer l’histoire.

Les agroglyphes sont attestés depuis le 19 janvier 1966, quand l’Australien George Pedlez affirme avoir vu décoller une soucoupe volante d’un marécage dans lequel on trouva ensuite une zone circulaire où les roseaux avaient été aplatis. C’était le premier « nid de soucoupe » ! Et il a fait des émules, notamment en Grande-Bretagne, où deux blagueurs Doug Bower et Dave Chorley en ont revendiqué de nombreux à la fin des années 1970.

Cette activité a été récupérée par des groupes d’artistes qui en ont fait leur moyen d’expression : c’est le cas du Circlemakers arts collective.

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Un agroglyphe artistique. © Future Propulsion

Les publicitaires ne sont pas en reste et, en 2006, un immense crop circle de 45 000 mètres carrés a été fauché dans l’Oregon pour célébrer le 50 millionième téléchargement de Firefox ! Je vous laisse devinez ce que représentait l’agroglyphe en question.

Blagueurs, metteurs en scène, artistes, publicitaires… les jolis cercles réguliers seraient-ils l’apanage de l’espèce humaine ? Non, la bestiole du jour en crée aussi ! Qui plus est, elle le fait au fond de la mer. Jugez plutôt.

Courtesy by Kimiaki Ito

Courtesy by Kimiaki Ito

Ces structures géométriques, découvertes il y a 20 ans par le photographe Yoji Ookata à 80 mètres de profondeur, font quelque deux mètres de diamètre ! Qui peut en être l’auteur ? Des extraterrestres ? Kimiaki Ito, de la station marine Amami, au Japon, et ses collègues ont été appelés à la rescousse pour expliquer le phénomène. Ils ont récemment découvert que le sculpteur est un poisson (on l’aperçoit sur la photo ci-dessus, au centre), de 13 centimètres de longueur, plus précisément un poisson-globe, ou poisson-ballon, du genre Torquigener.

Un poisson-globe. Courtesy by Kimiaki Ito

Un poisson-globe. Courtesy by Kimiaki Ito

Ce petit poisson, premier spécialiste connu du Land Art sous marin, est de la famille des Tetraodontidés, des poissons célèbres pour pouvoir gonfler leur corps. Attention, les Tetraodontidés sont dépourvus de piquants, à l’inverse des Diodons qui, hélas, sont souvent vendus séchés comme souvenirs.

L’animal utilise ses nageoires pour déplacer le sédiment et ainsi creuser les divers sillons radiaux qui entourent une plate-forme centrale. Petite à petit, à force de passages, nuit et jour, pendant plus d’une semaine, la structure apparaît (ci-dessous de a à c).

 Courtesy by Kimiaki Ito

Courtesy by Kimiaki Ito

 Courtesy by Kimiaki Ito

Courtesy by Kimiaki Ito

 Courtesy by Kimiaki Ito

Courtesy by Kimiaki Ito

On le voit faire sur cette vidéo.

Pour quelles raisons dépenser autant d’énergie pour élaborer ce « sand circle » ? Pour séduire une femelle, évidemment ! De fait, la plate-forme centrale est le nid. Les biologistes ont montré que plus le motif de la structure est élaboré et contient de sillons, plus le succès du mâle auprès de la gente féminine est important. Plus encore, certains mâles améliorent l’esthétique de leur édifice avec des morceaux de coquillages déposés au sommet des crêtes. Cette décoration supplémentaire semble plaire aux dames sans que l’on sache trop l’expliquer.

Une autre raison d’être de cette structure est que les sillons, agencés de la sorte, diminuent les courants au centre, là où sont déposés les œufs. Ils sont ainsi stabilisés. Cela ressemble aux propriétés des métamatériaux utilisés pour confectionner des capes d’invisibilité.

Un autre exemple de cercles réguliers façonnés par des animaux a récemment été expliqué, il s’agit des cercles des fées.

Cercle des fées. © N. Juergens

Cercle des fées. © N. Juergens

Dans certaines régions d’Afrique, des zones circulaires de 1 à 50 mètres de diamètre sont dépourvues de végétation et ponctuent des prairies. Les Himbas, un peuple bantou du Nord de la Namibie, y voient des traces laissées par leurs dieux. Norbert Juergens, de l’Université d’Hambourg, en Allemagne, en a proposé une explication plus scientifique : ces cercles des fées sont dus aux termites des sables Psammotermes allocerus.

Ces insectes détruiraient systématiquement les plantes en mangeant leurs racines, notamment celles qui poussent rapidement après une pluie. Ils se construiraient ainsi progressivement une sorte d’oasis, une dépression nue recueillant l’eau qui resterait piégée sous la surface, par percolation, au lieu de s’échapper via l’évaporation des plantes. De la sorte, les termites pourraient vivre et supporter les conditions d’aridité du désert. Une des conséquences de ces travaux de paysagiste est l’établissement autour de la dépression d’un anneau de plantes touffues et pérennes, qui profitent elles aussi de l’eau. Cette ceinture favorise la biodiversité locale.

Avis à M. Night Shyamalan, s’il souhaite tourner la suite de Signs, il peut le faire au fond des mers ou bien en Namibie !

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