Folie sexuelle chez les manchots

26.06.2015 | par Loïc Mangin | Articles & Billets

Après avoir raconté comment les loutres de mer violent et tuent les bébés phoques, je vais rester dans ce domaine de la sexualité (désolé, mais j’ai trop de sujets de cet acabit en réserve, je dois les écouler !) et vous raconter l’histoire d’un marin qui a été horrifié par ce qu’il a observé chez… les manchots ! Plus précisément, il s’agit des manchots Adélie Pygoscelis adeliae, très chics oiseaux dans leur livrée noire et blanche

Une paire de manchots Adélie Pygoscelis adeliae.

Une paire de manchots Adélie Pygoscelis adeliae.

Ils sont devenus célèbres grâce aux mèmes qui pullulent sur les réseaux sociaux. En voici un exemple :

Un mème

Un mème

Et l’image originale.

Le même en version originale

Le même en version originale

De trop près, ils font quand même peur !!

Ahhhhhhhhhhhh ! © C. Berry.

Ahhhhhhhhhhhh ! © C. Berry.

En fait, ils ont aussi fait peur au début du XXe siècle à un certain George Murray Levick (1876-1956), chirurgien de la Royal Navy et explorateur de l’Antarctique.

George Murray Levick. © Antarctic Heritage Trust New Zealand

George Murray Levick. © Antarctic Heritage Trust New Zealand

Entre 1910 et 1913, il était membre de l’équipe scientifique de l’expédition Terra Nova, dirigée par le commandant Robert Falcon Scott. Concurrente malheureuse de celle emmenée par le Norvégien Roald Amundsen (ce dernier a planté son drapeau au pôle Sud quelques semaines avant l’arrivée des Britanniques), elle est néanmoins restée dans les mémoires en raison de son issue tragique : Scott et de plusieurs de ses compagnons sont morts gelés. Les survivants, dont Levick, ont laissé beaucoup de matériel dans les glaces.

C’est ainsi que plus d’un siècle plus tard, en 2013, la fonte des neiges aidant, on a retrouvé les effets personnels de Levick dont son carnet où il consignait la date, les sujets et les détails des photos qu’il a prises.

Le carnet de George Murray Levick © PR

Le carnet de George Murray Levick © PR

Voici quelques-unes de ses photos.

Des manchots Adélie photographiés par George Murray Levick au Cap Adare en 1911 ou 1912.

Des manchots Adélie photographiés par George Murray Levick au Cap Adare en 1911 ou 1912.

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Une autre

De fait, pendant plusieurs mois, Levick a observé les manchots Adélie. Il serait même le seul à avoir étudié le cycle complet de reproduction de ces oiseaux. Dans Natural History of the Adélie Penguin, l’ouvrage qui rend compte de ses découvertes en Antarctique, il décrit les manchots : « À première vue, le manchot d’Adélie a l’air d’être un petit homme propre sur lui, en costume de soirée. Il est absolument immaculé, entre son ventre blanc chatoyant et le noir de son dos et de ses épaules ». Mignon tout plein.

Le carnet d’observations de Levick. © R. Kossow/NHM

Le carnet d’observations de Levick. © R. Kossow/NHM

Mais l’auteur ou l’éditeur a écarté du livre toutes les observations qui pouvaient heurter la sensibilité des lecteurs. Elles ont toutefois été réunies dans un livret d’une centaine de pages intitulé Sexual habits of the Adélie penguin et réservé aux seuls initiés. Il a récemment été exhumé des oubliettes de l’histoire par une équipe de spécialistes : Douglas Russell, ornithologue au Musée d’histoire naturelle de Tring, en Grande-Bretagne, William Sladen de l’Institut médical John Hopkins, aux États-Unis, et David Ainley, du cabinet de consultants en écologie H. T. Harvey & Associates. Ce qu’on y lit est gratiné !

Levick évoque les activités de mâles qu’il nomme « hooligan cock », des « coqs hooligans » se déplaçant en bandes. Ces individus accostent et copulent avec d’autres mâles, des femelles blessées, des oisillons tombés du nid qui résistent mal aux assauts et meurent souvent, ou encore des cadavres, dont plusieurs de manchots morts depuis un an ! Certains ont même essayé de s’accoupler avec le sol, et ce jusqu’à éjaculation ! Les manchots sont donc nécrophiles, cryonécrophiles, lithophiles, assassins, violeurs… Selon Levick : « il semblerait qu’aucun crime ne soit assez abject pour ces manchots ». Il recourt même au grec pour dissimuler les cas extrêmes de « dépravation » : seuls les gens bien éduqués auraient ainsi accès aux « horreurs » dont il a été témoin. Comment expliquer ces comportements qui ont tant choqué l’explorateur ?

Des études récentes apportent des éléments de réponse. Les manchots Adélie se rassemblent en colonies en octobre et commencent à se reproduire : ils n’ont que quelques semaines pour le faire. Or les jeunes adultes inexpérimentés réagissent à des signaux inappropriés. Par exemple, un pingouin mort, couché sur le sol avec ses yeux mi-clos ressemble à une femelle consentante.

Une expérience le prouve. Une tête de manchot gelé, avec du papier blanc pour simuler les yeux mi-clos, a été associée avec du fil de fer à une pierre qui faisait office de corps. Ça n’a pas manqué, les hooligans ont trouvé cet « édifice » irrésistible et l’ont entrepris. C'est de la cryonécrocéphalolithophilie rien de moins.

Attention, même s’ils apparaissent choquants aux yeux de certains, nous ne pouvons juger les mœurs des manchots à l’aune de notre humanité. Nous sommes en face d’un comportement profondément enraciné que l’on doit « regarder » sans tomber dans l’anthropomorphisme.

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Adieu

Adieu

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