Le sexe le plus bruyant du monde !

27.01.2014 par Loïc Mangin, dans Arthropodes, Insectes, Sexe

Chez les mammifères, les oreilles ont une double fonction, l’audition et l’équilibre. De même, le foie participe à la digestion, mais aussi, entre autres, à l’élimination des produits toxiques. Ces deux exemples, parmi de nombreux, conduisent à une question fondamentale : les organes génitaux ne servent-ils qu’à la reproduction ? Non, les bestioles du jour montrent que ces parties sont aussi utiles pour produire… du son, du bruit, et même beaucoup de bruit !

Le premier cas nous est apporté par des papillons de la famille des Sphingidae, plus communément nommés sphinx, dont le plus connu est sans doute le sphinx à tête de mort Acherontia atropos.

Sphinx à tête de mort Acherontia atropos. © D. Descouens, MHNT

Sphinx à tête de mort Acherontia atropos. © D. Descouens, MHNT

Ceux qui nous intéressent sont Cechenena lineosa, Theretra boisduvalli et Theretra nessus, trois espèces qui vivent à Bornéo. Elles ont été étudiées par Akito Kawahara, de l’Université de Floride, et par Jesse Barber, de l’Université Boise, aux États-Unis.

Cechenena lineosa

Cechenena lineosa © Hsu Hong Lin

Theretra boisduvalli

Theretra boisduvalli © F. Lin

Theretra nessus

Theretra nessus © S. Kuveskar

D’autres papillons, ceux de la famille des Arctiidae, étaient connus pour émettre des ultrasons en réponse à ceux des sonars de chauve-souris en quête de proies par écholocation. Ici, la réponse signifie : « Fais attention, je suis toxique ». Elle est l’équivalent nocturne des couleurs vives de ces mêmes lépidoptères à destination des oiseaux lorsqu’il fait jour.

© Callimorpha dominula. © Emanresu

© Callimorpha dominula. © Emanresu

Les Sphingidae étant proches des Arctiidae, peut-être usent-ils du même stratagème pour repousser les chauves-souris. C’est bien le cas, et ils deviennent ainsi le troisième groupe, avec les Arctiidae et les cicindèles (des coléoptères), à émettre des ultrasons pour lutter contre les chauves-souris. Le plus intriguant est la façon dont ils s’y prennent…

Des enregistrements vidéos à très haute vitesse ont montré que les mâles produisent des ultrasons en raclant des écailles modifiées de la surface externe des valves génitales sur le bord du dernier segment de l’abdomen. Il en résulte une sorte de stridulation en mode ultrasons. Voilà en vidéo comment cela fonctionne.

Et les femelles ? Elles produisent également des ultrasons, grâce à un mécanisme différent encore inconnu, mais qui met aussi en jeu les organes génitaux. Toujours en vidéo.

Reste à savoir comment ces ultrasons agissent sur les chauves-souris. Traduisent-ils une  toxicité ? Brouillent-ils le sonar des prédateurs ? Des études prochaines devront le préciser. Toujours est-il que la production d’ultrasons par les organes génitaux est plutôt inattendu ! Mais la seconde bestiole du jour fait mieux.

Nous sommes cette fois chez les Corises, des punaises strictement aquatiques, et plus précisément avec Micronecta scholtzi, un insecte de deux millimètres de longueur.

Micronecta scholtzi. © P. Spaans

Micronecta scholtzi. © P. Spaans

Il a été étudié par Jérôme Sueur, du Muséum national d’histoire naturelle, à Paris, et ses collègues David Mackie et James Windmill, de l’Université de Strathclyde, à Glasgow, en Écosse. Et ce qu’ils ont découvert est tout simplement l’animal le plus bruyant (reporté à sa taille) jamais identifié. Les sons émis par les mâles, destinés à attirer les femelles, culminent à 105 décibels ! Pour vous donner une idée de ce à quoi cela correspond, en 1998, un décret sur le bruit dans les lieux publics a fixé une limite de 105 décibels dans les discothèques.

Quelque 99 pour cent du son sont perdus lors du passage de l’eau à l’air, et pourtant, le chant d’amour de ces minuscules créatures du fond des rivières reste audible par un humain  marchant à côté de la mare. Une chance pour les amateurs de promenades en plein nature que ces insectes vivent sous l’eau.

Comment ce son assourdissant est-il produit ? Et bien, le thème de ce billet le révèle… Oui, c’est bien ça. Micronecta scholtzi utilise son sexe, son pénis, qu’il frotte contre la surface striée de son abdomen. Ce mode de fonctionnement ressemble à celui de la « planche à laver », un instrument traditionnel de la musique cajun en Louisiane, même si dans ce cas là, on utilise plutôt ses doigts, qui plus est recouverts de dés à coudre. Après, libre à vous de vouloir battre le record de bruit… à la façon de l’insecte !

Je rappelle qu'une chanson bien connue stipule qu’il ne faut pas le montrer, au risque de faire des jaloux dans le quartier, ça f’rait plein d’envieux qui n'en ont pas chez eux. En revanche,  rien n’interdit de le faire entendre (désolé, j’ai encore été mis au défi).

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