Les reines de l’orgasme simulé

21.07.2015 | par Loïc Mangin | Articles & Billets

Vous vous souvenez du film Quand Harry rencontre Sally, un film de Rob Reiner sorti en 1989, avec Billy Crystal et Meg Ryan ?

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Pour les plus jeunes, voici la bande annonce.

La scène la plus connue est celle où Sally prétend que les hommes ne peuvent pas savoir quand une femme a un vrai orgasme ou feint d’en avoir un. Pour le prouver, elle simule l'orgasme en plein restaurant. La scène se termine quand Sally reprend calmement son repas et qu'une cliente assez âgée demande à un serveur : « Donnez-moi la même chose qu'elle ». Pour vous rafraichir la mémoire…

Nora Ephron, la scénariste du film, racontait que lors d'une projection test, toutes les femmes du public riaient alors que les hommes restaient silencieux, comme abasourdis par cette révélation qu'ils avaient du mal à accepter.

De tels mensonges ont aussi cours chez d’autres espèces animales, et notamment chez la bestiole qui va nous occuper aujourd’hui, la truite commune Salmo trutta.

Une truite Salmo trutta qui jaillit de l’eau pour attraper un insecte. © Andy Rouse/REX

Une truite Salmo trutta qui jaillit de l’eau pour attraper un insecte. © Andy Rouse/REX

C’est ce qu’ont montré Erik Petersson et Torbjörn Järvi, deux spécialistes suédois des poissons. Dans leur étude, ils révèlent l’histoire suivante. Les mâles courtisent une femelle en jouant des muscles jusqu’à ce que le plus puissant fasse fuir les plus faibles. De son côté, la femelle creuse une petite dépression au fond de la rivière où elle déposera ses ovules qui seront fécondés par la semence du mâle. Jusqu’ici tout va bien. La femelle commence à trembloter, à frissonner de plaisir… autant de signes qui annoncent le dépôt des ovules dans le nid préparé à cet effet. Le mâle ne s’y trompe pas. Lui aussi commence à palpiter, à frémir et fini par libérer les spermatozoïdes…

Un couple de truites : madame simule-t-elle ? © blickwinkel / Alamy

Un couple de truites : madame simule-t-elle ? © blickwinkel / Alamy

…pour rien, car la femelle l’a trompé : elle n’a lâché aucun ovule ! Le mâle a été berné.

Pourquoi fait-elle ça ? Les biologistes en sont réduits à des hypothèses. Elle attend peut-être d’autres mâles pour en choisir un plus séduisant encore ? Ou bien cherche-t-elle à ce que ses ovules soient fécondés par plusieurs mâles (les spermatozoïdes du premier restent dans l’eau) ?

Dans le restaurant où Harry et Sally sont devenus célèbres, servaient-ils de la truite ?

Ce n’est pas le seul cas où des femelles abusent de la crédulité des mâles. Kyle Summers, de l’Université de Caroline, à Greenville, s’est intéressé aux grenouilles dendrobates Dendrobates auratus, qui vivent au Panama.

La grenouille Dendrobates auratus. © H. Krisp

La grenouille Dendrobates auratus. © H. Krisp

Chez cette espèce, c’est le mâle qui s’occupe de la progéniture, mais avant d'en arriver là, il doit passé par quelques déconvenues. D'abord, les femelles sont très entreprenantes et poursuivent de leurs assiduité les mâles. Pendant qu’un de ces derniers recherche un endroit pour y déposer les œufs qui ne manqueront pas d'arriver bientôt, une femelle le harcèle, le houspille, se frotte contre lui, monte sur son dos… Quand une rivale approche, la femelle se fait plus pressante encore et tente par ailleurs de chasser l’intruse. Le mâle ne semble pas s’occuper de ce « combat de poules » et continue de préparer la couche nuptiale qui accueillera le fruit de ses ébats avec sa promise, la première femelle. Il ne doute de rien et l'affaire est pour lui entendue, tant cette femelle est empressée !

Et puis soudain, après environ 30 minutes d’un numéro de séduction acharnée, plus rien. Dame grenouille se désintéresse d’un coup du mâle, le rejette. Consterné, monsieur tente alors de la ramener dans le droit chemin, celui qu’elle semblait prête à emprunter quelques instants auparavant. Il y parvient souvent, mais pas toujours, et ce au prix de plusieurs heures d’efforts. Comment interpréter cet étrange comportement où les rôles s’inversent ?

Selon K. Summers, il n’y a pas de doute. Les femelles, avec leur pseudo-cour, empêchent les mâles d’aller voir ailleurs !

Pour l’écrivain et diplomate Jacques de Bourbon Busset, un couple se doit de laisser une place, pour que la relation dure, au mensonge. L’idée est d’épargner à l’autre l’aveu d’une baisse provisoire de ses sentiments sans conséquence sur le long terme. Pas sûr que cela fonctionne chez la truite et chez la grenouille !

Pour en savoir plus :

 


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