L’oiseau le plus déconcertant du monde

18.02.2014 | par Loïc Mangin | Articles & Billets

Vous rirez d'ici la fin de ce billet ! J’ai bien conscience de m’engager, mais plusieurs tests me laissent penser que, au moins, je déclencherai une incrédulité certaine qui s’accompagnera le plus souvent de rires. Tenez-moi au courant de vos réactions dans les commentaires !

La bestiole du jour est un oiseau de paradis, ou paradisier, c’est-à-dire un Paradisaeidae. Les membres de cette famille, et particulièrement les mâles, ne sont pas avares en couleurs et en atours esthétiques. Pour certains cela tient même de la débauche ! Voyez plutôt.

Paradisaea apoda. © A. Lawardi

Paradisaea apoda. © A. Lawardi

Astrapia mayeri. © markaharper

Astrapia mayeri. © markaharper

Cicinnurus respublica. © Serhanoksay

Cicinnurus respublica. © Serhanoksay

Paradisaea raggiana. © markaharper

Paradisaea raggiana. © markaharper

On compte 39 espèces d’oiseaux du paradis, pour 14 genres, qui sont pour la plupart présentes en Nouvelle-Guinée, et dans les environs, telles les îles Maluku et l’Australie orientale. La famille serait cousine de celle des corvidés, voire incluse dans celle-ci selon certaines classifications.

La taille de ces oiseaux varie de 15 centimètres pour le paradisier royal Cicinnurus regius jusqu’à plus d’un mètre pour le paradisier fastueux Epimachus fastuosus.

Un paradisier royal Cicinnurus regius. © D. Janson

Un paradisier royal Cicinnurus regius. © D. Janson

Un paradisier fastueux Epimachus fastuosus. © R. Kirby

Un paradisier fastueux Epimachus fastuosus. © R. Kirby

Celui qui nous intéresse aujourd’hui n’est ni le plus grand (26 centimètres de long), ni le plus beau, mais il est assurément le plus étonnant. Il s’agit du paradisier superbe Lophorina superba, le seul et unique représentant de son genre Lophorina. Précisons que l’on en distingue cinq sous-espèces selon leur apparence et leur région d’habitat : Lophorina superba superba, Lophorina superba niedda, Lophorina superba feminina, Lophorina superba latipennis et Lophorina superba minor. En voici un :

Le paradisier superbe Lophorina superba. © B. Coates.

Le paradisier superbe Lophorina superba. © B. Coates.

Le paradisier superbe Lophorina superba. © B. Coates.

Le paradisier superbe Lophorina superba. © T. Laman

Avant d’en venir aux raisons qui donnent à cet oiseau toute sa place dans le Best of Bestioles, rappelons que les paradisiers sont marqués par un dimorphisme sexuel prononcé. Chez ces oiseaux, la parade nuptiale est très élaborée. Celle du paradisier superbe n’échappe pas à la règle. Le mâle commence par dégager le sol de tous les cailloux et brindilles de façon à préparer un « dance floor » impeccable, n’hésitant pas à balayer la surface avec des feuilles.

Ensuite, il met en valeur les plumes iridescentes de son cou, d’un beau bleu-vert métallisé, puis hérisse les plumes bleues de son poitrail, une sorte de « bouclier pectoral » et dodeline sa tête, agitant de la sorte les longues plumes effilées dont elle est ornée. Par des déplacements gracieux, des allers et retours sur la scène qu’il s’est déblayée, il attire les femelles (leur plumage est brun et sans particularité). Des chants peuvent faciliter le recrutement du public.

Mais certaines fois, ce n’est pas assez, surtout que le sex-ratio est en défaveur des mâles dans les forêts de Nouvelle-Guinée. Alors, c’est le moment de tenter le tout pour le tout... Pour un effet de surprise réussi, merci de regarder cette vidéo avant d’aller plus loin.

Alors ? Qui n’a pas au moins esquissé un sourire ? Qui n’a pas été déconcerté par l’animal au point d’en rire ?

Les longues plumes noires du dos ont été déployées et réunies en une ellipse noire qui, de face, se retrouve illuminée d’un large sourire bleu et des deux yeux de l’oiseau : l’ensemble forme un vrai visage ! Une sorte de Smiley en noir et bleu !

Retrouvez ici l’ensemble de la parade du Lophorina superba en meilleure définition (au début, la parade d’autres espèces de paradisiers).

Cette stratégie n’est pas toujours couronnée de succès et l’on compte de 15 à 20 refus avant qu’une femelle ne daigne succomber à cette pourtant exceptionnelle technique de séduction. Incompréhensible ! Comment résister à un tel sourire ?

X08-tumblr_mji2iwUQhR1s17hwuo1_1280

Le Laboratoire d’ornithologie de l’Université Cornell, aux États-Unis, mène depuis plusieurs années un important projet d’étude sur les oiseaux de paradis en Nouvelle-Guinée. N’hésitez pas à visiter leur site riche en vidéos et documentation. On y trouve notamment les 39 espèces de paradisiers.

Cette spectaculaire transformation du paradisier superbe pour séduire m’a rappelé le comportement d’un étrange hibou qui change d’aspect selon son adversaire.


6 commentaires pour “L’oiseau le plus déconcertant du monde”

  1. Xavier Répondre | Permalink

    A propos du smiley bleu, voici les retours familiaux demandés... J'ai souris, ma fille a trouvé "scientifiquement intéressant", ma femme a rit et trouvé que c'était un looser, mon fils a dit "la vache !" et a fait une remarque intéressante. Il comprend bien l'avantage évolutif du smiley impressionnant (pour protéger le nid et faire fuir les prédateurs), par contre quel avantage évolutif pour la petite danse ?

    • Loïc Mangin Répondre | Permalink

      Bonsoir,
      Merci pour ces retours.
      En fait, à ce que je sais, le smiley ne sert que pendant la parade amoureuse. Par la danse la plus énergique et les couleurs les plus vives, il s'agit de montrer que l'on a les meilleurs gènes et que l'on est donc le meilleur père possible. Les mâles humains font-ils autre chose en allant danser en boîte de nuit avec leurs plus beaux vêtements ?
      Quant à l'aspect looser, je ne me rends pas compte : 5 à 7 pour cent de réussite, est-ce si mauvais ?

  2. Marie-Claire Répondre | Permalink

    Ah oui, il est très drôle, cet oiseau ! Drôle et fascinant en même temps. J'aime aussi beaucoup la manière dont il fait le ménage au début. Les hommes d'aujourd'hui devraient en prendre de la graine, si j'ose dire en parlant d'un oiseau, car une séance de ménage, de repassage ou de vaisselle est une très efficace parade nuptiale. 😉

  3. Arthur Répondre | Permalink

    Un drôle d'oiseau en effet. Je me suis retrouvé à rire tout seul devant mon écran au bureau...
    Mais la variété des comportements et des aspects que les "bestioles" acquièrent au fil de l'évolution n'a de cesse de faire réfléchir.

    Merci en tous cas pour ce blog qui ne peut que nous motiver à protéger la biodiversité (et qui nous fait rêver!).

  4. Berger Jean-Claude Répondre | Permalink

    C'est terriblement difficile de séduire pour un mâle, quand les femelles ont le choix ! Et je crois bien que c'est réaliste pour nombre d'espèces ... Il faut absolument être original, ou drôle (il l'est!) ou riche, ou performant ???

Publier un commentaire