Toute la vérité sur les chats : vous n’allez pas en revenir ! D.I.N.G.U.E.

25.03.2015 | par Loïc Mangin | Articles & Billets

Le Best of Bestioles cède aux sirènes de la renommée, du hashtag en or, du mot-clef-qui-tue pour consacrer un billet aux chats, aux LOLcats et autres chatons. Dès que possible, je glisserai des jolis minois de minets. Mais nous allons tout de même essayer de sortir des sentiers battus, découvrir des chats rares et des informations étonnantes que vous ignorez sans doute, pour laisser derrière nous ces chats là…

© PTT

© PTT

…encore que certains soient indispensables…

© Bescherelle ta mère

© Bescherelle ta mère

…et vous en trouverez pour toutes les circonstances ici.

Maintenant que vous le savez, passons aux bestioles du jour, les chats sauvages donc (c’est la pire transition de l’histoire de ce blog !).

D’abord, un bref et néanmoins indispensable rappel sur ce qu’est un chat ! Évacuons tout de suite le chat domestique Felis silvestris catus (nous y reviendrons quand même pour une page cuisine et art de vivre). Le mot Chat, en français, désigne un petit félin de la sous-famille des Felinae. Avec les Pantherinae (les gros félins comme le lion, le tigre…), ils constituent la famille des Felidae. Outre les chats, les Felinae regroupent aussi le caracal (Caracal caracal)

Et une première photo de mignons p’tits chatons, ceux du caracal Caracal caracal.

Et une première photo de mignons p’tits chatons, ceux du caracal Caracal caracal.

…les lynx (le genre Lynx)…

Encore une, avec un bébé lynx d’Eurasie Lynx lynx.

Encore une, avec un bébé lynx d’Eurasie Lynx lynx.

…le guépard (Acinonyx jubatus), les pumas dont le méconnu jaguarondi (Puma yagouaroundi), aussi nommé eyra et chat loutre.

Un jaguarondi Puma yagouaroundi. © S. Wolfman

Un jaguarondi Puma yagouaroundi. © S. Wolfman

Le jaguarondi vit du Sud des États-Unis jusqu’en Amérique du Sud. Il est domestiqué depuis des siècles pour chasser les rats et les souris.

Le jaguar drogué

Puisque nous sommes en Amérique du Sud, je ne résiste pas à vous parler du jaguar Panthera onca et de ce qu’a filmé une équipe de la BBC au Pérou. Elle a observé un de ces félins (ce ne sont pas des chats, mais l’histoire est trop belle) complètement halluciné, sous l’effet des substances actives d’une liane dont il avait grignoté les feuilles. Cette plante (Banisteriopsis caapi) est utilisée pour préparer l’ayahuasca, un breuvage hallucinogène consommé traditionnellement par les chamans d'Amazonie. Les substances actives sont des β-carbolines, telles l'harmine et l'harmaline. Voici le jaguar en plein trip !

Pour briller au Scrabble

Passons à deux espèces de chats que je retiens ici juste pour leurs noms bizarres. Le colocolo et le kodkod. Vous connaissiez ? Maintenant que vous le savez, vous pourrez épater la galerie, frimer devant Des chiffres et des Lettres, faire plus de 70 au Scrabble… ne me remerciez pas.

Le colocolo est aussi le chat des pampas (il vit aussi en Amérique du Sud), mais on ne sait pas quoi en faire ! Je veux dire, du point de vue classification. Est-ce une espèce Leopardus colocolo ? Est-ce une sous-espèce Leopardus colocolo colocolo du chat des pampas ? Les spécialistes en débattent depuis les années 1960, les études morphologiques et génétiques n’ayant pas encore tranché. Ce n’est pas qu’une affaire de détail, car la question du statut taxonomique du colocolo est importante pour la sauvegarde de ces animaux, notamment pour en estimer les effectifs.

Un colocolo Leopardus colocolo ou Leopardus colocolo colocolo ?

Un colocolo Leopardus colocolo ou Leopardus colocolo colocolo ?

Le kodkod Oncifelis guigna ou Leopardus guigna, aussi nommé chat du Chili, est encore un félin d’Amérique du Sud.

 

Un kodkod Oncifelis guigna. © J. Sanderson.

Un kodkod Oncifelis guigna. © J. Sanderson

La grimace du chat du Cheshire

Vous vous souvenez du sourire du Chat de Cheshire, dans Alice au pays des Merveilles.

Et s’il s’agissait de tout autre chose,  par exemple d’une réaction de Flehmen ? Non, pas Femen (ça, c’est pour le mot-clef)…

NB. Sur la tenture, ce sont des lions, on reste en famille.

NB. Sur la tenture, ce sont des lions, on reste en famille.

…ni Frémen, les hommes aux yeux bleus de la planète Dune (ou Arrakis) imaginée par Frank Herbert.

Les Fremen, dans le film Dune, de David Lynch (1984).

Les Fremen, dans le film Dune, de David Lynch (1984).

Encore que, peut-être avaient-ils des chats.

Un chat de Fremen.

Un chat de Fremen.

Non, le Flehmen est ce caractéristique retroussement de babines si élégant.

Le Flehmen d’un chat domestique.

Le Flehmen d’un chat domestique.

Ce « sourire » est plus impresionnant chez un tigre.

Le Flehmen d’un tigre. © T. Khalid

Le Flehmen d’un tigre. © T. Khalid

Et encore plus chez un cheval !

Le Flehmen d’un cheval.

Le Flehmen d’un cheval.

Ce mouvement permet aux odeurs et aux phéromones de s’infiltrer par deux canaux situés derrière les incisives jusqu’à l’organe de Jacobson ou organe voméro-nasal, sous la base du nez.

Nous avons échappé de peu à un sourire niais régulier, car chez l’être humain, l’organe voméro-nasal n’est présent qu’à l’état de vestige. Mais il est bien visible chez l'embryon ! Une polémique fait rage dans la communauté scientifique, une partie soutenant que cet organe reste fonctionnel. J’aurais tendance à le croire, en tout cas Ryan Gosling (top mot-clef), c’est sûr, a encore un organe voméro-nasal fonctionnel !!!

Ryan Gosling en plein Flehmen.

Ryan Gosling en plein Flehmen.

 

Le chat parachutiste

Prenez un humain et un chat. Lâchez-les du haut d’un immeuble, lequel arrive en premier au sol ? Ne tentez pas l’expérience, on connaît déjà le résultat : c’est l’humain. En effet, selon le vétérinaire Joël Dehasse, la vitesse maximale théorique d'un chat en chute libre est d’environ 100 kilomètres par heure contre 210 pour l’humain. Cette différence résulte de la petite taille des chats. En effet, la pesanteur est proportionnelle à la masse, et donc au volume qui varie avec le cube de la taille, alors que la force de freinage est proportionnelle à la surface, et donc au carré de la taille. La vitesse de chute libre d'un tigre de 300 kilogrammes est supérieure à celle d'un humain. Vous pouvez tenter l'expérience et me tenir au courant.

John Hutchinson, du Musée de paléontologie, de l’Université de Berkeley, en Californie, prétend même que les chats étendent leurs membres de façon à encore ralentir leur chute jusqu’à seulement 60 kilomètres par heure. Cette technique du parachutiste limite les blessures et leur gravité, mais elle n’est efficace qu’à partir d’une certaine hauteur : sept étages pour être précis. En 1987, dans le Journal of the American Veterinary Medical Association, une étude portant sur 132 chats a été publiée. Elle montre que les blessures sont les plus importantes pour une chute de sept étages.

Le nombre de blessures en fonction de la hauteur (en étages) de la chute.

Le nombre de blessures en fonction de la hauteur (en étages) de la chute.

Au-delà, le chat aurait le temps d’adopter la position du parachutiste et ainsi de réduire sa vitesse de chute. Le record de survie à une chute serait de 137 mètres (32 étages) : le chat cascadeur n’aurait eu qu’une dent de cassée.

Une petite pause (Kitten-cat !!)...

...avec un chat peu connu que j’aime beaucoup, le chaus.

Un chaus Felis chaus au zoo de Pont-Scroff. © Abujoy

Un chaus Felis chaus au zoo de Pont-Scroff. © Abujoy

On dirait le croisement entre un loup et un félin ! Le chaus, aussi nommé chat des marais et chat de jungle, vit de l’Égypte jusqu’en Asie du Sud-Est en passant par le Caucase, l’Inde et le Sri Lanka.

Le twist du chat

Poursuivons avec nos histoires de lâcher de chats, avec le célèbre adage : un chat retombe toujours sur ses pattes (sauf peut-être quand une tartine beurrée est fixée sur son dos, mais c'est une autre histoire).

16- Le retournement d'un chat vue par Étienne-Jules Marey en 1894.

16- Le retournement d'un chat vue par Étienne-Jules Marey en 1894.

Les physiciens se sont intéressés aux mécanismes de ce retournement. Ce n’est pas simple ! Soit un chat que l’on abandonne à son sort, pattes tournées vers le haut. D’abord, le chat écarte ses pattes postérieures et fait tourner ses épaules en rapprochant ses pattes antérieures du corps. Ensuite, l’animal fait l’inverse : ses pattes postérieures se rapprochent tandis que ses pattes antérieures s’étendent. Après ces deux étapes, le chat est prêt à atterrir sur ses pattes.

Richard Kaufman, de l’Université du Massachusetts, a montré récemment que le chat doit aussi plier sa colonne vertébrale. C’est une histoire de moment cinétique qui doit rester nul pendant la chute. Pour s’en assurer, Ronald Galli, de l’Université d’État de Weber, aux États-Unis, a confectionné un chat mécanique en caoutchouc, mû par des ressorts !

Chats ? Twist ? Désolé…

La langue au chat.

Les physiciens se sont aussi penchés sur la langue des chats.

La langue d’un chat domestique. © J. Leigh

La langue d’un chat domestique. © J. Leigh

La technique du lapement est unique et propre aux félidés. Ils plongent leur langue puis la retirent aussitôt ce qui, grâce aux papilles cornées qui hérissent cette langue, crée une colonne d’eau éphémère. Il leur suffit alors de refermer la bouche et d’aspirer le liquide avant qu’il ne retombe sous l’effet de la gravité.

Cette technique a été modélisée mathématiquement et reproduite par un robot, enfin, une sorte de piston…

Un chat, deux chats, trois chats…

Pour finir, partons dans la forêt de Jeypore-Dehing, dans l’État d’Assam, dans le Nord-Est de l’Inde. Là, avec des caméras automatiques, le biologiste Kashmira Kakati a mis en évidence la plus grande diversité de félins au monde avec pas moins de sept espèces : quelques gros félins, mais aussi de nombreux chats. Le précédent record était détenu par une région de Bornéo, avec cinq espèces, et peut-être une zone de l’Amazonie avec six espèces. Voici les sept espèces.

Le tigre Panthera tigris. © K. Kakati

Le tigre Panthera tigris. © K. Kakati

Le léopard Panthera pardus. © K. Kakati

Le léopard Panthera pardus. © K. Kakati

La panthère nébuleuse Neofelis nebulosa. © K. Kakati

La panthère nébuleuse Neofelis nebulosa. © K. Kakati

Le chat marbré Pardofelis marmorata. © K. Kakati

Le chat marbré Pardofelis marmorata. © K. Kakati

Le chat de Temminck Catopuma temminckii. © K. Kakati

Le chat de Temminck Catopuma temminckii. © K. Kakati

Le chat-léopard Prionailurus bengalensis. © K. Kakati

Le chat-léopard Prionailurus bengalensis. © K. Kakati

Le chaus ou chat de jungle Felis chaus. © K. Kakati

Le chaus ou chat de jungle Felis chaus. © K. Kakati

 

Chat c’est Pallas !

Un dernier chat pour la route ? Alors, une belle bestiole ! Le chat de Pallas Otocolobus manul ou Manul

Un chat de Pallas Otocolobus manul. © Jar0d

Un chat de Pallas Otocolobus manul. © Jar0d

Cette seule espèce du genre Otocolobus vit en Asie centrale. Elle est dotée de la plus épaisse fourrure pour un chat sauvage. Et les chatons qui vont avec.

© Parken Zoo in Sweden

© Parken Zoo in Sweden

Le sujet est inépuisable. Je m’arrête là et, si jamais ce billet rencontre son public, je reviendrais sur d’autres sujets liés aux chats. En tout cas, j’espère que vous êtes rassasiés, sinon… allez faire un tour sur ce marché où l’on vend des chats destinés à être cuisinés, au même titre que les canards.

© A. Frodesiak

© A. Frodesiak

Les chats sont aussi mangés dans certains coins reculés de la Suisse ou de la planète Melmac...

La recette du sandwich au chat, un classique qui ravit toujours les invités.

La recette du sandwich au chat, un classique qui ravit toujours les invités.

P.S. Au moment où j’achève ce billet, je tombe sur la rubrique d’Improbabologie de Pierre Barthélémy où il est aussi question de chats et de musique. Chats ? Musique ?

Désolé….

 

Pour en savoir plus :


2 commentaires pour “Toute la vérité sur les chats : vous n’allez pas en revenir ! D.I.N.G.U.E.”

  1. denis Répondre | Permalink

    A propos de la différence de vitesse limite en chute libre entre l'humain et le chat .. l'effet principal est dû à une différence d'échelle, la pesanteur étant proportionnelle à la masse, c'est à dire au volume, c'est à dire au cube de la taille; alors que la force de freinage est proportionnelle à la surface, c'est à dire au carré de la taille.

    La différence de vitesse de chute n'est donc pas due à la félinité du chat comparée à l'humanité de l'humain, mais simplement à la taille plus petite du chat. Essaie avec un tigre !

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