Une langue à 14 pattes

30.07.2013 par Loïc Mangin, dans Articles & Billets

Âmes sensibles s’abstenir. On connaît beaucoup de cas de parasitisme, dont certains sont peu ragoûtants. Prétendant à la palme de la « cruauté » à nos yeux d’humains, mais on s’abstiendra de tout jugement de valeur, les guêpes parasitoïdes pondent leurs œufs dans des chenilles qui deviennent un garde-manger vivant pour les larves en développement. La bestiole du jour peut rivaliser !

Il s’agit de Cymothoa exigua, un crustacé isopode (proche des cloportes) de la famille des Cymothoidae, plus connus sous le nom de poux de mer. Cymothoa exigua est un parasite de poissons, et particulièrement du vivaneau rose (Lutjanus guttatus), une espèce que l’on trouve dans les eaux du Pacifique de la Californie jusqu’au Pérou.

Le jeune Cymothoa exigua pénètre par l’ouïe du poisson et se fixe sur les branchies où il se repaît du mucus. Là, il devient mâle, puis femelle à mesure qu’il croît. L’accouplement à généralement lieu en cet endroit, quand un mâle et une femelle sont présents en même temps. Quand ce n’est pas le cas, la femelle migre alors vers la base de la langue du poisson. Le parasite plante alors trois de ses paires de pattes dans cet organe pour en extraire le sang. À mesure que l’hôte indésirable croît, la langue s’atrophie jusqu’à disparaître : Cymothoa exigua a pris sa place en fixant son corps sur les fibres musculaires du moignon restant. Le poisson à désormais une nouvelle langue, doté de sept paires de pattes ! Voici le résultat :

tongue-eating-01

tongue-eating-03

tongue-eating-02

tongue-eating-04

Que devient le poisson ? Le parasite ne le gène pas et le vivaneau infesté l’utilise comme une langue normale. Cymothoa exigua serait le seul parasite connu qui remplace fonctionnellement un organe de son hôte. Le crustacé se nourrirait ensuite principalement du mucus et délaisserait la nourriture du poisson. On a cependant repéré des spécimens hématophages. Selon certains spécialistes, le cas s’apparenterait à un parasitisme de type marsupial : Cymothoa exigua se comporterait de façon semblable à celle des jeunes koalas ou kangourous qui s’accrochent à la tétine maternelle.

Cymothoa exigua a été découvert dans les années 1920 au Pérou dans la gueule de poissons capturés au filet. Près d’un siècle plus tard, en 2005, un poisson parasité par Cymothoa exigua a été remonté au large des côtes de Jersey, loin des côtes du Pacifique ! On ignore encore si l’espèce est invasive où s’il ne s’agit que d’un cas isolé.

La même année, à Puerto Rico, un procès a été intenté après qu’un poisson infesté a été vendu dans un supermarché. Le plaignant a prétendu avoir été empoisonné, mais il a été débouté, car aucune intoxication due à un isopode n’a été répertoriée à ce jour. Cependant, mettez-vous à la place du consommateur… La prochaine fois que vous mangerez un poisson, ouvrez sa bouche avant de le faire griller !

Pour en savoir plus :


2 commentaires pour “Une langue à 14 pattes”

  1. miraux Répondre | Permalink

    Je vis sur la cote basque en France, j'ai peché hier le 18/10/2013 des chinchards avec des cymothoas dans la bouches. cordialement

  2. mickael Répondre | Permalink

    retrouver sur plusieur poisson vers marseille 31/08/2017 a croire que c se multipli a grande echelle

Publier un commentaire