Babylone enfin classée au Patrimoine mondial de l’Unesco

Trois ans après les marais et les sites du sud de l’Irak, les vestiges de la grande cité antique de Babylone, à 85 km au sud de Bagdad, ont rejoint le 5 juillet dernier la liste des sites du Patrimoine mondial de l’Unesco après cinq essais infructueux.

Déjà habité au VIe millénaire avant J.-C., ce site de taille réduite voit son nom, Babbal, mentionné pour la première fois dans les textes de l’époque d’Akkad (24e siècle). Principauté amorrite au tout début du IIe millénaire, Babylone devient la capitale d’un royaume qui atteint son apogée sous le règne de Hammurabi (1792-1750). Le prologue du Code de Hammurabi, qui date de la fin de son règne, montre que cette ville est la capitale d’un vaste État qui occupe la basse Mésopotamie et une partie de la haute Mésopotamie. Elle comporte alors deux palais et plusieurs temples dont l’un dédié à Marduk, sa divinité tutélaire. Les successeurs de Hammurabi ne peuvent maintenir les frontières de la Babylonie très longtemps et Babylone est pillée par les Hittites en 1595 avant J.-C.

Sous les Cassites, dans la seconde moitié du IIe millénaire, la ville n’a plus un rôle politique important mais reste un centre religieux et culturel très actif, les scribes y rédigeant certaines des grandes épopées de la littérature akkadienne. Reconnue comme telle par les Assyriens qui pille ses tablettes, Babylone, après avoir été détruite par Sennacherib en 689, est reconstruite et agrandie vingt ans plus tard, et la statue du dieu Marduk réintègre son temple.

Lion en briques glaçurées, Babylone

À la chute de l’empire assyrien, Babylone redevient capitale, cette fois-ci de l’empire néo-babylonien. C’est moins d’un cinquième des ruines de cette mégapole du 6e et du 5e siècle que l’architecte allemand Robert Koldewey exhume de manière systématique entre 1900 et 1917. La ville de Hammurabi gît pour l’essentiel sous le niveau de la nappe phréatique et n’a pas été fouillée.

Quadrilatère sous la forme d’un damier régulier de 2,6 km sur 1,5 km enjambant l’Euphrate, la ville est ceinte d’une double muraille percée de huit portes. La voie processionnelle depuis la porte d’Ištar, ouvrage couvert de briques glaçurées dans les tons bleus, mène à l’ouest au palais de Nabuchodonosor, couvrant plus de 60 000 m2, au temple de Nabû, à la ziggurat appelée Etemenanki – la fameuse tour de Babel –, à l’Esagil, nom du temple de Marduk, et au temple de Ninurta, à l’est, elle conduit aux temples de Ninmah et d’Ištar d’Akkad, puis aux grandes maisons du Merkès.

Plan de Babylone (Credit: https://fr.wikipedia.org/wiki/Babylone#/media/Fichier:Babylon_map.png)

Nabuchodonosor II (604-562) agrandit la ville au nord-est et y ajoute un nouveau rempart incluant le tell Babil où se trouve le palais d’été. Babylone occupe désormais une surface de 10 km2. En 597, puis en 587, le roi s’empare du royaume de Juda et déporte une partie de sa population à Babylone. Prise par Cyrus en 539 avant J.-C., puis par Alexandre le Grand en 331, la ville n’est pas détruite ; elle reste, un temps, capitale de province, puis s’éteint d’elle-même, usée par le temps.

Toutefois, contrairement à de nombreux sites mésopotamiens, cette cité n’a jamais été oubliée. La ville figure au centre de la plus ancienne carte du monde dessinée sur une tablette d’argile. La Bible, puis Hérodote, décrivent Babylone comme une grande mégapole, ce qui a vraisemblablement contribué à sa légende : ses murailles et ses soi-disant jardins suspendus – que l’on croit aujourd’hui se trouver à Ninive – constituent l’une des sept merveilles du monde.

Saddam Hussein a voulu reconstruire les murailles de l’antique cité et sa voie processionnelle, y incorporant, à l’instar du grand roi babylonien Nabuchodonosor II, des briques estampillées à son nom en arabe. Après l’invasion américaine en 2003, Babylone a été transformée en base militaire, de lourds tanks écrasant ses ruines. Ses vestiges sont aujourd’hui en mauvais état et menacent de s’écrouler. Souhaitons que ce nouveau statut de Babylone permette de mener les travaux de restauration nécessaires à sa sauvegarde.

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