Des femmes confinées dans les palais assyriens

Alors que le confinement se poursuit en ce printemps 2020 dans de nombreux pays en raison de l’épidémie de coronavirus, je me suis interrogée sur la liberté de mouvement des Assyriennes au début 19e siècle avant notre ère. Si celles-ci semblent avoir mené une vie relativement libre, voire indépendante, ce n’est pas le cas des femmes des palais assyriens de la seconde moitié du IIe millénaire avant notre ère. Celles-là étaient confinées dans un espace clos, et avaient peu de contacts avec l’extérieur.

Plus d’une vingtaine d’édits royaux, découverts à Assur, règlementent le comportement des habitants du palais, et en particulier des femmes de la cour. Ces dernières sont soumises à une discipline stricte, accompagnée de châtiments corporels.

Le palais royal comprend deux secteurs principaux. L’administration du palais se tient dans la partie publique, le ‘secteur des portes’, où se trouvent aussi les magasins. A l’opposé, le ‘secteur d’habitation’ ne donne pas sur l’extérieur. Il comprend l’appartement du roi et celui des femmes, qui y sont largement majoritaires. Il est administré par un médecin qui soigne les habitants.

L’accès principal au secteur d’habitation du palais se fait par la salle du trône où le roi donne audience. Avant de pénétrer dans cette partie du palais, il faut faire ses ablutions pour se purifier. Certains passages des édits royaux portent sur l’impureté rituelle des femmes lorsqu’elles ont leurs règles.

La population féminine du palais comprend à sa tête la reine-mère, suivie des épouses royales. Puis on trouve les épouses secondaires, filles de vassaux ou captives, les filles et sœurs du roi restées célibataires, les dames de compagnie et enfin les servantes. Parmi ces dernières figurent des chambrières, des parfumeuses et des chanteuses.

Les règles de vie dans cet espace confiné sont particulièrement strictes, les édits s’attachant à lister toute une série d’interdits. La distanciation sociale y est de rigueur. Les femmes ne doivent pas aguicher les employés du palais. Ceux-ci doivent respecter un espace de sept pas lorsqu’ils s’entretiennent avec l’une d’elles, et surtout ne pas les écouter chanter ou se disputer entre elles, sous peine de recevoir cent coups de bâton et d’avoir une oreille coupée. Cela empêche bien sûr toute discussion privée.

Les rares femmes autorisées à sortir – celles qui sont mariées à des serviteurs royaux par exemple –, doivent être décemment habillées, et revenir dans le palais avec leur costume au complet. Les servantes, quant à elles, sont totalement recluses. Des contrôles sont régulièrement effectués sur les biens conservés dans le palais, y compris sur les vêtements confectionnés par les femmes. Pour rendre le contrôle encore plus efficace, la délation est fortement encouragée.

En cas de violation des règles, les peines infligées aux habitants du palais comprennent bastonnade, mutilations, travaux forcés, voire peine de mort. La vie des femmes dans les palais assyriens des 14e au 12e siècles avant notre ère apparaît donc confinée et particulièrement austère. Contrairement à d’autres époques et dans d’autres palais, les femmes semblent y être dépourvues de liberté. Cette impression, peut-être due au hasard des découvertes, ne peut en aucun cas être généralisée. De plus, le milieu royal représente un cas très particulier où la polygamie est attestée contrairement au reste de la société où la monogamie est de rigueur.

Les textes législatifs documentant la vie dans les palais assyriens sont souvent désignés comme « édits de cour et de harem ». Toutefois l’emploi anachronique de ce terme emprunté à l’arabe pose problème. En effet, ces femmes, qui vivent dans un espace clos du palais ne sont pas toutes « épouses du roi ». En outre, quelques-unes peuvent en sortir, et certaines ont joué un rôle politique important.


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