Un kudurru babylonien saisi en Grande-Bretagne

Au début du mois de mars, une stèle en pierre inscrite en cunéiforme et décorée de reliefs – un kudurru –, datant de la fin du 12e siècle av. J.-C., a été saisie à l’aéroport de Heathrow alors que son acheteur tentait de la faire entrer en Grande-Bretagne. L’étiquette apposée sur la caisse indiquait : « pierre taillée pour décoration d’intérieur fabriquée en Turquie ». Transmise au British Museum pour identification, la stèle a été restituée à l’ambassade d’Irak à Londres le 19 mars 2019 pour un transfert au Musée d’Irak à Bagdad.

Le mot akkadien kudurru désigne une stèle en pierre inscrite et souvent décorée de reliefs. Ces monuments apparaissent au 14e siècle, et plus de cent cinquante stèles de ce type ont été répertoriées en Babylonie, les dernières datant du 7e siècle av. J.-C. Le texte inscrit sur ces stèles concerne généralement des terres, qu’elles soient données par le roi, exemptes de taxes, offertes en dot… Il s’achève par des malédictions contre quiconque tenterait d’annuler la donation.

Le kudurru saisi à l’aéroport de Heathrow fait une trentaine de centimètres de haut, mais il est cassé et sa partie inférieure a disparu. Le texte inscrit réparti en deux colonnes incomplètes est usé en surface. Il date du règne de Nabuchodonosor Ier (1126-1105), un souverain babylonien de la seconde dynastie d’Isin. Ce roi est connu pour avoir vaincu les Elamites sur leurs propres terres (Iran) et rapporté à Babylone la statue de culte du dieu Marduk, emportée un quart de siècle auparavant en trophée à Suse. Un kudurru attribuant des privilèges à un certain Shitti-Marduk qui s’est distingué lors des combats raconte l’une des batailles du roi babylonien en Elam.

La stèle saisie fait référence à une bataille qui pourrait aussi se rattacher à la campagne victorieuse du roi en Elam. Le texte s’achève par les traditionnelles formules de malédictions contre quiconque altèrerait la stèle et cite Enlil, dieu poliade de la ville de Nippur, et Gula, déesse de la médecine.  Sur sa face plate elle présente un relief typique des kudurrus : symboles des divinités, posés sur des trônes, telle la bêche du dieu Marduk, animaux réels ou imaginaires.

Face avec reliefs du kudurru. Credit: British Museum

Cet objet n’a encore jamais été répertorié. La mention répétée de la ville de Nippur, ville babylonienne du sud de l’Irak, pourrait suggérer qu’il y a été découvert par des fouilleurs clandestins. En effet, les sites du sud de l’Irak ont fait l’objet de pillages intensifs depuis le début des années 1990 et jusqu’à il y a quelques années. Certaines de ces stèles exhumées in situ ont été découvertes dans un temple et il y est possible que celle-ci reposait dans le temple d’Enlil. Depuis quelques années, les archéologues rouvrent des fouilles sur des sites importants du sud de l’Irak, comme par exemple à Tello et à Ur, et explorent de nouveaux sites. Nous pouvons former des vœux pour que la partie inférieure de ce kudurru soit découverte in situ dans les années à venir par une mission archéologique, ce qui permettrait de restituer à l’objet son contexte archéologique.


3 commentaires pour “Un kudurru babylonien saisi en Grande-Bretagne”

  1. Cécile Michel Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Merci pour l'ajout des liens.
    Il n'y a qu'un seul temple d'Enlil à Nippur, l'Ekur, dont fait partie la ziggurat.
    Les objets vendus sur le marché des antiquités proviennent en général de fouilles illicites; nous ignorons hélas tout de leur contexte, la moitié des informations sont perdues.
    bien cordialement,
    Cécile Michel

    • F68.10 Répondre | Permalink

      Un petit billet pour nous expliquer l'étendue des fouilles illicites et les politiques menées pour y remédier?

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