Lamia al-Gailani Werr, une vie consacrée à la sauvegarde du patrimoine archéologique irakien

Lamia al-Gailani Werr, l’une des premières femmes archéologues irakiennes, surnommée « trésor irakien » ou encore « la rose de Bagdad », a consacré sa vie à la préservation du patrimoine archéologique de son pays. Elle est décédée le 18 janvier 2019 à Amman, en Jordanie. Sa mort suit de peu celle de l’assyriologue Bahija Khalil Ismail, première femme à avoir dirigé le Musée National Irakien.

Entre Irak et Grande-Bretagne

Lamia al-Gailani Werr descend du célèbre soufi du 12e siècle, Abdul-Qadir Gailani. Issue d’une famille aisée, elle peut mener des études poussées. Dans les années 1950 elle s’inscrit en archéologie à l’Université de Bagdad, et poursuit ses études à Cambridge où elle obtient une licence, devenant en même temps la première irakienne à étudier l’archéologie à l’étranger. De retour à Bagdad, en 1961 elle occupe un poste de conservatrice au musée d’antiquités établi par Gertrude Bell ; elle y est encore en 1966 lorsque celui-ci devient le Musée National Irakien. Au début des années 1970, elle reprend des études à Edimbourg en Grande Bretagne, et soutient une thèse de doctorat à l’Institut d’Archéologie à Londres en 1977. Son travail porte sur les sceaux-cylindres d’époque paléo-babylonienne (première moitié du 2ème millénaire av. J.-C.) conservés au Musée National Irakien ; sa thèse est publiée en 1988. Elle reste alors à Londres comme chercheuse associée à la School of Oriental and African Studies, mais retourne plusieurs fois par an en Irak et maintient des contacts étroits avec les chercheurs demeurés sur place.

Dirigeant les fouilles du site de Tell edh-Dhiba’i, à proximité de Bagdad, Lamia al-Gailani Werr y met au jour un atelier de métallurgiste qui permet de mieux comprendre cet artisanat. Elle poursuit ses travaux sur les sceaux-cylindres, et publie en 1999 avec l’archéologue irakien Salim al-Alusi un livre grand public sur l’archéologie de la culture arabe en Mésopotamie ancienne. Alors que le pays est sous embargo après la Guerre du Golfe elle assure aux chercheurs irakiens restés dans le pays un contact permanent avec le monde extérieur et en particulier avec la Grande Bretagne.

Sauver et protéger le patrimoine archéologique d'Irak

Lamia al-Gailani Werr doit sa célébrité surtout à son ardente défense du patrimoine archéologique irakien. Lors de l’invasion américaine en 2003, elle se rend à Washington pour alerter les autorités de la possibilité d’un pillage d’ampleur, mais ses démarches restent vaines. Le Musée National Irakien, dépourvu de protection, est pillé et mis à sac.  Elle participe alors aux efforts menés pour reconstituer les collections du musée qui ont été pillées, et contribue à l’informatisation du fichier d’inventaire du musée. Conseillère auprès du ministre irakien de la culture, Lamia al-Gailani Werr est régulièrement invitée dans les congrès et par les médias pour alerter sur l’urgence de protéger les biens culturels irakiens, évoquer un état des lieux et envisager les mesures à prendre pour sauver le patrimoine culturel. Elle joue un rôle important dans la réouverture du Musée National d’Irak en 2015, et lors de la cérémonie d’ouverture, elle s’inquiète de la destruction du patrimoine de son pays, évoquant un cauchemar dont il serait impossible de se réveiller. Lamia al-Gailani Werr tient un rôle prépondérant dans la fondation du Musée de Bassorah, devenant en 2010 l’administratrice de l’association Les Amis du Musée de Bassorah. Elle a pu assister en 2016 à l’ouverture d’une première galerie, le reste du musée devant être inauguré en mars 2019.

Par son action inlassable, elle a mérité d’être le seul membre honoraire à vie du British Institute for the Study of Iraq, et fut, la 5e récipiendaire en quarante ans de la Médaille d’or du Gertrude Bell Memorial pour « services exceptionnels à l'archéologie mésopotamienne » (2009). La mort l’a emportée alors qu’elle préparait un ouvrage sur l’histoire du Musée National d’Irak, un musée qui a pris tant de place dans sa vie, et qu’elle organisait avec sa fille à Amman un atelier de formation en conservation pour le personnel des musées d’Irak et de Syrie. Le Proche-Orient a bien besoin de ces femmes et de ces hommes de courage qui consacrent leur vie à protéger et promouvoir son patrimoine culturel.

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