Pillages d’antiquités en temps de pandémie

Le confinement qui a été imposé à une partie importante de la population mondiale à cause de la pandémie de COVID-19 a obligé les archéologues, comme tant d’autres, à poursuivre leurs activités à distance, depuis chez eux. Les sites archéologiques, désertés par les scientifiques, sont devenus la proie des pilleurs d’antiquités qui n’hésitent plus à trafiquer en plein jour, sur internet, alors que la justice est au ralenti.

En Judée et en Samarie, par exemple, des voleurs ont creusé des ouvertures pour s’introduire dans une grotte de la réserve naturelle du Mont Kabir, entre Elon Moreh et la vallée du Jourdain, et ont endommagé le site de Khirbet al-Marjama dont les vestiges remontaient à l’Âge du Bronze. D’autres sites archéologiques dans la vallée de Siloh ont été saccagés, au total plus d’une centaine.

Par voie de conséquence, le commerce illicite d’antiquités en ligne connaît une forte croissance pendant cette crise sanitaire. Le projet ATHAR (Antiquities Trafficking and Heritage Anthropology Research) a relevé une nette augmentation, pendant le confinement, de messages Facebook proposant des photos d’objets archéologiques pillés au Proche- et Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Les objets qui partent le plus facilement sont les monnaies et les céramiques. Certaines de ces pièces sont pillées par des travailleurs qui ont perdu leur emploi à cause de la crise, en particulier dans le secteur du tourisme. ATHAR demande d’une part la fermeture de ces sites, mais d’autre part la préservation les données numériques existantes. En effet, lors de pillages, il est rare de connaître le contexte de découverte des objets. Or dans le cas présent, pour certifier l’origine et l’authenticité de ceux-ci, les voleurs photographient leur méfait, les objets étant présentés in situ.

Ce marché des antiquités n’existerait pas s’il n’y avait pas de demande. Celle-ci encourage à la fois les pilleurs et les faussaires dans leurs méfaits. Pour répondre à la forte demande en antiquités, certains en profitent pour écouler des faux. En juillet 2019, deux malles en provenance de Bahreïn saisies et ouvertes à l’aéroport d’Heathrow, contenaient 190 tablettes cunéiformes, des céramiques, des figurines et sceaux-cylindres de style mésopotamien. Un examen rapide de ces objets par des conservateurs du British Museum a montré qu’il s’agissait de faux. Il y a vraisemblablement autant de faux sur les marchés des antiquités que de véritables objets archéologiques.

Fausses tablettes cunéiformes saisies à l’aéroport d’Heathrow (©British Museum)

Les autorités ne sont pas inactives. Au début de ce mois de mai, dans le cadre d’une vaste opération internationale menée depuis l’automne 2019 dans 103 pays, Interpol annonçait l’arrestation de plus d’une centaine de personnes et la saisie de presque vingt mille objets, dont des monnaies anciennes.

Le pillage du patrimoine archéologique du Proche et Moyen-Orient a connu une forte augmentation depuis le début du 21e siècle. Le pire est à craindre pour l’été et l’automne 2020, la grande majorité des missions ayant dû annuler les fouilles programmées. Les sites antiques, également désertés par les touristes en raison de la pandémie et des restrictions de circulation, sont désormais à la merci des voleurs.


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