Le collectionneur universel


Le collectionneur universel (1)

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La «troisième étape» ou le «collectionneur universel»

Avant-propos

Nous allons présenter une théorie —ou peut-être devrions-nous dire, une vision— du monde dont le trait essentiel est de se fonder sur les mathématiques du calcul, de l'information et de la complexité et beaucoup moins sur la biologie, la physique ou la cosmologie.

Cette théorie est le fruit d'une réflexion menée depuis une vingtaine d'années. Elle est présentée ici pour la première fois, même si certains de ses énoncés transparaissent dans divers articles publiés dans ce blog ou ailleurs.

Dans un premier texte, nous énonçons sous la forme d'un résumé ("En bref") et d'un développement ("Plus de détails") de quelques pages, les idées principales de ce qu'on pourrait appeler « la théorie du Collectionneur universel » ou « la théorie de La troisième étape ». Ce texte sera suivi d'une série d'autres destinés à discuter certains points (mathématiques, physiques, biologiques, philosophiques, etc.) et à préciser ce qui pourrait rester ambigu ou mal formulé dans le texte de base donné aujourd'hui ici.

Notre objectif à terme est de mener plus loin et de rendre plus solide cette vision, ou peut-être de l'abandonner si des arguments décisifs nous sont opposés auxquels nous ne réussissons pas à répondre. Toute remarque est bien venue.

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La troisième étape

ou

Le collectionneur universel

En bref

 

- Dans l'univers, la complexité organisée —la richesse des structures, l'information de valeur— augmente avec le temps. Ce n'est ni fortuit, ni illusoire. Les versions mathématiques du concept de complexité organisée, dont la profondeur logique proposée par Charles Bennett, donnent un sens précis à l'affirmation d'une complexification progressive et permettent par exemple de démontrer qu'elle est nécessairement lente —loi de croissance lente. Cette complexité organisée (à ne surtout pas confondre avec la complexité aléatoire mesurée par la complexité de Kolmogorov) doit être comprise comme la mémorisation par l'univers des résultats de longs calculs irréductibles (c'est-à-dire pour lesquels il n'y a pas de raccourcis). Dans un premier temps, ces calculs sont opérés par les particules physiques, puis dans un second temps par l'évolution biologique (calculs génétiques, systèmes nerveux animaux et humains), et depuis peu par une multitude de mécanismes et de dispositifs artificiels créés par l'Homme. Cette croissance de la complexité organisée et l'analyse informationnelle que nous en proposons constituent une clef pour la compréhension de l'évolution cosmique. Il n'est pas absurde de croire qu'à cette complexité organisée est associée une grandeur physique fondamentale, analogue à la température ou à l'énergie. La vision informationnelle et computationnelle que nous défendons montre une voie pour définir cette nouvelle grandeur, et formuler les lois la concernant. Elle esquisse une solution générale et abstraite au mystère de la complexification observée sur terre.

- Une théorie générale de la persistance —l'étude du fait que certaines entités ne disparaissent pas, des diverses façons dont elles procèdent pour résister à ce qui s'oppose à elles, des différentes classes d'êtres robustes et leurs liens de dépendance, etc. — est nécessaire. La théorie darwinienne n'en constitue qu'un chapitre. Cette théorie —dont de multiples ébauches ont été proposées depuis Darwin— aura pour charge de décrire  et de comprendre la diversité de modes de persistance sans s'arrêter à ceux du vivant. Elle doit étudier avec soin les constructions imbriquées de type substrat/objet, les fusions (symbiotiques ou autres), les réseaux d'interaction et de coordination qui lient les entités persistantes les unes aux autres et l'algorithmique implicite qui s'y déroule rattachant l'ensemble des phénomènes à une forme de calcul généralisé et cumulatif. Nous défendons qu'elle expliquera comment seule la complexité organisée donne une unité à toutes les évolutions matérielles, biologiques, culturelles et autres dont l'univers est le lieu. La théorie générale de la persistance grâce à la vision informationnelle et computationnelle que nous défendons justifiera et expliquera la complexification observée sur terre et en indiquera l'universalité. Elle s'appuiera sur l'idée d'une accumulation nécessaire de complexité organisée —assimilée à la mémorisation des résultats de calculs irréductibles—, accumulation dont la dynamique fonctionne en trois temps principaux.

- Après une première étape caractérisée par une faible complexité organisée de l'univers due à l'absence de substrat autorisant le stockage et la réutilisation efficace d'informations, le vivant marque un saut quantitatif grâce aux mécanismes de réplication conduisant en particulier à la manipulation et à l'expression de l'information génétique. Durant cette seconde étape, la complexité organisée est fonctionnelle : une entité n'est complexe que parce que cela lui sert à persister. En conséquence, elle est limitée dans ses formes et sa variété. La troisième étape est liée à l'apparition de l'Homme, de la culture, des arts, des sciences et maintenant des technologies de l'information qui ouvrent des perspectives que nous ne parvenons mal à imaginer. Cette troisième étape est celle d'une libération de la complexité organisée qui est de moins en moins contrainte et peut prendre des aspects bien plus divers que pendant les deux premières étapes. De ce fait, elle connaît et connaîtra un essor incomparable. Un élément important expliquant l'accélération récente de la croissance de la complexification de l'univers est l'apparition du collectionneur universel de complexité organisée qu'est l'Homme. Pour satisfaire son goût illimité de structures et d'information de valeur, il développe de puissantes technologies qui changent le mode de fonctionnement évolutif principal de l'univers en mettant en œuvre une algorithmique étendue impossible lors l'étape 2.

- L'Homme est amateur insatiable, un producteur performant et un collectionneur minutieux et systématique de complexité organisée. Il est le premier. Il marque une transition majeure dans l'histoire du Cosmos. Grâce aux technologies qu'il met au point (langages, écritures, systèmes sociaux et culturels, sciences informatiques, réseaux de communication, etc.) une phase informationnelle d'un type nouveau, que nous nommons la troisième étape, débute avec lui.

- Le progrès des technologies de l'information constitue un bouleversement profond, sans équivalent passé. Nous sommes à un moment charnière, où la libération de l'intelligence —qui n'est sans doute qu'une forme supérieure de maîtrise de la complexité organisée— et sa démultiplication grâce aux technologies du traitement de l'information et du calcul font basculer le monde. L'Homme en créant une technologie informationnelle performante met en place un monde nouveau où l'explosion d'une complexité organisée libérée finira probablement par donner aux structures du vivant un rôle secondaire. Même si elle ne sera sans doute pas immédiate, cette obsolescence des formes du vivant et en particulier de celles liées aux premiers moments de l'Homme apparaît inéluctable.

- La nature humaine n'est pas la réduction qu'on défend le plus souvent dans les religions et les doctrines morales. Elle ne se résume pas à quelques traits contingents de l'animal humain ou des sociétés humaines historiques. La nature humaine a pour essence sa participation cruciale à ce passage dans un nouvel état informationnel du monde. Celui-ci donnera à la complexité organisée un rôle central et général qu'elle ne perdra plus, et qui dépassera et dominera à terme ceux, aujourd'hui prépondérants, de la matière et de l'énergie. L'idée que, plus tard peut-être (dans 50 ans ou dans 1000 ans ?), des robots, des ordinateurs intelligents, ou des réseaux rapides d'échanges d'informations, pourraient succéder aux humains comme support et moteurs de l'expansion de la complexité organisée ne doit pas nous inquiéter. En effet, notre participation à cette aventure ultime et cosmique a d'ores et déjà donné un sens à notre présence dans le monde. Il faut considérer que la nature humaine se trouve prolongée et amplifiée dans ce processus illimité d'élaboration et d'organisation informationnelle général de l'univers. Cela, même si l'Homme biologique s'y dissout.

- On peut tirer de cette analyse une éthique de la complexité organisée : le bien serait la complexité organisée, c'est-à-dire l'information de valeur, la richesse des relations mutuelles, le tissage étroit de tous les éléments matériels en un réseau de communication et de calcul universel. L'enrichissement informationnel de l'univers par une complexité organisée qui finirait à terme par en concerner la totalité en se répandant aussi vite que les lois physiques le permettent serait le but qui donne sens et fixe une direction. Pas plus qu'une autre éthique, celle-ci ne saurait se démontrer. Cependant une telle éthique aurait de multiples avantages car elle est la plus générale possible, la plus universelle possible. Elle échappe aux critiques relativistes et aux croyances désuètes en des forces et entités surnaturelles sur lesquelles tentent de se fonder bien souvent les éthiques traditionnelles. Peut-être doit-on en dire : si ce n'est pas elle qui formule un impératif catégorique définitif et supérieur, c'est que rien n'en formule !

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 Plus de détails

Du nouveau

Avec l'Homme, il se passe quelque chose de nouveau, et cette chose nouvelle qui arrive au monde est exprimable en une phrase : pour la première fois dans l'univers (sauf s'il y a d'autres intelligences dans les étoiles) un collectionneur universel de complexité organisée est apparu, et avec lui, c'est une nouvelle phase évolutive de l'Univers radicalement différente des précédentes qui débute.

Les trois grandes étapes de l'évolution cosmique sont  les suivantes.

Etape 1

L'apparition de structures persistantes —particules élémentaires, atomes, molécules, étoiles, planètes, etc— est le premier moment de l'univers : être y devient possible. Les objets ne possèdent jamais de grande complexité organisée : ce sont des composés désordonnés ou des assemblages répétitifs de morceaux simples. En eux, l'organisation n'est jamais riche et variée, elle est fortuite et n'a pas d'utilité en soi. L'organisation de bas niveau qu'on y décèle n'est que la traduction presque immédiate des lois physiques. Les atomes possèdent un noyau et ceux-ci se décomposent eux-mêmes car ils sont la fusion d'entités plus simples et répétées des milliards de milliards de fois dans un gramme de matière. Les masses s'organisent en sphère, les galaxies montrent des formes spiralées, etc. Des structures, produits directs des règles physiques, apparaissent en grand nombre mais sans véritable variété. Ce sont partout les mêmes, l'information ne passe pas de l'une à l'autre, chacune surgit spontanément, car justement ces structures découlent des lois de la matière et ne sont que leur traduction plus ou moins chaotique.

La surface des planètes, les astéroïdes, les comètes, les étoiles et les galaxies ne sont pas de simples tout homogènes certes, mais ces mélanges de structures élémentaires et d'aléas ne contiennent pratiquement aucune information non triviale. Rien vraiment dans ces assemblages fortuits de matière et d'ondes ne manipule des séries complexes de codes, ni ne réalise des véritables calculs aux résultats copiés et conservés pour être réutilisés. Ce monde est celui des lois de la physique, abstraites et difficiles parfois, mais incapables en ces temps de produire des élaborations prolongées ou des calculs cumulatifs. Les interactions des particules doivent être considérées comme du calcul, mais elles sont désordonnées et presque tout ce qui en résulte s'efface immédiatement : il s'agit d'un calcul sans mémoire, d'un calcul instantané qui ne fixe pas ses résultats, qui oublie aussitôt ce qu'il écrit, qui n'élabore rien. Ce calcul stérile en définitive ne crée pas ou très peu de complexité organisée.

Le monde de ces temps-là est pris entre deux pôles extrêmes —celui du chaos et celui da la répétition ennuyeuse. Il ne réussit pas à produire les délicats intermédiaires que sont les structures organisées et qui permettent à l'information de s'élaborer toujours plus subtilement et finement à l'aide des calculs conservés. Durant cette phase ne se produit aucun processus sélectionniste ou combinatoire procédant par la mémorisation temporaire ou prolongée d'informations riches et variées : ces processus cumulatifs nécessaires à l'élaboration d'objets organisés ne verront le jour qu'après.

Etape 2

Cette deuxième étape débute avec l'apparition de structures organisées fonctionnelles ayant la capacité de se dupliquer et qui tirent de cette capacité le pouvoir de se répandre et de persister malgré une fragilité physique que le monde précédent des deux extrémités pauvres semble tolérer malgré lui. Les nouvelles structures persistantes jouent finement avec les anciennes qu'elles utilisent comme composants, dans lesquelles elles puisent l'énergie et qui leur servent de substrats, mais qu'elles combinent cette fois en agglomérats élaborés et subtils, variés et nouveaux.

Ces émergentes structures persistantes sont les êtres vivants. Leur organisation n'est pas fortuite ou le résultat direct de l'expression des lois de la physique (comme l'est un atome ou une galaxie), elle est fonctionnelle. C'est elle qui leur permet de survivre et de se répandre. Au sein de ces nouvelles structures persistantes se déroulent des processus de traitement de l'information : combinaisons, déplacements, copies, calculs, mémorisations, etc. L'algorithmique qui s'y exerce n'est cependant pour l'essentiel qu'une algorithmique de type générer/tester (variation/sélection) : des essais plus ou moins désordonnés s'y produisent dont la plupart échouent ne laissant que progressivement et lentement la place à des objets/organismes nouveaux et persistants, toujours capables de reproduction. Le fortuit engendre une adaptation meilleure dans une algorithmique évolutive patiente où la mécanique de la variation/sélection explore sans relâche des nouvelles formes autoreproductrices qui par leur persistance assurent la mémorisation du formidable calcul qui s'opère en parallèle sur toute la surface de la terre.

Ces êtres persistants nouveaux sont essentiellement différents de la matière en mouvement ou stabilisée de la première étape, des étoiles, des galaxies et amas, car sans le fonctionnement précis des mécanismes informationnels qui s'y déroulent ils s'effondreraient immédiatement, et se disperseraient en composants inertes déconnectés définitivement les uns des autres. Ces êtres d'un nouveau type contiennent de la complexité organisée dont ils évitent la dégradation. Il faut voir celle-ci comme la mémorisation des calculs de l'évolution par sélection qui les a fait naître et les fait évoluer : des interactions multiples se sont produites et il en est résulté une information de valeur qui se conserve et se répand grâce aux mécanismes de réplication dans les structures génétiques et moléculaires qui sont les supports de mémoire qui manquaient aux êtres de l'étape 1.

Le niveau de complexité de ces êtres organisés est incomparablement plus grand que celui des objets persistants de l'étape précédente. Cette complexité organisée et la persistance de ces êtres sont liées : l'une permet l'autre, et l'autre assure à la première de ne pas disparaître. Cependant, il s'agit d'un type particulier de complexité organisée, il est fonctionnel et sa fragilité reste finalement grande. Ces entités sont aussi l'objet du paradoxe de la persistance : leurs formes ne persistent que si elles évoluent, c'est-à-dire que si elles ne persistent pas. Et ce principe dynamique —cette interdiction de s'arrêter— joue un rôle crucial en forçant le mouvement, le calcul créatif et en définitive l'augmentation de complexité organisée. Qu'ils se nomment co-évolution, adaptation, apprentissage, intelligence, sciences, art, culture, ces mouvements sont toujours des calculs qui s'inscrivent, des informations qui se cristallisent et de ce fait persistent, dépassant les objets et structures qui les produisent.

La disparition d'une espèce est l'anéantissement d'une grande quantité de complexité organisée et il en va de même de la mort de chaque être vivant doté d'un cerveau capable d'apprentissage. L'augmentation de la complexité organisée ne va donc pas de soi et connaît des accidents, des retours en arrière. La création de nouvelles formes de complexité organisée est soumise à des fortes contraintes : d'une part, les calculs dont il s'agit ici sont essentiellement ceux que permet la sélection naturelle ; d'autre part, le support de stockage est chimique (l'ADN et les autres molécules des êtres vivants, auquel sans doute s'ajoutent quelques mécanismes de type "épigénétiques"). Cette complexité organisée est spécialisée et fortement contrainte par sa fonction qui est d'assurer reproduction et variation. L'obligation à chaque pas du calcul, d'avoir un organisme capable d'autoreproduction est une contrainte extrême et sans doute un obstacle à l'apparition de certains types de structures. L'algorithmique du vivant a ses limites, mais heureusement elle fait naître d'autres types de mécanismes de calcul en inventant les systèmes nerveux, les cerveaux développés, les organisations sociales, et tout ce qui s'en suit.

Cette deuxième étape est bien sûr cruciale, car elle a fait monter considérablement le niveau d'organisation en certains points particuliers de l'univers et y a introduit des mécanismes de manipulation et de stockage de l'information qui n'avait aucun équivalent durant l'étape 1. Mais cette complexité organisée est enserrée dans un carcan étroit qui en contraint l'expression et la vitesse de croissance : elle est destinée à assurer la reproduction du même au même, et du même au "un peu différent", elle n'est pas une algorithmique universelle comme une progression accélérée de la complexité organisée l'exigerait.

Les êtres vivants sont une première forme de persistance informationnelle par duplication. En tant qu'entité physique, un être vivant est extrêmement fragile et compense cette fragilité par une organisation fonctionnelle qui lui permet d'agir et de réagir adéquatement dans son environnement en y trouvant les ressources énergétiques et chimiques qui le maintiennent et le reproduisent, c'est-à-dire prolonge son existence d'un instant à l'autre et d'une copie à une autre. L'algorithmique de l'évolution biologique est une magnifique machinerie de calcul, mais elle est bornée par le schéma général de son fonctionnement et de sa reproduction. Elle n'est qu'une marche, elle n'est qu'un instant de l'évolution cosmique qui attend autre chose.

Dès cette seconde phase, la complexité organisée du monde vivant permet à des entités nouvelles (des gènes, des formes, des mécanismes, des idées, etc.) de naître et fonctionner sur des substrats secondaires plus ou moins abstraits sous-produits des êtres vivants et de leur fonctionnement biologique ou neuronal. Il s'agit de l'espace des gènes, du monde des formes géométriques que sa combinatoire fonctionnelle commande, des idées que les cerveaux des animaux évolués engendrent, combinent et font circuler. De ces embryons de mécanismes de calcul nouveaux sort l'épisode suivant de l'histoire.

Etape 3

Avec l'Homme, un phénomène fondamentalement nouveau se produit : la complexité organisée chez lui reste persistante, mais n'est plus nécessairement fonctionnelle. La science et l'art en sont deux exemples majeurs. La complexité organisée devient plus libre et, de plus, se trouve stockée sur toutes sortes de supports nouveaux. Elle s'élabore non seulement dans des processus de type évolutif et de type apprentissage (pour la survie immédiate), mais aussi par des calculs dont la variété s'étend toujours plus. Dans bien des cas, on peut penser que ce qui a été élaboré persistera indéfiniment. La robustesse des nouvelles structures qui naissent au cours de cette étape est quasi-infinie.

La complexité organisée qui se déploie lors de cette troisième étape dépasse largement celle de l'étape précédente du monde biologique. Plus fondamental : elle est triplement universelle.

-a- Elle est de nature universelle. Pas d'obligation pour elle d'être au service d'un objectif de persistance immédiate, ou autre. Le seul fait d'être de la complexité organisée lui donne une certaine robustesse qui en assure la pérennité, non pas absolue, mais probable. Une langue, un théorème, une œuvre d'art, un savoir scientifique n'ont pas besoin d'une peau, d'une carapace ou d'une arme pour se défendre. Leur seule qualité en tant que structure riche et mémoire d'un calcul non trivial leur assure une persistance longue ou même illimitée.

-b- Elle est à production universelle. Pas de restriction dans les mécanismes de calculs qui la produisent : chaque jour sur terre nous en inventons de nouveaux. Le développement des sciences et des arts et plus pratiquement celui des technologies de l'information accroît considérablement la puissance des modes de production de la complexité organisée.

-c- Elle est à supports universels. Pas de limite dans les objets où elle s'inscrit : cerveaux, papiers, dispositifs magnétiques, optiques et électroniques.

Toutes les structures intéressent l'Homme et il en introduit sans relâche dans les arts, les sciences et les techniques et même dans sa vie sociale, économique et politique.

Pensée intelligente, culture, art, sciences, techniques, systèmes sociaux, économiques et politiques, sont les mécanismes nouveaux qui calculent et cristallisent en structures persistantes les résultats des jeux combinatoires opérés. Chaque jour voit apparaître de nouveaux moyens d'engendrement de cette information de valeur stabilisée, et de nouvelles formes de stockages qui en permettent la conservation.

Les nouveaux supports pour garder les traces des calculs et les accumuler pour des durées de plus en plus longues sont multiples et se perfectionnent à une vitesse croissante. La mémoire humaine s'est adjoint le papier, les tissus, les murs et tableaux peints, les cylindres et disques de cire puis de vinyle, les bandes magnétiques et autres (utilisées pour le cinéma et la vidéo), et maintenant les disques magnétiques et optiques, et bien sûr la mémoire silicium (clef USB, mémoire flash, etc.), en attendant les prochaines inventions.

L'intelligence, la culture et la richesse du monde

Le début de cette étape 3 est concomitant à l'apparition de l'intelligence (humaine ou non humaine). Il est le résultat de la capacité à mémoriser des images ou des informations sur le monde extérieur autrement qu'à l'aide des molécules liées à la transmission des caractères génétiques. Si, dans un premier temps, cette complexité organisée mémorisée l'est d'une manière fragile et le plus souvent temporaire (par exemple dans un cerveau), avec l'apparition des premiers éléments de culture se produit la nouveauté fondamentale : le stockage de complexité organisée n'ayant pas de fonction génétique, la production de complexité organisée ne servant pas à faciliter la reproduction, ou la persistance d'entités du monde vivant. La nouveauté de notre temps c'est l'apparition d'une complexité organisée déconnectée des fonctions assurant la persistance.

L'être humain aime, produit et collectionne toutes les sortes de complexités organisées, y compris les plus abstraites : musiques, mathématiques, arts décoratifs, architecture, littérature, etc.

C'est un producteur universel. On le savait déjà, car il ne fait guère de doute depuis longtemps, qu'au sens de Turing, le cerveau est —ou s'approche de très près— d'un calculateur universel. Mais l'être humain est aussi un amateur universel de complexité organisée —il l'est devenu au cours des siècles, en particulier avec le développement des arts et des sciences—, et cela fait de lui un collectionneur universel : il tente de tout garder, et il considère que tout ce qui est organisé d'une manière non triviale mérite d'être conservé, accumulé, classé, exposé et reproduit.

Certains humains s'occupent de conserver ce que les autres ont fabriqué, écrit, composé, dessiné, peint ou sculpté. D'autres engendrent, capturent, examinent, rangent et classent les insectes, les graines, les photos, etc. D'autres encore calculent des tables de nombres premiers, les décimales de π et de toutes les constantes mathématiques. Ils publient des dictionnaires de nombres ou de suites numériques, écrivent des traités de mathématiques dans lesquels on énumère les surfaces, les groupes, les corps finis, etc. Certains coordonnent et participent à la rédaction d'encyclopédies générales et spécialisées dont le but est de rassembler des connaissances, des images d'objets, des biographies et même des formules mathématiques ou physiques en les organisant en touts cohérents facilement accessibles et donc disponibles et ayant la capacité de se multiplier et de circuler largement.

Ce travail est une fin en soi pour beaucoup d'êtres humains et le souci d'accroître ces collections d'objets complexes ne doit pas s'interpréter comme un moyen assurant d'atteindre d'autres buts comme la richesse, ou la notoriété. Ces collections sont leur propre justification. Ceux qui y travaillent le font persuadés que la richesse du monde est en elles et que c'est un devoir évident que nous avons de ne pas la laisser s'échapper. Nous devons nous consacrer à la réunir si elle est dispersée, à la préserver et aussi à la faire connaître en la multipliant et en la diffusant partout où c'est possible. Nous devons bien sûr en créer autant que nous le pouvons. Pensons à l'histoire des encyclopédies, à celle de d'Alembert, aujourd'hui à Wikipédia, pensons aux collectionneurs d'art, à toutes les bibliothèques qu'on trouve dans le monde. Cet esprit de conservation et d'accumulation est si profondément en nous que nous sommes prêts à travailler anonymement et bénévolement (comme c'est le cas pour l'encyclopédie Wikipédia) pour collectivement constituer et préserver cet ordre informationnel et ces structures riches et précieuses. Ces savoirs, ces abstractions non triviales que nous repérons, collectons, inscrivons, diffusons sont des valeurs en soi pour nous.

L'Homme premier collectionneur universel de complexité organisée

L'Homme est un amateur, un producteur et un collectionneur universel de complexité organisée et c'est le premier (bien sûr sous réserve qu'il n'y ait pas d'autres intelligences analogues dans le Cosmos).

Nous nous sommes passionnés pour inventer sans cesse de multiples techniques de conservation des structures organisées que nous rencontrons ou que nous produisons, et nous avons formidablement réussi. La raison en est que nous sommes des amateurs universels et que pour assouvir notre passion de collectionneur universel de complexité organisée nous devions absolument améliorer nos méthodes et outils de production et de conservation, mais aussi de duplication, de diffusion et plus généralement de manipulation de tout ce qui porte de la complexité organisée.

Nos capacités en ces domaines n'ont cessé de progresser. Aujourd'hui notre pouvoir de stockage s'est incroyablement accru. Il rejoindra en capacité celui du monde vivant qui pourtant n'a pas lésiné sur le volume d'informations stockées et s'est doté de moyens puissants de copie de l'information. Pensons que chaque cellule contient une version complète de tout le génome de  l'être vivant auquel elle appartient.

Il ne faut pas sous-estimer l'importance de ce qui est en train de se produire avec les capacités de stockages numériques qui doublent tous les 18 mois (loi de Moore) et sans doute plus rapidement encore pour certains supports (disques durs magnétiques, disques optiques, clef USB). La troisième étape est maintenant en train de se mettre en place pleinement, ce qui n'était pas possible avant. Cet épanouissement de la singularité humaine —être un amateur producteur collectionneur universel de complexité organisée— en disposant de moyens nouveaux d'une efficacité sans précédents est l'événement majeur de ces dernières décennies. C'est un tournant de l'univers qui change de régime de fonctionnement, comme il avait déjà changé avec l'apparition des premiers êtres vivants.

Nous sommes au cœur d'années extraordinaires et l'agitation politique et parfois même militaire ne doit pas cacher que l'essentiel est en réalité informationnel. La technique fournit chaque jour de nouveaux outils qui accélèrent le processus de basculement du monde de la deuxième étape vers le monde de la troisième étape.

Peut-être doit-on dire que, depuis quelques millénaires, le passage à la troisième étape s'est préparé et esquissé, et que, c'est seulement bientôt, qu'il sera pleinement effectif. Il n'y a pas d'instant précis du basculement, mais une époque de changement. Pour qui ouvre les yeux, il ne fait pas de doute que nous sommes en son centre aujourd'hui.

L'univers change de nature

Jusqu'à maintenant l'univers produisait des objets robustes. Ils étaient d'abord relativement simples et presque inertes, au sens où un atome est inerte. Une étoile, même si elle évolue, le fait d'une manière quasi-déterministe ; elle n'est pas comparable à un animal souvent bien plus imprévisible. Après les atomes et les étoiles sont venus les êtres vivants, des êtres robustes accompagnés de complexité organisée. Cette complexité organisée est intrinsèquement liée à ces êtres et est la clef de leur robustesse. Leur persistance n'est pas le résultat de leur dureté, mais des copies qu'ils sont capables de faire d'eux-mêmes, ainsi que de la capacité que ces êtres ont de se réparer et d'interagir d'une manière constructive avec leur environnement et entre eux. Maintenant, durant l'étape 3, l'univers produit de la complexité organisée sans limitation de sujet, d'opérateur de calcul, et de système de stockage. Cette complexité tire son énergie et sa dynamique de la deuxième étape d'où elle provient et sur laquelle elle se construit.

La baisse du coût unitaire d'un calcul, et du stockage de l'information est l'événement le plus important de ces dernières années et nous n'en mesurons aujourd'hui que bien trop mal les conséquences. Tout change de cela !

Le découplage de la persistance et de la complexité organisée

L'étape 3 consiste en un découplage de la persistance (où chaque être, organisme, entité a les propriétés qui permettent sa persistance) et de la complexité organisée qui dans l'étape 2 est fonctionnelle. Durant l'étape 2, la complexité n'est que le produit fortuit des êtres agissant dans des espaces de co-évolution qui les obligent à des jeux de plus en plus subtils et complexes  mais toujours commandés par une logique de survie. Durant l'étape 3, la complexité organisée existe pour elle-même car un environnement favorable a été mis en place par ce qui au départ se réduit aux cultures humaines, mais qui en s'élargissant, deviendra la totalité de l'univers. Celui-ci, comme contaminé par ces formes organisées vivantes et collectrices de complexité, changera à terme en tout lieu de nature. Une fois le découplage opéré par le biais des collectionneurs universels que nous sommes, la complexité organisée persiste, elle se multiplie sans utilité immédiate et sans être un morceau fonctionnel d'entités vivantes. Rien ne l'arrête plus alors.

Les volontés individuelles de persistance fusionnent en une volonté unique de production et de conservation de complexité organisée

Ce qui se produit amène tous les êtres intelligents à une collaboration fusionnelle, dont l'humanité contemporaine est un premier résultat mais que la puissance et la rapidité des réseaux mis en place au vingtième siècle ont brusquement accéléré rendant évidentes l'unité et l'interdépendance de cette immense structure complexe et organisée qu'est devenue la surface de la terre.

D'un monde d'objets isolés, d'un monde de membranes protectrices et rigides, d'un monde d'êtres encapsulés, engoncés dans leurs carapaces, d'un monde d'êtres disjoints et tentant de se protéger parce que c'était la condition sine qua non pour persister, nous passons à un monde unifié, collaboratif, synergique. Les réseaux de communications —transport, radio, téléphone, informatique etc.— resserrent le monde, l'unifient et en même temps en accroissent la complexité organisée sans laquelle ce resserrement est impossible.

Nous vivons une délocalisation généralisée, c'est-à-dire une suppression du caractère local des interactions, ou encore une réduction des logiques d'objets isolés, protégés et encapsulés. Ces logiques sont remplacées par des logiques d'interactions, d'échanges, de flux et de fusion. Cette complexité organisée qui est un calcul mémorisé et cumulatif est le ciment de cette réunion des entités dures d'autrefois en un seul tout. Elle est à la fois le produit et le moteur de ce processus qui fait naître un nouveau monde : le monde de la troisième étape.

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 Bibliographie 

 

Voici quelques repères bibliographiques pour situer le texte et le rattacher à certains éléments scientifiques ou philosophiques qui en sont le support ou qui y sont directement liés. Précisons que c'est volontairement que nous ne faisons pas de renvois directs dans notre texte : nous souhaitons que sa lecture se fasse sans interruption en donnant aux mots leur sens usuel, au moins dans un premier temps. Nous défendons une vision fondée —d'où les références mises ici—, mais celle-ci s'exprime dans le langage de chacun et n'exige pas de bagage technique particulier. Les références données ne mentionnent qu'une partie des documents ayant nourri notre travail, elles serviront au lecteur à approfondir et à développer  certains thèmes et à mesurer l'originalité ou non de nos thèses. D'autres visions, en opposition partielle ou totale à celle défendue ici, s'y trouvent aussi exprimées.

 

(A) Sur la notion de complexité organisée et la théorie de la complexité de Kolmogorov dont elle est issue.

 

(B) Sur l'idée d'une théorie de la persistance. Deux courants d'étude coexistent. (B1) L'un biologiste : le mécanisme de sélection est considéré comme le centre de tout. (B2) L'autre est essentiellement métaphysique et semble négliger la biologie (les auteurs en général ne mentionnent pas Darwin).

(B1) Le « darwinisme universel »

  • John Campbell, Darwin does physics, CreateSpace Independent Publishing Platform, January 18, 2015
  • Richard Dawkins, The extended phenotype: the long reach of the gene, Oxford University Press, 1999.
  • Wikipedia, Universal Darwinism : http://en.wikipedia.org/wiki/Universal_Darwinism

(B2) La philosophie et la métaphysique de la persistance.

  • • Douglas Ehring, Causation and Persistence, A Theory of Causation, Oxford University Press, 1997
  • • Sally Haslanger, Roxanne Marie Kurtz, Persistence: contemporary readings, MIT Readers in Contemporary Philosophy, Bradford Books, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, London, England, 2006.
  • • Katherine Hawley, How Things Persist, Oxford University Press, USA, 2002.

 

(C) À propos de l'apparition de la vie. Parmi des dizaines d'ouvrages.

  • • John Maynard Smith, Eörs Szathmáry, The Major Transitions in Evolution, Oxford, England: Oxford University Press, 1995.
  • • John Maynard Smith, Eörs Szathmáry, The origins of life: From the birth of life to the origin of language, Oxford University Press, 2000.

 

(D) Sur la cosmologie et la philosophie de la cosmologie.

  • • Patrick Peter, Jean-Philippe Uzan, Primordial cosmology, Oxford University Press, 2013.
  • • Clément Vidal, The beginning and the end: The meaning of life in a cosmological perspective, Springer International Publishing, 2014.
  • • Clément Vidal, The evolution and development of the universe. arXiv preprint arXiv:0912.5508 2009.

 

(E) Sur la thèse que la complexité s'accumule dès qu'il y a variation et hérédité —Zero-Force-Evolutionary-Law— proche de l'idée que dès qu'il y a calcul et mémorisation ("cristalisation du calcul") la complexité organisée augmente.

  • • Daniel McShea, Robert Brandonn Biology's first law: the tendency for diversity and complexity to increase in evolutionary systems. University of Chicago Press, 2010.

 

(F) Sur l'importance du calcul et de l'information pour comprendre l'évolution et le cosmos

  • • Paul Davies, Niels Henrik Gregersen, eds. Information and the nature of reality: From physics to metaphysics. Cambridge University Press, 2014.
  • • Gordana Dodig Crnkovic, Biological information and natural computation. Thinking Machines and the Philosophy of Computer Science: Concepts and Principles: 36, 2010.
  • • Seth Lloyd, Programming the universe: a quantum computer scientist takes on the cosmos, Vintage, 2006.
  • • John Mayfield, The engine of complexity: Evolution as computation, Columbia University Press, 2013.
  • • Frank Tipler, The physics of immortality: Modern cosmology, God, and the resurrection of the dead. Anchor, 1994.
  • • Hubert Yockey, Information theory, evolution, and the origin of life. Cambridge University Press, 2005

 

(G) Sur l'accroissement de la complexité.

  • • Mark Bedau, The evolution of complexity, in Mapping the Future of Biology ; Evolving Concepts and Theories, Edité par Barberousse, Morange, Pradeu, Springer Netherlands, 2009.
  • • Eric Chaisson, Cosmic evolution: the rise of complexity in nature, Cambridge, MA: Harvard University Press, 2001.
  • • Eric Chaisson. Epic of evolution: Seven ages of the cosmos. Columbia University Press, 2007.
  • • Jochen Fromm, The emergence of complexity, Kassel university press, 2004.
  • • Niels Gregersen, From Complexity to Life, in The Emergence of Life and Meaning. Edited by Niels Henrik Gregersen, Oxford University Press, Nov 2002.
  • • Kevin Korb, Alan Dorin. Evolution unbound: releasing the arrow of complexity. Biology & Philosophy 26.3: 317-338, 2011.
  • • Harold Morowitz, The emergence of everything: How the world became complex. Oxford University Press, 2002.

 

(H) Sur la nature humaine et l'idée d'une possible obsolescence de l'Homme biologique.

  • • Harold Baillie, Timothy Casey, eds. Is human nature obsolete?: genetics, bioengineering, and the future of the human condition. Vol. 13. MIT Press, 2005.
  • • Steven Dick, The postbiological universe. Acta Astronautica 62.8, 499-504, 2008.
  • • Robert Geraci, Apocalyptic AI: Visions of heaven in robotics, artificial intelligence, and virtual reality. Oxford University Press, 2010.
  • • Ray Kurzweil, The age of spiritual machines: When computers exceed human intelligence, Penguin, 2000.
  • • Hans Moravec, Mind children: The future of robot and human intelligence. Harvard University Press, 1988.

 

 

(I) Sur l'idée d'une éthique absolue dépassant l'humanisme et prenant comme valeur ultime la complexité organisée.

  • • Rainer Hertel, Three comments on biodiversity: value of diversity, origin by complexification, and an argument for “untouched” nature. Rendiconti Lincei 22.3: 269-275, 2011.
  • • Clément Vidal, The beginning and the end: The meaning of life in a cosmological perspective, Springer International Publishing, 2014. (Chapitre 10).
  • • Luciano Floridi, Information ethics: on the philosophical foundation of computer ethics. Ethics and information technology 1.1, : 33-52, 1999.
  • • Luciano Floridi, ed. The Cambridge handbook of information and computer ethics. Cambridge University Press, 2010.

 

 (J) Sur l'idée d'une grande fusion des entités en un superorganisme global

  • • Pierre Teilhard de Chardin, Le phénomène humain, Editions Le Seuil, 1955.
  • • Francis Heylighen, Accelerating socio-technological evolution. Globalization as evolutionary process: modeling global change, : 284, 2007.
  • • Francis Heylighen Conceptions of a Global Brain: an historical review. Evolution: Cosmic, Biological, and Social, eds. Grinin, LE, Carneiro, RL, Korotayev AV, Spier F: 274-289, 2011

32 commentaires pour “Le collectionneur universel”

  1. patricedusud Répondre | Permalink

    Votre vision de la complexité organisée pourrait être confondue avec les thèses des transhumanistes si elle ne se fondait sur un point de vue alimenté par une analyse originale mais parfaitement rigoureuse et donc difficilement critiquable. Elle donne en tout cas un éclairage nouveau sur les "destructeurs" de la mémoire culturelle, ces fanatiques qui veulent enfermer l'évolution humaine dans une interprétation "fixiste" de textes qui ne peuvent représenter bien sûr qu'un avatar singulier de l'évolution de la pensée humaine.

  2. Crapaud Rouge Répondre | Permalink

    C'est très intéressant, évidemment, mais l'ensemble de la théorie présente un gros défaut : la complexité produite par l'espèce humaine est comparée à celle que produisent "unitairement" les autres espèces. Celles-ci n'ayant pas dépassé le stade socio-biologique, on a l'impression que l'Homme est passé à un stade supérieur de l'évolution de la complexité. Mais c'est oublier qu'aucune espèce ne peut exister seule, et que la nature produit en fait des écosystèmes. Il suffit donc de penser à la forêt primaire amazonienne, avec ses millions d'espèces en interactions les unes avec les autres, pour se dire que l'espèce humaine est loin d'atteindre un tel niveau de complexité, même armée de millions de robots.

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Je pense que vous faites une confusion entre complication et complexité, ou dit autrement, entre "complexité de Kolmogorov" et "profondeur logique de Bennett". La co-évolution dans la forêt primaire amazonienne produit les deux à la fois, mais produit sans doute très lentement de la complexité organisée. La raison est qu'elle est encore dans la phase où tout ce qui se calcule et se mémorise l'est pour la survie (la persistance) d'entités (les êtres vivants) préoccupés à s'adapter (relativement les uns aux autres, il s'agit de co-évolution) mais qui restent prisonniers de cette logique limitée qui ne permet pas l'épanouissement complet de la complexité organisée. Il n'est pas exact que je compare la complexité produite par l'espèce humaine à celle que produisent "unitairement" les autres espèces : je compare la complexité produite par l'espèce humaine à celle produite globalement. Le traité de mathématique de Bourbaki, les sonates de Beethoven, les films de Tarantino, l'encyclopédie Wikipédia, la richesse en structure des puces informatiques composées de plusieurs milliards de transistors, et tout ce qui constitue la culture humaine aujourd'hui, pour moi contiennent sans le moindre doute une complexité organisée supérieure à celle de la forêt amazonienne. Cela est dû à ce que la nouveauté est maintenant chez nous produite par d'autres moyens (d'autres algorithmes) que ceux qui fonctionnent dans la forêt amazonienne. Nous sommes dans ce que j'ai appelé la troisième étape : celle de l'intelligence, celle du "découplage de la persistance et de la complexité organisée", celle du "collectionneur universel".

      Jean-Paul Delahaye

  3. Didier Mermin Répondre | Permalink

    Plutôt d'accord avec votre réponse, mais j'aimerais bien que des calculs confirment que la complexité organisée produite par l'espèce humaine est quantitativement supérieure à celle de la forêt amazonienne. Pour l'heure, je vois mal comment l'on passe des concepts aux calculs numériques, et je serais curieux de le savoir.

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      La mesure en pratique de la "profondeur logique de Bennett" (la formalisation la plus intéressante aujourdh'ui du concept de "complexité organisée") est délicate. Des essais ont été faits sur des images. Voir :
      • Hector Zenil, Jean-Paul Delahaye, and Cédric Gaucherel, "Image characterization and classification by physical complexity." Complexity 17.3, 26-42, 2012.
      http://arxiv.org/pdf/1006.0051v5.pdf
      Aujourd'hui, il n'est cependant pas possible de mener des comparaisons comme celle dont nous discutons. La "vision" que je propose est une analyse théorique générale dont le détail des énoncés est aujourd'hui hors de portée de nous outils de mesure sommaires dont nous disposons. Avec plusieurs collègues nous y travaillons au sein du "Algorithmic nature group" : http://algorithmicnature.org/
      Insistons aussi sur le fait que des chercheurs de plus en plus nombreux acceptent l'idée générale que la théorie algorithmique de l'information (donc en particulier le concept de "profondeur logique de Bennett") est un outil pertinent pour parler de la complexité du vivant. Voir par exemple :
      • John Collier, Logical Depth as a Measure of Biological Organization and Its Relation to Algorithmic Complexity, 1998 :
      http://146.230.128.54/undphil/collier/papers/compdepth.psb98.pdf
      • Antoine Danchin, Information, mémoire (consulté en mai 2015) :
      http://www.normalesup.org/~adanchin/AD/ch3.html#mcg
      • Cédric Gaucherel, Ecosystem Complexity Through the Lens of Logical Depth: Capturing Ecosystem Individuality. Biological Theory 9.4: 440-451, 2014
      • Melanie Mitchell, Complexity as Logical Depth, in chapter 7 Complexity: A guided tour. Oxford University Press, 2009.
      etc.

  4. patricedusud Répondre | Permalink

    Ce "découplage de la persistance et de la complexité organisée" est-il dans ces conséquences différent des visions défendues par les adeptes du "transhumanisme"?

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Je n'approuve guère l'idéologie transhumanisme quand elle s'occupe surtout d'augmenter l'Homme et semble plus se préoccuper d'immortalité personnelle que de l'intérêt commun (dont vous l'avez compris j'ai une vision ouverte, puisque pour moi la valeur ultime c'est la "complexité organisée" et que c'est elle qui en dernier lieu définit la nature humaine).
      Je suis en quelque sorte beaucoup plus abstrait qu'eux, et le fait d'être mortel ne m'obsède pas, dès l'instant où je participe à l'accroissement de la complexité organisée (et j'espère que c'est le cas).

  5. Diziet Sma Répondre | Permalink

    Bonjour,
    le cadre ou l'approche théorique que vous nous présentez est fascinant et amène tout de suite des questions de fond.
    L'étape 1 que vous décrivez peut-elle ètre considérée comme un postulat,puisqu'elle est corroboée par l'observation et que certaines des lois qui la gouvernent ont été établies grace au langage mathématique ?
    Comme votre théorie se veut universelle,que l'étape 2 et à fortiori l'étape 3 ne sont avèrées que sur Terre,comment traiez-vous leur occurrence à l'échelle de l'univers observable ?
    Pouvez-vous vous passer de faire des hypothèses sur l'occurrence des étapes 2 et 3 ?

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      La différence que je propose de faire entre ce qui précède l'apparition de la vie sur terre (étape 1) et ce qui se passe après (étape 2 et étape 3, toute récente) provient d'un constat que je crois personne ne discutera : quand l'univers est trop "chaud", le résultat des interactions entre particules et avec les champs ne donne pas lieu à quelque chose d'assimilable à un «calcul avec mémorisation et réutilisation de ce qui a été précédemment calculé» (ce qu'on peut appeler brièvement un «calcul cumulatif»). En clair, tout ce qui se passe est soit trivial, soit aléatoire ou quasi-aléatoire ; rien d'intéressant ne se calcule, ou assez peu de choses (car bien sûr je n'oublie pas l'évolution cosmique, la nucléosynthèse des atomes dans les étoiles, la formation des galaxies, des planètes, des premiers composés chimiques, etc.).
      À moins qu'on vienne m'expliquer que je me trompe et qu'il s'est produit à ces époques là des calculs cumulatifs ayant produit des structures élaborées et robustes, je ne fais donc que dire d'une façon légèrement nouvelle (mais qui m'intéresse car elle nous fait penser les choses en terme de calculs) ce que tout le monde admet.
      Ce n'est donc pas un postulat, mais plutôt une observation-déduction scientifique (d'astrophysique et de cosmologie), réinterprétée en mettant en évidence la discontinuité algorithmique qui se produit avec l'apparition de la vie.

      Le fait que le langage mathématique est utilisé pour décrire cette étape 1 n'est pas, je crois, le point important qui est que, quel que soit la façon dont on décrit cette époque d'avant la vie, l'algorithmique qui peut y trouver place est limitée, quasiment sans mémoire et très peu cumulative.

      Les étapes 2 et 3, jusqu'à preuve du contraire, ne se sont produites que sur terre. Si nous apprenions qu'elles se déroulent ailleurs, cela ne me gênerait pas. Je m'exprime en supposant que nous sommes les premiers (et je dis clairement que je fais cette hypothèse) que mais il serait facile de reformuler tout ce que je dis si en plusieurs endroits du cosmos se produisait ce que se produit sur terre, et cela ne changerait rien au fondamentalement à la vision computationnelle de l'évolution cosmique que je défends. Pour le dire de manière imagée, si ce qui se passe sur terre se produit aussi ailleurs, alors l'explosion de complexité organisée que nous vivons se déroule en même temps ailleurs et sans doute que les effets de ces explosions finiront par se rejoindre et s'associer, pour plus d'efficacité et des constructions encore plus riches et complexes.

  6. Perhaps Répondre | Permalink

    Bonjour ! Alors, contrairement à pas mal de monde ici, je ne suis pas vraiment connaisseur des sciences, bien qu'aimant beaucoup en discuter. À vrai dire, je suis apprenti artisan/artiste (graveur en taille-douce et taille d'épargne plus précisément), et je me régale sur ce site :). Assez dit sur ma vie.

    Vous justifiez votre théorie en disant qu'il s'agit d'une vision du monde et non d'un ensemble logique déjà bien défini et "traçable" de bout en bout. Mais depuis le début de l'article, vous ne parlez que de maths, il s'agit donc bel et bien d'une théorie qui se veut la plus rigoureuse logiquement possible. Croyance intuitive ou théorie dont le chemin logique vous semble clair à 100%, les deux sont incompatibles en science : faites votre choix, et ne revenez pas dessus pour voiler la certitude absolue qui guide vos postulats par des formules du type "sauf qu'il s'agit seulement d'une idée/d'une vision du monde/de quelque chose d'abstrait". Votre théorie se veut universelle, donc si ce n'est pas LA grande idée juste, ce n'est pas une idée acceptable, ou bien elle perd son statut universel. Enfin, c'est surtout une question de rhétorique et de pinaillage sur l'argumentation...

    Bref, ensuite. Vous définissez les humains comme un tout homogène, tous autant dotés de conscience et d'intelligence. Or, rien n'est plus variable que l'intelligence des humains... c'est une caractéristique unique dans le monde animal, entre toutes celles qui nous distinguent déjà des autres êtres vivants.
    Les livres de votre bibliographie ont été écrits par les cinq pour cent de l'humanité qui vit clairement cette soif de connaissance universelle et qui en font leur vie, les cinq pour cent qui veulent sortir non pas plus riches ou plus célèbres de leur oeuvre, mais qui veulent se rapprocher le plus possible de la vérité du monde. Or ce n'est pas la préoccupation d'une bonne partie des 95 pour cent restants... Ils partagent peut-être au fond cette même curiosité, mais orientée vers d'autres buts.
    Ils sont tout aussi complexes que nous, mais peut-être génèrent moins de "surplus" et font moins avancer l'algorithme dont vous rêvez dans la mesure où les questions s'y rattachant les intéressent moins. L'appel aigu du savoir universel n'est par exemple pas du tout l'affaire de mes voisins de palier, ou de certains de mes anciens camarades de lycée... "émetteurs", si vous voulez, mais pas toujours "collecteurs" :p.

    J'espère que mes questions auront apporté quelque chose au débat.

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Le fait d'évoquer des idées mathématiques et scientifiques ne suffit pas à rendre scientifique ma proposition. Peut-être que plus tard il deviendra possible de la rendre plus précise ou même falsifiable (parce que, par exemple, on aura appris à bien mesurer la profondeur logique de Bennett). Il sera alors temps d'en changer de statut. Pour l'instant il me semble sage de ne pas prétendre plus et donc de pratiquer cette rhétorique prudente.
      Je suis en accord avec vous qu'il n'est pas besoin de se préoccuper de science ou de la recherche de la vérité pour être complexe en tant qu'être vivant. Les artistes, mais aussi ceux qui mettent en place des structures économiques, politiques ou sociales ou simplement y participent, contribuent comme les scientifiques à l'accroissement des richesses et de la complexité organisée générale. Il y a de très nombreuses façons aussi d'être "collectionneur" : apprécier et accumuler des DVD, des livres, des peintures, des photos, des meubles, des bijoux, des tissus, etc. c'est se manifester collectionneur ; écrire, dessiner, peindre, sculpter, coudre, concevoir des recettes de cuisines, composer, programmer, fabriquer des meubles, etc. c'est créer de la complexité organisée. Collectionneurs et créateurs nous le sommes tous, et nous nous comportons ainsi pour d'autres raisons que notre seule survie ou descendance. C'est cela qui est nouveau.

  7. Michaël Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Merci pour cet interessant article.
    Si l'idée d'évolution de l'univers n'est pas nouvelle, la description que vous en faite a l'intérêt évident de s'appuyer sur de nouveaux concepts qui semblent bien rendre compte des observations et des connaissances actuelles de l'univers et nous plongent dans une perspective vertigineuse.

    L'exposé étant beaucoup plus descriptif qu'explicatif, cela m'amène toutefois à vous poser 2 questions :

    question 1 : Y a t-il, selon vous, quelquechose de "nécessaire" à cette évolution vers un univers toujours plus complexe, et si oui, cette nécessité est-elle de même nature que la necessité sous-jacente à la théorie de l'évolution des espèces
    (nécessité de survie) ?

    question 2 : comme on ne voit pas d'élément "exterieur" pouvant justifier ou expliquer cette évolution de l'univers vers une complexité organisée toujours croissante, ne peut-on considérer que l'univers, dès son âge primitif, porte en lui toute sa complexité à venir "en puissance" ?

    J'ai aussi une réserve sur la fin de votre description du "collectionneur universel" : vous passez sans précaution aucune du domaine des mathématiques à celui de l'éthique, suggérant que puisque la complexité est une chose vers laquelle on va et qui a valeur universelle alors c'est "bien", et ce, alors même que nous ne savons
    - ni ce qui détermine cette évolution
    - ni quel est son terme ou son stade ultime
    Des concepts comme la complexité organisée, pour autant que j'en comprenne un peu le sens, me paraissent tout à fait interessants pour décrire les faits observés ou essayer d'anticiper l'avenir, mais le fait d'avoir des outils pour "mesurer" un phénomène ne donne aucune légitimité en terme moral, éthique ou religieux. Quand bien même la complexité aurait une valeur universelle, en faire une référence sur le plan éthique me parait aussi gratuit que d'affirmer que l'avenir est "bien" (meilleur que le passé ?) ou encore que la mort est "bien" (meilleur que la naissance ?).

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Savoir si l'accroissement de complexité est nécessaire (inévitable) est la grande question que se posent ceux qui ne doutent pas que la complexité augmente, même s'ils ne la considèrent pas comme un «contenu en calcul» (profondeur logique de Bennett). Voir par exemple les livres que je mentionne au paragraphe (G) de la bibliographie : Sur l'accroissement de la complexité.
      Le fait d'assimiler la complexité organisée à un contenu en calcul cristallisé ne répond pas définitivement à la question, mais rend moins mystérieuse l'augmentation de complexité qu'on a l'impression d'observer. Pour que du calcul se déroule et que les résultats de ce calcul soient préservés, c'est-à-dire ne soit pas effacés, et je défends que l'augmentation de complexité ce n'est que cela, il est nécessaire seulement d'avoir un univers assez calme où des objets (atomes, molécules, etc) interagissent sans précipitation pour que s'effectuent des interactions équivalentes à des OU des ET, etc, et que le résultat de ces opérations logiques ne disparaissent pas immédiatement, et même puissent s'inscrire dans les composants élémentaires présents.
      Notre univers n'est certainement pas le seul concevable permettant ces calculs cumulatifs (l'univers du Jeu de la vie de John Conway est bien plus simple et permet probablement une telle croissance de complexité organisée), mais il ne fait pas de doute qu'aujourd'hui sur terre (et sans doute dans bien d'autres endroits) notre univers permet de tels calculs et donc autorise une augmentation de la complexité organisée. Pour le dire autrement : la conception que je défends de la complexité organisée ne conduit pas à une démonstration (mathématiques) qu'elle s'accroît, mais rend la chose naturelle et attendue. Il n'est pas inconcevable que les développements de la théorie de la complexité permettent un jour d'affirmer quelque chose comme «dans l'univers physique qui est le nôtre, modélisé de telle façon, la complexité organisée croît nécessairement». Nous ne disposons pas d'une telle démonstrations aujourd'hui.
      C'est un progrès que de passer d'une situation où l'augmentation de la complexité organisée semble contredire certaines lois physiques (c'est ce qui se passe avec la seconde loi de la thermodynamique quand on interprète —ce qui est une erreur— ordre = complexité organisée = néguentropie), à une situation où cette augmentation va de soi. Il ne fait aucun doute qu'il faut préférer les conceptions de l'univers qui rendent naturel ce qu'on y observe à celles qui obligent à y voir des miracles !
      Vous demandez aussi si on doit considérer «que l'univers, dès son âge primitif, porte en lui toute sa complexité à venir "en puissance"». Si on prouve que nécessairement les lois physiques engendrent cette complexité, la réponse est oui. Cependant, il ne faut sur-interpréter cette complexité en puissance : tant que le calcul n'a pas eu lieu engendrant de la complexité organisée, on ne doit pas considérer qu'elle est présente. Au départ de l'univers (s'il y a quelque chose de cette nature), la complexité organisée est potentiellement présente, mais concrètement absente. Avant que je lance un programme qui calculera un million de décimales de Pi, elles sont potentiellement présentes, mais il faut que le calcul se déroule pour qu'elles soient réellement présentes.
      Concernant la question et les remarques sur l'éthique, il n'y a pas de désaccord entre nous. Je pense (tout en sachant qu'on essaie parfois d'établir le contraire) qu'aucune éthique ne peut se déduire d'une connaissance pure et qu'aucun fait ne peut fonder (démontrer) une éthique. Mon affirmation est seulement que (a) plus qu'un humanisme qui se moquerait de la vie sur terre autre que celle des humains, (b) plus qu'une éthique qui défendrait la vie sur terre mais pas la vie ailleurs (en supposant qu'on y soit confronté), prendre comme valeur ultime la complexité organisée est une option large et universelle. Cette universalité est une option maximale, d'où je tire que «s'il ne doit y avoir qu'une éthique, c'est celle-là» ou encore «si ce n'est pas la complexité organisée qui formule un impératif catégorique définitif et supérieur, c'est que rien n'en formule ».

  8. severine Répondre | Permalink

    Merci pour cet article passionnant ! il me semble cependant que le terme de "collectionneur" est un peu limitative. Pour moi l'être humain (particulièrement le scientifique) est aussi et surtout un "analyseur", voir un "compresseur" universel.
    En effet la science consiste principalement à «inverser» le calcul fait par l'univers, c'est à dire à partir des résultats des calculs (les observations sur le monde), de retrouver le programme (les lois de la nature). On a ainsi un effet paradoxal : l'univers tend à créer des systèmes de plus en plus complexes, mais les systèmes les plus complexes (nous, pour le moment!) tendent à rechercher la simplicité (les quelques lois fondamentales de la nature).

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Merci de ces remarques qui me permettent de préciser quelques points importants.
      Le fait que l'être humain soit un "analyseur", un "compresseur", un "inverseur" n'est en rien incompatible avec le fait qu'il soit un "collectionneur", et de mon point de vue, le qualificatif de "collectionneur" implique les trois autres qualificatifs.
      En effet, analyser et aussitôt tout oublier serait absurde, donc l'analyse oblige à la conservation, autrement dit "à la collection". D'autre part, le collectionneur va tenter d'utiliser tous les moyens possibles pour découvrir de nouvelles structures organisées, et bien évidemment il cherchera à analyser tout ce qu'il peut de ce qui l'entoure. Être "collectionneur universel" implique être "analyseur universel".
      La recherche, la mémorisation et la maîtrise de structures de plus en plus nombreuses, rares et riches (qu'implique le fait d'être "collectionneur universel") oblige à l'analyse efficace et la mise au point de système (algorithmes) performants de représentation des données, donc de compression. Pour aller plus loin, il faut bien comprimer (en particulier pour ne pas passer à côté de simplifications possibles, et toute simplification est la trace d'une structure). Donc, être un "collectionneur universel "implique être un "compresseur universel".
      L'inversion que vous mentionnez est en fait l'identification dans un "mélange" de ce qui en a été l'origine et la dynamique, c'est la reconnaissance des structures profondes et leur séparation de ce qui n'est qu'une sorte de bruit. C'est donc d'une certaine façon la recherche de connaissances générales. C'est le but de l'activité scientifique, qui pour moi est l'une des formes de la recherche de complexité organisée : plus nous disposons de connaissances précises et profondes sur l'univers, plus notre rapport à lui est de la "complexité organisée". La volonté de créer et de collectionner le plus possible de structures organisées implique donc d'être un champion de l'inversion. Etre un "collectionneur universel" implique "être une inverseur universel".
      Les trois points que vous mentionnez se rattachent pour moi à l'activité de la science et peut-être plus généralement de recherche de connaissances. Cependant l'activité humaine prise dans sa généralité ne se limite pas à cela : l'Homme crée des images, des sons, des jeux, des théorèmes (qui parfois sont inutiles), etc. Son goût pour la complexité organisée ne se limite pas seulement à la recherche de celle qui est déjà dans l'univers, l'Homme est un amateur passionné de complexité organisé, un "collectionneur universel"; il en découvre et il en invente.
      Il me semble donc que le concept de "collectionneur" est plus général et englobe chacun des trois concepts que vous évoquiez : "analyseur", "compresseur", "inverseur".

      • severine Répondre | Permalink

        Merci pour ces précisions; je pense que ce qui me gêne dans le terme "collectionneur" est sa connotation passive, par rapport à l'analyse qui est plus dynamique, active. Effectivement, comme vous le précisez, une collection "intelligente" nécessite une capacité d'analyse. Il me semble intéressant de distinguer l'analyse inconsciente, réalisée par les humains depuis des millénaires, et qui est à l'origine d'une majorité des créations (arts notamment), et l'analyse plus consciente qui est sans doute plus récente. Cette analyse consciente est typiquement incarnée par la démarche scientifique, et est à l'origine de la création des artefacts technologiques.
        D'autre part, le fait que l'univers ait généré des systèmes ayant cette capacité de collection et d'analyse (nous) ne nous donne il pas d'ailleurs des informations fondamentales sur la nature même de notre univers ? pourrait on en déduire des lois fondamentales, non pas en terme de physique (matière, énergie), mais en terme d'information ?

        • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

          Je suis en accord avec vous sur l'idée qu'il est intéressant de distinguer l'analyse et la création inconsciente de complexité (en en art par exemple), et celle contrôlée, délibérée, systématique autant que c'est possible pratiquée dans les sciences et les technologies. Les deux contribuent à l'accroissement de la complexité organisée.
          Le fait que l'univers nous "permette" est certes une propriété remarquable de l'univers, cela prouve qu'en matière de traitement de l'information, "il" autorise en quelque sorte sa propre analyse, ce qui n'est pas le cas de tous les univers simplifiés qu'on peut imaginer. Le principe de raisonnement appelé "principe anthropique" en physique se base sur cette idée. Il a été largement discuté et parfois contesté. Je pense qu'à la condition d'en considérer les variantes faibles ou modérées, c'est un moyen acceptable d'apprendre des choses sur notre univers, mais qu'il faut utiliser quand les autres moyens ne réussissent pas à répondre à nos questions. En terme d'information ce que ce principe nous apprend n'est pas très clair aujourd'hui ; on ne sait pas très bien dire par exemple si la propriété de permettre sa propre analyse est directement liée ou non à la propriété d'être "computationnellement universel" (capable de calculer toute fonction calculable, au sens de la théorie de la calculabilité).

  9. Didier Mermin Répondre | Permalink

    Votre théorie est très proche de celle de François Roddier, car complexité organisée et dissipation d'énergie par unité de masse vont de paire, comme l'a découvert Prigogine. Mais pour Roddier, il n'y a pas lieu de distinguer des étapes, car il ne se préoccupe pas de savoir en quoi réside la complexité produite. Et ce qui fait ici l'objet de toute une analyse, (les algorithmes produits par les humains et leurs machines), ne sont pour lui que des prolongements "exosomatiques". Je pense que sa théorie se limite au "contenant", (les structures dissipatives), alors que la vôtre s'intéresse surtout au "contenu" : ce que "font" les structures dissipatives.

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Les idées de François Roddier ne me semblent pas proches de celles défendues ici, pour la raison principale (mentionnée en introduction de mon texte) que pour moi le "physique" passe en quelque sorte derrière l'"informationnel" et le "computationnel". Le calcul coûte de moins en moins cher en énergie — loi de Moore —, et cette baisse du coût du calcul n'a peut-être pas de limite selon les conceptions défendues par Rolf Landauer et Charles Bennett pour qui seul l'effacement d'informations a un coût entropique incompressible. Sur ce sujet le livre de référence est : Harvey Leff, Andrew Rex, Maxwell's demon: entropy, information, computing, Princeton University Press, 2014.
      Les vues que défend Roddier par exemple :
      « Tout organisme vivant cherche à dissiper le plus d’énergie possible. On peut lire ainsi la compétition darwinienne des espèces. Celui qui l’emporte c’est celui qui dissipe le plus d’énergie »
      me semblent pour le dire franchement désuètes et absurde : celui qui gagne c'est le plus intelligent, le meilleur calculateur, et la preuve la plus simple c'est qu'aujourd'hui à la surface de la terre, celui qui fait la loi (pour le meilleur et pour le pire) c'est celui qui dispose du meilleur cerveau, l'Homme. Nous dépensons aujourd'hui un millions de fois moins d'énergie par unité de calcul effectuée qu'il y a trente ans ; c'est clairement là que se passent les choses. Pour ce qui est de l'énergie, de l'entropie physique, de l'échauffement et leur importance réelle vis-à-vis de ce qui se passe aujourd'hui sur terre, que l'on compare les ordres de grandeur de ces variables physiques avec ce qui se passe dans une étoile et plus encore dans la galaxie. Ce qui se passe sur terre en terme énergétique est négligeable ; l'important (pour le long terme) n'est pas là, mais se mesure en unité de calcul et, en unité de mémoire, en complexité organisée. Le monde, c'est devenu évident, ne dépend que secondairement de l'énergie, et de plus en plus de l'information et du calcul. C'est avec ces deux termes qu'il faut le penser. Bien sûr qu'il faudra encore de l'énergie, et qu'économiquement elle continuera à jouer un rôle, mais cela ira en décroissant ; ce qui compte ce sont les calculs, les algorithmes, les bases de données, les flux d'informations, les communications instantanées, l'argent numérique (cryptographique ou non), etc.
      Roddier se trompe quand il dit « La quantité d’énergie dissipée est proportionnelle à la quantité d’information produite ». C'est tout simplement faux : l'énergie dissipée est de plus en plus faible par unité de calcul effectuée : un million de fois plus faible qu'il y a trente ans, je le répète. Et ça change tout !

  10. Lessus Répondre | Permalink

    Cette mise en intrigue de l'évolution cosmique est fascinante et me rappelle par certains aspects les pensées de Teilhard de Chardin qui déjà avait pressenti vers quel embrassement l'Evolution est lancée et combien par l'Humanité elle accélère sa marche. Juste une interrogation qui me taraude : votre raisonnement me semble de type apagogique. J'entends, connaissant le résultat final vous semblez puiser dans le savoir scientifique et technique les éléments corroborant votre hypothèse de départ, en l'occurrence la "complexité organisée" à la fois comme motif et moteur de l'évolution cosmique. Complexité organisée qui me semble pléonastique si l'on considère qu'une Ruche ou une Termitière sont complexes car forcément organisée et qu'elles représentent quelque chose de plus, quelque chose d'autre que la somme de ses éléments. A contrario, un tas de pucerons est compliqué car sans "but". Une critique de fond concerne le finalisme présent tout le long de votre argumentaire et, me semble-t-il, cette critique fut faite il y a quelques décennies à la Cybernétique et à son usage de l'information comme concept de base. Dès que l'on réfère à l'information, celle-ci doit être distinguée du bruit précisément par un critère ("qui" le fixe ?) qui marque une attente donc un but. Tout information n'existe que moyennant une finalité : néguentropie versus entropie. Plus généralement, les sciences doivent se contenter de causes efficientes car des causes finales elles ne pourraient qu'émettre des conjectures et s'arrêter à des hypothèses qui n'auraient d'intérêt que pour celui qui en serait l'auteur...
    Partant, le résultat final est parfaitement explicite (vision informationnelle et computationnelle), seules les causes logiques manquent encore et toujours à cette évolution cosmique de la complexité croissante.

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Teilhard de Chardin propose une vision qui lorsqu'elle n'est pas trop religieuse et finaliste ne contredit pas ce que j'avance. Cependant, il le fait sans les arguments sur l'information et le calcul qui sont étrangers à sa pensée alors que pour moi ils sont le centre de tout.
      Il n'est pas vrai que la "complexité organisée" est un concept pléonastique. La preuve en est simple : la complexité de Kolmogorov (parfois appelée complexité aléatoire) se mesure par la quantité incompressible d'informations présente dans l'objet auquel on s'intéresse, elle ne présuppose pas d'organisation et d'ailleurs les objets ayant la plus grande complexité de Kolmogorov sont les objets aléatoires. Cette complexité aléatoire s'oppose donc à la complexité organisée (qui sur un plan théorique se mesurerait par la profondeur logique de Bennett). Il y a bien deux sortes de complexités et les distinguer est un point de départ. Le texte suivant tente de rendre tout cela clair :
      http://1024.labri.fr/1024-numero-1-delahaye.pdf
      La vision défendu par le texte n'est en rien finaliste (et d'ailleurs aussi, en rien religieuse !). Il n'y a aucun but final à atteindre, seulement des processus — informationnels, et computationnels — qui laissent des constructions derrière eux, construction qui sont des structures de plus en plus riches : de la complexité organisée.
      Le concept de base d'information n'est pas ici exactement celui de la cybernétique, mais celui de la théorie algorithmique de l'information qui est bien plus corrélé aux notions de calcul. Pour cette théorie, il n'est pas vrai que "Toute information n'existe que moyennant une finalité ".
      Avec cette analyse, les causes logiques à l'évolution cosmique ne manquent pas : elles se trouvent dans l'idée simple que dès que du calcul s'effectue et qu'il est devenu possible que les résultats soient mémorisés (dans les atomes, les molécules, etc.) alors se produit un enrichissement structurel du monde : la cause logique, c'est le calcul et la préservation de ce qu'il produit.

  11. lessus Répondre | Permalink

    Merci pour votre réponse. Permettez-moi d'être plus explicite :
    Modestement, j'ai relu et surligné votre texte ci-dessus, et j'affirme que le finalisme sourde d'un bout à l'autre de votre texte. Ex : (je vous cite verbatim) :"La vision défendu par le texte n'est en rien finaliste. Il n'y a aucun but final à atteindre".
    Alors que de manière explicite vous affirmez : « En effet, notre participation à cette aventure ultime et cosmique a d'ores et déjà donné un sens à notre présence dans le monde. Il faut considérer que la nature humaine se trouve prolongée et amplifiée dans ce processus illimité d'élaboration et d'organisation informationnelle général de l'univers ».
    Un sens écrivez-vous, donc un but et partant une finalité. Vous ai-je bien compris ?
    L'usage du langage mathématique est un outil fabuleux comme mode de dévoilement du réel (Galilée) mais attention il existe d'autres modes de dévoilement notamment la pensée réflexive qui use des mots comme vous usez des équations pour un seul but la vérité. Combien de signes mathématiques ont une utilité comme mode d'emploi mais, reconnaissez-le, sont vides conceptuellement. Enfin, La science est toujours probabiliste avant l’événement (complexité aléatoire) et déterministe après l'événement (complexité organisée). Votre pensée est complexe, rigoureuse et force le respect ; mais le langage mathématique qui alimente les cadres cognitifs de votre perception du monde, semble plutôt créer les problèmes qu'il devrait en toute logique être sensé résoudre.
    C’est je crois Silesius qui affirmait "la rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit"...

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Vous avez mal compris ce que j'affirme, je crois. Quand je parle d'éthique et que je dis que s'il doit y avoir une éthique cela ne peut être que celle de la complexité organisée, je prends bien garde d'écrire une phrase avec un "si".
      Il y a donc deux lectures possibles : on refuse le "si", ou on l'accepte.
      (A) Si on le refuse, je ne vois absolument rien de finaliste dans mon texte. Il décrit une certaine conception informationnelle de l'univers qui n'a pas de but, mais qui fonctionne d'une certaine manière produisant au moins à certains moments de la complexité organisée. Je ne dis même pas qu'elle est inscrite dans une loi (cette production serait inévitable) mais seulement qu'elle est sans surprise, puisque si la complexité organisée est du calcul mémorisé, alors il n'y a pas à s'étonner qu'un univers où le calcul est possible en produise.
      (B) Si on accepte la valeur "complexité organisée", alors on tombe dans une doctrine morale qui suggère de contribuer à accroître la complexité organisée autant qu'on le peut. Cette conception éthique n'affirme pas que l'augmentation est inévitable, elle la propose comme valeur. Mais si vous me comprenez bien j'offre cela seulement comme une lecture éthique possible (laissée au libre choix de chacun, dont je ne dis pas que je l'adopte moi-même) d'une conception qui n'a rien de finaliste, je le maintiens.
      Concernant les mathématiques et en particulier la théorie algorithmique de l'information qui est le point de départ de ma "vision" de l'univers, je considère qu'elles résolvent assez bien les problèmes que je me pose depuis toujours (comme tout le monde), et j'ai l'impression qu'elles pourraient être utiles à d'autres pour l'élaboration d'une conception riche, ouverte et tolérante du monde... et pourtant non finaliste !

  12. Lessus Répondre | Permalink

    Merci pour vos éclaircissements.
    Plus prosaïquement pour que je puisse bien vous comprendre. Tous désaccord repose nécessairement sur un accord. L'idée doit être identique pour que les représentations qui en sont le contenu diffèrent. Qu'entendez-vous par Ethique ? En ce qui me concerne, les jugements de valeur (éthique, esthétique et logique) nécessitent la médiation d'un sujet, (vous, moi, nos semblables), La science réfère à ce qui est non à ce qui doit être, donc rien de normatif. Partant, qu'entendez-vous par ; Quand je parle d'éthique et que je dis que s'il doit y avoir une éthique cela ne peut être que celle de la complexité organisée. S'agirait-il du "Cosmos" des anciens auquel nous aurions éthiquement à trouver notre place ?
    Merci pour votre compréhension

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Pour moi une éthique est un ensemble d'analyses et de prescriptions permettant à un sujet de décider de ses actions. Une éthique s'appuie sur un choix de valeur, donc sur une notion de bien et de mal. La science — comme vous le dites — se réfère à ce qui est — pour moi, un univers dans lequel la complexité organisée semble croître —, donc la science ne peut rien produire de normatif, la science ne détermine pas une éthique. Seule, la science ne fixe pas de valeur et c'est pourquoi je distingue dans ma réponse précédente le (A) du (B).
      Lorsque je dis « s'il doit y avoir une éthique, cela ne peut être que celle de la complexité organisée » ce que je veux dire c'est que logiquement une éthique de la complexité dépasse en force et en généralité la plupart des éthiques usuelles.
      Une éthique de la complexité organisée englobe (subsume) toute éthique prenant comme valeur centrale l'Humanité, ou la Vie sur terre, ou même le Savoir. Elle me semble donc plus solide. Si je dois en choisir une, je préfère logiquement la moins spécifique, la plus universelle, la plus ouverte, la plus tolérante. Bien sûr, on peut discuter cette présentation, et je ne doute pas que ceux qui croient que Dieu existe et qu'il est la valeur supérieure qui dicte toutes les autres ne me suivront pas. Disons que dans un cadre athée, la portée et la généralité d'une éthique de la complexité organisée me semble plus satisfaisante que les autres options.

  13. Lessus Répondre | Permalink

    Bonjour,
    Très éclairante cette définition et je ne suis pas loin de penser que cette éthique de la complexité organisée qui subsume toute éthique, ressemble par certains aspects à la Loi Morale kantienne dont l’homme, pour l’instant, en est, bon gré, mal gré, le dépositaire mais aussi le transmetteur. Il y a dans vos écrits quelque chose de l’ordre de l’impératif catégorique qui semble vous immuniser contre toute critique générale tout en assumant sereinement les critiques partielles. Vous me sortez de ma torpeur philosophique et en cela je vous en remercie. A mon humble avis, il n’est point question ici de Foi (Dieu manifesté) ou de mauvaise foi (matérialisme absolue), mais de faits qui excitent les plus curieux et les plus imaginatifs d’entre-nous dont vous faites partis.
    Merci d’avoir mis en ligne vos analyses, que je vais relire à la lumière d’un Whitehead et de De Chardin.

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Merci de vos aimables commentaires. Je ne cherche pas à m'immuniser contre toute critique, je cherche seulement à concevoir et à adopter une position qui me convienne et dont je puisse penser qu'elle est conforme à ce que nous montre aujourd'hui le développement des sciences, en particulier celles de l'information.

      • lorenzaccio Répondre | Permalink

        Bonjour,
        Merci pour vos articles de vulgarisation très intéressants.
        Dans ce texte, les concepts d'univers-calcul et de complexité croissante sont intéressants pour les perceptions qu'ils apportent.
        En revanche, c'est dommage que ce ne soit pas écrit sous la forme d'un manifeste pour un "devenir-algorithmique" qui vous tient à cœur, plutôt qu'avec ce style, à consonance théorique, qui, à mon idée, peut être mal perçu.

  14. Nicolas François Répondre | Permalink

    Cet article me fait penser à un bouquin que je viens de lire : Accelerando, de Charles STROSS. Il décrit cette transition et en montre un certain nombre de conséquences. Il y a des théories plus ou moins transhumanistes, mais aussi d'autres conséquences très intéressantes.

    À propos du quotient puissance de calcul sur énergie dépensée, cela remet-il en cause les théories classiques de l'entropie et la théorie de l'information ? Faut-il concevoir (ou découvrir) un nouvel instrument de mesure prenant en compte cette formidable accélération ? Ou bien la théorie de l'information n'est-elle pas soluble dans la physique "classique" ?

    En tout cas, ça donne envie de lire la suite !

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