L’information de valeur et l’économie


Le collectionneur universel (5)

La valeur économique et les contenus en calcul.

Questions sur la complexité organisée, l'information de valeur, et l'économie.

• La complexité organisée, par exemple sous sa forme connaissance scientifique, a une utilité et c'est en partie pour cela que le collectionneur universel qu'est l'Homme tente de l'accumuler. Elle a donc aussi de la valeur au sens économique. Pourtant les jeux du marché fixent la valeur sans apparemment se référer aux contenus en calcul. Est-ce que la valeur de « contenu en calcul » et la valeur économique doivent coïncider ou au moins être fortement liées ? Ne faut-il pas mesurer la complexité organisée en observant le marché ? Si ce n'est pas le cas, pourquoi ?

Même si ce qui compte sur le long terme et à l'échelle de l'univers est lié aux contenus en calcul ou, dit autrement, à la complexité organisée — c'est la thèse que nous défendons —, ceux-ci ne sont pas mesurés par la valeur économique, et ce n'est pas en examinant le marché qu'on peut évaluer les contenus en calcul. Il y a à cela une multitude de raisons que nous allons examiner.

- Aujourd'hui et sans doute pour longtemps encore, le contenu en énergie et en travail humain est ce qui détermine principalement la valeur économique des biens. En disant cela nous ne prétendons pas refaire une théorie de la valeur, mais seulement nous appuyer sur une évidence commune qui n'exclut rien puisque nous utilisons l'adverbe "principalement".

- La valeur des biens dépend aussi des lieux où ces biens sont proposés : loin de leur lieu de production, par exemple, ils valent en général plus chers. Le contenu en calcul d'un bien, lui, ne dépend pas du lieu où on le trouve. Les coûts de transport, les variations de salaire d'un pays à l'autre, les réglementations différentes, la force de la demande par exemple liée à des facteurs culturels, tout cela a des effets sur les prix des biens qui ne reflètent donc pas uniquement les contenus en calcul.

- Certains contenus en calculs sont peu visibles, ignorés et inexploitables immédiatement. C'est le cas du contenu en calcul des êtres vivants. L'absence de valeur économique accordées aux espèces rares a pour conséquence qu'on ne cherche pas à les protéger et qu'elles disparaissent. On parle même d'une extinction massive en train de se produire due aux activités humaines. Il serait sans doute plus sage à l'échelle des générations d'accorder de la valeur économique à ces contenus en calcul que nous détruisons. Nous n'avons pas cette sagesse.

- Certains contenus en calcul comme ceux des couples théorèmes-démonstrations ne sont pas des objets du marché pour des raisons complexes dont la difficulté à définir, délimiter et protéger ces contenus en calcul : un théorème peut s'exprimer de nombreuses façons différentes, il reste reconnaissable pour le mathématicien expérimenté, mais pour la loi, c'est presque impossible.

- La protection contre la copie de certains objets numériques ayant un contenu en calcul déterminé (livres, logiciels, musiques, vidéos, etc.) permet de doubler la valeur des deux objets identiques, alors que le contenu en calcul de "deux fois le même objet numérique" est le même que le contenu en calcul de "l'objet en exemplaire unique". L'évaluation de la valeur marchande des biens ne suit donc pas les mêmes règles de base que celle des contenus en calcul. Les deux valeurs ne peuvent donc pas coïncider.

- La loi de l'offre et de la demande (qui désire quoi ? qui est prêt à vendre ?) qui intervient dans la fixation des prix (quelle que soit la raison des variations de l'offre et de la demande : modes, habitudes culturelles, besoins strictement locaux, ou temporaires, etc.) n'a bien évidemment pas le plus souvent à voir avec les contenus en calcul.

- Les phénomènes économiques spéculatifs et en particulier les bulles font varier considérablement les prix, sans que cela dépende des contenus en calcul.

On le voit donc pour une multitude de raisons, la valeur économique ne coïncide pas avec la complexité organisée ou le contenu en calcul.

Notons toutefois que nous sommes en train de passer d'une économie fortement fondée sur l'énergie et la matière à une économie où les contenus en calcul et en intelligence (qui est une forme particulière de contenu en calcul) sont centraux. La transition ne sera pas rapide bien évidemment, mais elle a commencé et elle aura pour effet de faire converger les deux valeurs, sans pour autant qu'on puisse affirmer qu'à terme elles seront identiques.

Il restera sans doute une différence. En particulier à cause du problème des copies évoqué plus haut. Si les procédures de protection de la copie des objets numériques fonctionnent convenablement, alors deux fois le même programme incopiable continuera de valoir deux fois le prix du programme seul (alors bien sûr que le contenu en calcul des deux programmes identiques est le même que celui d'un seul). C'est une raison pour penser que la cryptographie jouera un rôle de plus en plus important en économie et que même dans le cadre d'une économie des biens numériques, il ne sera jamais vrai que la valeur économique sera fixée uniquement pas les contenus en calcul.

Notons en passant qu'il y a semble-t-il la place pour une théorie étendue de la valeur mesurée par les contenus en calcul des objets, théorie étendue pour prendre en compte les possibilités de protéger contre la copie certains biens. Si une telle théorie était développée, elle pourrait plus facilement coïncider à long terme avec une théorie économique de la valeur des biens numériques. Le problème de la valeur économique ne se réduit pas aujourd'hui à celui de l'évaluation des contenus en calcul (pourtant déjà difficile !). La question de savoir si, sur le très long terme, la valeur économique s'identifiera au contenu en calcul est posée. Il semble impossible de la trancher maintenant.

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