Plaidoyer pour le Bitcoin

15.12.2013 par Jean-Paul Delahaye, dans Cryptographie

Ne soyons pas effrayé par la complexité, tentons d'en comprendre l'intérêt

La monnaie numérique Bitcoin a beaucoup été décriée et particulièrement mal comprise. Il est intéressant de s'interroger sur les raisons de ce qu'il faut bien appeler de l'hostilité et de l'aveuglement à propos d'une construction que je considère —et je ne suis pas le seul— être une merveille d'ingéniosité reposant le problème de la monnaie en des termes révolutionnaires, ce qui pourrait à terme bénéficier à toute l'économie et donc à chacun.

En France, où l'on n'aime rien de ce qui est nouveau (ou si rarement !), où l'on soupçonne toute réussite d'être le résultat d'un trucage ou un artifice monté par une bande pour s'enrichir, le Bitcoin a mauvaise presse, très mauvaise presse. Dans le Canard Enchaîné du 13 août 2013, le petit article consacré au Bitcoin est le prototype même de cet esprit frileux, conservateur, méfiant et prompt à voir partout des intérêts particuliers agissant en secret pour escroquer le citoyen, qu'il faut donc mettre en garde.

Notre cher palmipède au lieu d'aller enquêter —au moins un peu— auprès de ceux qui comprennent la monnaie cryptographique et la font vivre, souvent bénévolement  (en proposant par exemple des logiciels gratuits qui en permettent l'utilisation), va interroger ceux qui —c'est évident— s'y opposeront toujours, car à terme, elle nuira aux monopoles des monnaies traditionnelles dont ils vivent... et plutôt bien.

Ainsi le Canard fait parler un «banquier français» resté anonyme (c'est tellement plus simple) qui donne son avis. Le banquier masqué parle de «ratisser les gogos»  de «vecteur d'agent sale» , de «pyramide de Ponzi». Les créateurs du Bitcoin sont qualifiés de «fine équipe» et on prétend tout dire du mécanisme de la nouvelle monnaie en une phrase : «Ce sont les premiers arrivants qui empochent les dépôts des suivants». Le Canard mal informé explique que «chaque utilisateur reçoit en retour quelques fractions de Bitcoin». C'est faux, il n'existe aucune distribution automatique de Bitcoins. On lit encore, dans ce petit article merveille du genre, que «sa gestion est complètement opaque et on ne sait même pas qui est derrière». Or justement la caractéristique principale du Bitcoin est que sa gestion est entièrement transparente : toutes les opérations de transferts d'un compte à un autre sont collectées dans un grand cahier de compte que tout le monde peut lire et qui est vérifié par qui le souhaite. Alors qu'aucune banque, qu'aucun système de monnaie n'offre une visibilité sur ses comptes comme le Bitcoin, et ne permet à chacun de le vérifier, c'est lui qu'on accuse d'opacité !

Déchaînement

Depuis l'article du Canard des dizaines d'articles en Français et des centaines en Anglais, ont brièvement mentionné le Bitcoin, et, dans la majorité des cas, appelé à s'en méfier. Certains, heureusement, ont tenté de le comprendre et d'en expliquer le protocole. La Banque de France a publié le 5 décembre 2013 —cette fois officiellement— une note qu'on trouvera ici

Prétextant des conseils de prudence, elle se déchaîne contre la crypto-monnaie, en mélangeant tout et en montrant bien, encore une fois, que le Bitcoin gêne. Rendez-vous compte, si cela marchait et que se répande l'usage d'une monnaie ouverte n'ayant plus besoin des banques pour exister ; ce serait une catastrophe... pour les banques et ceux qui en leur sein s'attribuent des salaires mirobolants et des primes colossales, que pourtant aucun talent particulier, et aucun risque pris ne justifient.

Bien sûr, la presse Française unanime a repris des morceaux de la note de la Banque de France et, sans chercher bien souvent à la comprendre —on respecte la parole officielle—, a reproduit —recopié dans bien des cas— sa condamnation. Y compris quand la note de la Banque présente des arguments faux. C'est le cas par exemple quand elle évoque «des délais de transactions importants» pour les utilisateurs du Bitcoin. Il se trouve que les transactions en Bitcoins sont instantanées, contrairement aux transactions que vous pouvez faire par l'intermédiaire de votre banque. Il est quand même un peu étonnant que mentant sur ce qui est un point fort du Bitcoin, la Banque de France, qui devrait être compétente sur les monnaies, présente contre le Bitcoin ce qui est son meilleur argument : une transaction en Bitcoins se déroule sans délais. D'ailleurs du fait de son irréversibilité absolue le Bitcoin donne au récepteur de l'argent une garantie que les banques ne donnent pas quand vous recevez un versement. En effet, plusieurs jours après qu'une somme est apparue sur votre compte en banque, elle peut être retirée. C'est d'ailleurs un moyen pour de nombreux escrocs de faire fonctionner leurs combines. Avec le Bitcoin, ce risque disparaît.

Le comble dans le rapport de la Banque de France est ce passage.

«En limitant la quantité maximale de Bitcoins pouvant être créée et en faisant fluctuer le rythme de création au cours du temps, les concepteurs ont « organisé » la pénurie de cette monnaie virtuelle et lui ont ainsi conféré son caractère hautement spéculatif»

Il est faux que le rythme de création des Bitcoins fluctue. C'est le contraire qui est vrai. Le protocole du Bitcoin régule d'une manière fixée une fois pour toutes les émissions qui en seront faites et qui sont limitées pour éviter l'inflation. Elles sont faibles et décroissantes, elles ne fluctuent donc pas le moins du monde. On sait depuis la naissance du Bitcoin en 2009, qu'il y aura 21 millions de Bitcoins en tout, et que l'émission des nouveaux Bitcoins se fera selon un calendrier d'émission régulier sur lequel personne ne peut agir (car le protocole Bitcoin rend cela impossible). Avec le Bitcoin, vous êtes protégé de la planche à billets. Contrairement à toutes les autres monnaies qui peuvent, en fonction de décisions que vous ne contrôlez pas, être émises en grande quantité (ce qui en fait baisser le cours) le Bitcoin (un peu comme l'or, sur ce point) ne peut pas souffrir d'une création massive de nouvelles devises : c'est impossible. Parler d'une «organisation de la pénurie» quand pour le Bitcoin les règles d'émission interdisent toute manipulation de ce type (avec le Bitcoin il n'y a ni pénurie, ni émission massive) est un comble : le Bitcoin est sur ce point la plus rigoureuse de toutes les monnaies.

Traitement inégal

Énumérons quelques-unes des absurdités écrites et diffusées par les détracteurs du Bitcoin qui, bien souvent, ne comprennent pas sa composante cryptographique et les réseaux pair à pair sur lequel il se fonde. Cela prend la forme d'un traitement—invraisemblablement inéquitable—  dans la comparaison du Bitcoin avec, par exemple, l'Euro.

• Le fait que l'argent en Euro soit utilisé sous sa forme papier pour toutes sortes de trafics et de fraudes (car bien sûr on peut échanger des liasses de billets de façon parfaitement anonyme en Euros ce qui est bien commode pour mener des activités illicites) fait-il de l'Euro une monnaie d'escrocs et de fraudeurs du fisc ? Non, bien sûr. Pour le Bitcoin, c'est différent : qu'il soit utilisé comme moyen d'échange entre bandits ou fraudeurs du fisc doit nous rendre méfiant à son sujet et nous faire regretter la part d'anonymat que son protocole permet... et que toutes les monnaies papier permettent aussi (il serait bon d'en avoir conscience !).

• Le fait que d'honnêtes citoyens se fassent voler leur portefeuille dans lequel ils avaient laissé des billets de 50 Euros est-il un argument contre l'Euro ? Non, ce serait ridicule. Pour le Bitcoin, c'est différent : que certains détenteurs de Bitcoins se soient fait voler leurs Bitcoins qu'ils protégeaient mal sur leur disque dur, doit être retenu contre le Bitcoin.

• Le fait que des maladroits aient perdu une liasse de billets en Euro qu'ils ont oublié dans un sac sur une banquette de train ou qui ont été brûlés dans un incendie doit-il nous mettre nous en garde contre l'Euro ? Non, ce serait stupide. Pour le Bitcoin, c'est différent, si des étourdis jettent leurs Bitcoins ou les perdent cela prouve qu'il ne faut pas en acheter.

• Le fait que la spéculation s'empare de l'Euro et misant sur une baisse ou une hausse prochaine déstabilise son cours signifie-t-il qu'il faut bannir l'Euro ? Non, toutes les monnaies subissent les effets de la spéculation. Pour le Bitcoin, c'est différent, si des spéculateurs s'y intéressent cela doit vous en détourner.

• Le fait qu'on dépense des millions pour constituer et protéger des stocks d'or, pour imprimer des billets en Euros, pour protéger et déplacer tout cela, pour faire la chasse aux faussaires, en un mot pour créer et gérer la monnaie est-il une chose absurde qui doit nous faire renoncer aux monnaies courantes ? Non bien sûr, les avantages d'en disposer compensent ces coûts inévitables qu'impose le fonctionnement d'une monnaie. Pour le Bitcoin, c'est différent, si le mining (lié au mécanisme d'émission et permettant son contrôle) brûle de l'électricité, et que l'argent dépensé pour fabriquer des puces spécialisées dans cette activité est maintenant considérable, cela doit être qualifié d'absurde et de preuve supplémentaire que le Bitcoin est un monstre qu'il faut interdire.

Comprendre avant de condamner

Une fois les mauvais arguments éliminés que doit-on penser du Bitcoin ?

Bien sûr, le savoir est difficile, car le Bitcoin est une nouveauté que le monde économique n'a jamais expérimentée. Tous les parallèles proposés sont simplificateurs et aucun ne permet vraiment de savoir ce qui va se produire.

On trouvera ici (voir le Complément 7) un recueil de jugements catégoriques favorables et défavorables au Bitcoin. Ils illustrent à quel point le débat est ouvert et véhément.

Même les meilleurs économistes ne sont pas capables (comme d'habitude ?) de formuler un jugement clair, bien argumenté et unanime sur l'avenir du Bitcoin. Il est vrai que tous ne sont pas vraiment indépendants du système bancaire et du monde de la finance qui a tout à perdre au succès des crypto-monnaies. Bien évidemment, les détenteurs de Bitcoins ne sont pas non plus indifférents à son devenir !

Pour se faire un jugement mieux vaut essayer de comprendre soi-même de quoi il s'agit. Malheureusement la chose est difficile !

De nombreux textes didactiques expliquent les principes du Bitcoin. En plus de wikipedia et de cette foire aux questions vous trouverez dans le numéro de décembre 2013 de Pour la science et dans cet article qui va plus loin dans le détail des explications qui, sans trop entrer dans la technique (mais un peu quand même, c'est inévitable), font comprendre la logique du protocole Bitcoin.

La page de Michael Nielsen, dans un même esprit mais en s'adressant à des lecteurs disposant de connaissances de base en cryptographie donne plus de précisions sur la construction et les principes qui fondent la monnaie et en maintienne la tenue.

Seuil de complexité

La complexité du Bitcoin reste un problème. Il se trouve qu'elle est sans doute inévitable. Nous sommes ici dans une situation de passage de seuil —certains parlent de changement de paradigme, ou de rupture épistémologique— comme il y en a régulièrement en histoire des sciences et des techniques.

Les disciplines scientifiques et les réalisations techniques progressent, elles avancent d'un pas sûr et ferme, mais assez lent, ne produisant qu'à petite vitesse de nouvelles connaissances et des outils améliorés. Tout y apparaît au premier abord comme une minutieuse et patiente accumulation. Cependant, brusquement la totalité des petits changements rend possible —ou inévitable— l'apparition d'une idée, d'une technique ou d'un problème qui bouscule et renverse l'ordre établi et accélère le cheminement qu'on croyait tranquille. Après avoir appris à fabriquer des lentilles aux propriétés physiques et optiques de mieux en mieux maîtrisées, on finit par en assembler ayant de bonnes qualités... qu'on dirige (en 1609) vers le ciel. Toute l'astronomie en est changée. Après avoir construit des appareillages de plus précis d'étude de la lumière, on réussit (vers 1881) à en mesurer très précisément la vitesse... et on découvre qu'elle est constante et qu'il n'y a donc pas d'éther. La relativité en découle. Après avoir réfléchi à ce qui est logiquement possible et arithmétiquement observé de la transmission des caractères, après avoir affiné l'étude chimique des composants d'une cellule... on identifie avec certitude les molécules qui portent l'hérédité des êtres vivants. C'est la découverte de la structure de l'ADN (en 1953) et le début d'une nouvelle ère pour la biologie. Etc.

Je crois qu'il s'est produit quelque chose de la même nature dans le domaine des monnaies. La compréhension et la maîtrise de plus en plus fine et à des échelles de plus en plus grandes de ce qu'est la complexité d'un calcul —problème au centre de la cryptographie mathématique—, les avancées dans la conception et la production par milliards de processeurs de calcul portant des milliards de transistors chacun, la mise au point et le maintien en fonctionnement de réseaux informatiques de plus en plus robustes et étendus (dont les réseaux pair à pair, sans autorité centrale de contrôle), tout cela a rendu possible une monnaie d'un type totalement nouveau.

Le Bitcoin a certes été inventé par Satoshi Nakamoto (pseudonyme derrière lequel se cache probablement le cryptologue Nick Szabo de l'Université de Washington, voir ici ). Il n'en reste pas moins que tout était là pour que cette naissance puisse se produire. La compréhension mathématique, et les dispositifs techniques nécessaires pour que le Bitcoin existe n'étaient pas disponibles en 2000. Ils l'étaient en 2009 date de la mise en route de la nouvelle monnaie. Il est difficile de savoir si on aurait pu gagner 5 ans ou plus, ou si sans Nakamoto, il aurait fallu attendre encore quelques années, mais c'est certain, l'idée d'une crypto-monnaie sans autorité centrale a été rendue possible et inévitable tout récemment.

Le Bitcoin est complexe, car une telle monnaie ne peut pas exister sans cet agencement délicat de mathématiques et de technologiques informatiques. Le seuil à franchir pour qu'il devienne possible a été atteint. Aujourd'hui le Bitcoin est là. Le monde des banques et de la finance va devoir faire avec.

Virtuel, mais dur

Fondamentalement le Bitcoin est un objet complexe né sur un substrat complexe (celui des puces informatiques et des réseaux mondiaux). Pourtant c'est un objet dur. Il apparaît abstrait, virtuel, mais il est solide. Il n'existe nulle part précisément, mais une fois créé le détruire est très difficile. Il n'a pas de matérialité au sens usuel et il circule à la vitesse de la lumière, mais il est aussi résistant qu'une poutre d'acier. Depuis bientôt cinq ans qu'il existe, personne n'a pu le bousculer, ni même vraiment le faire vaciller. Le protocole fonctionne parfaitement et résiste à toutes les tentatives de perturbation ou de destruction qu'on ne manque pas de lui faire subir.

Pour qu'un Bitcoin existe, il faut que tous les Bitcoins existent, et que le réseau pair à pair sur lequel il s'appuie fonctionne. Il faut aussi que les machines dispersées à travers le monde qui maintiennent son cahier de compte —la Blockchain— fonctionnent et s'échangent des messages en grand nombre. Certaines peuvent tomber en panne bien sûr, mais le protocole est tel que cela ne trouble pas la belle horlogerie de l'ensemble. Vue de notre monde matériel, cette monnaie est incroyablement abstraite, mais elle existe aujourd'hui solidement, durablement. Le substrat technique est en définitive parfaitement robuste. Tout a été fait pour cela. Cet univers est aussi réel, persistant et dur que la terre sur laquelle vous marchez.

La robustesse du protocole mathématique, la sûreté des programmes libres qui le font fonctionner et qui ont été mille fois contrôlées par une communauté de programmeurs attentifs, la fiabilité globale des puces informatiques épaulées par une multitude de systèmes de correction d'erreur, la résilience des réseaux mettant en communication les machines dans le monde entier, tout cela façonne un monde aussi dur que le diamant, aussi permanent que la plus grosse des montagnes, aussi indestructible que la plus résistante des espèces vivantes.

Le Bitcoin est utile

Cette dureté est associée à une utilité réelle : coût de transaction minime ; anonymat presque total ; irréversibilité des transactions ; impossibilité de créer le moindre Bitcoin en dehors du protocole fixé. Le Bitcoin offre donc à ses utilisateurs des propriétés qu'aucune autre monnaie —sauf du même type, il y en a— ne peut offrir. Cela ne signifie pas que la Bitcoin est parfait en tout point (voir par exemple ici ou ici), mais cela suggère que la montée de son cours repose sur une véritable valeur d'usage s'ajoutant à une incontestable sûreté. Cela interdit qu'on parle à son sujet de bulle financière ou de pyramide de Ponzi.

La complexité de cette construction est un frein à son acceptation rapide (et il s'ajoute au frein de ceux dont l'intérêt est que tout continue comme avant... sans lui), mais sa dureté et ses qualités propres surmontent tout cela. En utilisant chaque jour notre téléphone portable, notre messagerie électronique, et mille autres applications liées aux réseaux, nous comprenons et sommes forcés d'admettre, même si nous en doutions au départ, que cet univers —dit virtuel— est réel. Ce monde des réseaux est réel, solide, stable, et il constitue un support sur lequel des millions d'activités et autant d'objets s'appuient, se développent et tiennent aussi bien que dans l'univers des maisons, des montagnes et du soleil. Nous finirons donc par comprendre et admettre qu'aussi abstrait, virtuel, immatériel, délocalisé, qu'il est (et il est tout cela) le Bitcoin existe bel et bien, quasi indestructible.

Un seuil de complexité a été atteint qui rend possible un nouveau type de monnaie ; même si cela dérange, personne n'y changera rien. Je ne crois pas que ses ennemis tueront le Bitcoin, mais si cela devait être le cas, une autre monnaie du même type apparaîtrait rapidement et viendrait se substituer à lui.

Le monde est prêt. Il n'y aura pas de marche arrière.


17 commentaires pour “Plaidoyer pour le Bitcoin”

  1. Alexandre This Répondre | Permalink

    Très bon article sur cette monnaie qui déchaine les foules. Je partage car il me semble important de rassurer (par la connaissance) les gens quand de plus en plus d'entreprises en accceptent l'utilisation.

    Une question néanmoins sur le stockage de cette monnaie. Récemment lors de la montée du cours du Bitcoin, de nombreux utilisateurs en stockant sur leur disques durs au moment de sa faible valeur se sont mordus les doigts en remarquant qu'en jettant un ordinateur usagé, ils avaient, de fait, jeté leur pactole (tout comme on perdrait son argent en jettant son portefeuille dans une décharge).

    Que pensez-vous du système de "porte monnaie" finalement très physique (car lié au disque dur) ? Il me semble que cela entraine quelque complications sur le nombre maximal de bitcoin en circulation. La monnaie pourrait-elle voir apparaitre des banques "virtuelles" reposant sur le système du Cloud ?

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Manipuler des Bitcoins est un peu plus difficile que manipuler des billets de banque.
      On peut le faire soi-même avec un porte-monnaie qu'on gardera sur son disque dur (ou son smartphone). Cela permet de bénéficier de l'anonymat, mais bien sûr il faudra être prudent :
      - ne pas oublier le mot de passe d'accès au porte-monnaie ;
      - ne pas effacer les données du porte-monnaie ;
      - ne pas jeter son ordinateur sans récupérer les données du porte-monnaie ;
      - être suffisamment protégé pour qu'on ne vienne pas sur votre appareil voler les données de votre porte-monnaie.
      Toute erreur conduit à la perte irrémédiable des Bitcoins !
      Une autre solution est d'avoir un compte en Bitcoins sur une plate-forme qui le permet. Dans un tel cas, l'anonymat est perdu et le risque est que ceux qui gèrent la plate-forme s'emparent du contenu des comptes et disparaissent (cela s'est déjà produit).
      Aujourd'hui, c'est un peu la jungle dans le monde des Bitcoins, mais on peut espérer (et certains y travaillent) que cela va se calmer et que tout le monde pourra un jour sans risque acheter et vendre des Bitcoins.

      Pour plus d'informations sur tout cela :

      http://blog.oleganza.com/post/47652601779/how-to-keep-your-bitcoins-safe

    • Benoit Répondre | Permalink

      Kitetoa explicite beaucoup plus son point de vue sur les pouvoirs des banques centrales dans les commentaires de son billet.

  2. Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

    Il est certain que si on prend des mesures pour empêcher les plates-formes de conversion de fonctionner, le Bitcoin deviendra moins intéressant.

    Ses qualités intrinsèques persisteront (transactions sans frais, irréversibles et instantanées d'un bout à l'autre de la terre ; total des devises impossible à manipuler ; robustesse du protocole, etc.) et il gardera donc une valeur d'usage importante sans équivalent dans le monde des monnaies et des moyens de paiement.
    De ce fait, sa valeur ne tombera pas à 0. Ce n'est pas du tout une pyramide de Ponzi !
    L'avenir n'est pas écrit. Tout dépendra de ce qui va se décider.

    -Est-ce qu'on attaquera violemment le Bitcoin ou pas ? On peut imaginer des réglementations qui limitent l'usage du Bitcoin, sans l'entraver complètement.

    - Est-ce que les attaques se feront en rangs serrés ou pas —tous les états ensemble ou pas— ? On peut imaginer que certains Etats l'acceptent et tolèrent par exemple chez eux l'existence de plates-formes de conversion. Le plus probable n'est pas que tous les Etats agissent violemment, simultanément et de la même façon contre le Bitcoin, et tout espace qui lui sera laissé contribuera à son succès. Il n'est pas impossible non plus qu'on comprenne que l'intérêt général n'est pas de l'interdire et que même s'il gène certains, il faut le laisser vivre.

    - Que vont proposer les autres monnaies cryptographiques ? Est-ce que certaines formes de monnaies cryptographiques (possédant à peu de chose près les mêmes qualités que le Bitcoin) ne pourraient pas être (au moins un peu) contrôlées et donc jugées acceptables par les Etats ?

    L'usage qu'on fera du Bitcoin, et donc son cour, sont liés à tout cela. Nul ne peut aujourd'hui savoir ce que vont décider les Etats. Il ne fait aucun doute qu'acheter aujourd'hui des Bitcoins est spéculatif ; personne n'affirme le contraire.

    Reste que la réalité du Bitcoin et la possibilité démontrée de l'existence durable et de la qualité des protocoles mis en œuvre avec le Bitcoin constituent une révolution dont on n'a pas fini d'entendre parler.

    Il existe pour de bon !

    (Ajouté le 18 décembre 2013. Le FSD (Financial Supervisory Authority) du Danemark vient de déclarer que :
    “Companies do not need permission to be able to establish their operation in Denmark if they want to run bitcoin Exchanges that also include exchanging real money”. On le voit l'existence de plates-formes d'échange permettant la conversion de Bitcoins en monnaies usuelles n'est pas vraiment menacée aujourd'hui. http://rt.com/news/bitcoin-denmark-regulator-unsafe-395/ )

  3. david statucki Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Merci pour votre information, vous l'avez dit "c'est un peu la jungle", je m'interroges sur la floraison des crypto-monnaies qui apparaissent et qui pour certaines d'entre-elles sont présentées comme des alternatives au Bitcoin, a-t-on déjà vu une monnaie disposant d'une possibilité "d'upgrade" (voir le Litecoin par exemple assez proche du Bitcoin mais présentant certaines améliorations selon la description qui en est faite) dans sa structuration fonctionnelle ?, c'est un peu flou pour moi. En tout cas un sujet intéressant à suivre, j'attends le mûrissement de " ce concept de monnaie " créé ex-nihilo, un beau laboratoire pour nos économistes non?.
    Amicalement

    • Jean-Paul Delahaye Répondre | Permalink

      Le Bitcoin lui-même possède une certaine souplesse d'ajustement (si, par exemple on découvrait une faiblesse dans un des algorithmes de signature ou de hachage qui sont essentiels à son bon fonctionnement, il est prévu qu'on puisse le changer).

      Le problème de savoir quel rôle vont jouer les crypto-monnaies concurrentes (il en existe déjà 60, dont une dizaine ayant une certaine importance ; voir http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_cryptocurrencies) est aussi délicat que celui de savoir quelles mesures pour entraver les crypto-monnaies seront décidées par les Etats.

      Le problème est un peu comparable à celui des artistes. Chaque artiste ne produit qu'une quantité limitée d'œuvres (comme il n'y a qu'une quantité limitée de Bitcoins), et, s'il est mort, on est certain qu'il n'y en aura pas de nouvelles. Ses œuvres ont une certaine côte liée à une multitude de facteurs (plus nombreux et complexes encore qu'avec les crypto-monnaies) qui varient de jour en jour. Quand un nouvel artiste est reconnu, il peut attirer sur lui l'attention des collectionneurs et des spéculateurs, ce qui dans certains cas se fera aux dépens des autres artistes, pouvant pourquoi pas en pâtir sérieusement. Il est très difficile de savoir à l'avance ce qui se passera.

      Pour les crypto-monnaies la situation est semblable par certains aspects. Les nouvelles créations, surtout si elles possèdent des qualités supérieures aux crypto-monnaies déjà bien installées, pourront voir leur côte s'élever plus rapidement, peut-être même dépasser les anciennes, peut-être même les faire baisser !

      Les différences entre le marché le l'art, et celui des crypto-monnaies sont nombreuses (les œuvres ne peuvent pas circuler sur les réseaux, et ont chacune une identité propre même si elles sont l'œuvre d'un même artiste ; on considère en général que les œuvres ont une valeur autre que celle que leur donne leur rareté et leur infalsifiabilité... qui n'est d'ailleurs pas totale ; etc.), cependant j'ai l'impression que pour comprendre les interactions qu'il y aura entre les différentes crypto-monnaies, le parallèle est utile.

      Il n'est pas exclu qu'une crypto-monnaie ayant des qualités sensiblement meilleures que le Bitcoin (par exemple concernant l'anonymat) puisse à terme lui faire beaucoup de mal. Il se peut aussi que la notoriété du Bitcoin et son avance sur les autres crypto-monnaies persistent dans le temps, faisant d'elle la crypto-monnaie majeure pour toujours.

      Tout est nouveau dans cet univers. Bien malin celui qui peut être certain de ce qui s'y passera demain.

  4. internaciulo Répondre | Permalink

    La question n'est pas de comprendre les algorithmes mathématiques, elle est de savoir si la monnaie est utile à l'économie

    Pour ma part, je reste du côté de Krugman, Keynes et Adam Smith
    http://www.nytimes.com/2013/12/23/opinion/krugman-bits-and-barbarism.html

    Le but d'une monnaie est de faciliter les échanges, pas de s'enrichir en spéculant dessus. Le Bitcoin est un délire, heureusement marginal.

  5. Simon Nordmann Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Votre article est véritablement intéressant, il est clair et passionné.
    Je ne suis pas informaticien et j'ignore donc comment fonctionne le Bitcoin avec précision, même si je comprends son organisation de base. Mais je crois être plus inquiet que vous sur le potentiel destructif du Bitcoin, et sur son bienfondé pour la stabilité de l'économie.

    Vous saurez probablement contredire les remarques suivantes, mais je vous les indique à toutes fins utiles.

    D'abord je doute de la grande utilité du Bitcoin :
    Le Bitcoin est certes utile pour réduire les coûts de transaction, mais on n'est pas obligé, en fidèle de Coase, de penser que ces coûts représentent l'alpha et l'omega de la croissance économique.
    Est-ce vraiment d'une baisse des coûts de transaction dont nous avons besoin aujourd'hui ? Est-ce que c'est ça qui réduira l'inégalité de revenus et surtout de patrimoine entre les ménages, qui facilitera la transition énergétique, qui créera un vrai besoin d'emplois productifs dans les pays occidentaux ? J'en doute.

    Par ailleurs cette réduction des coûts de transaction est un processus que nous menons depuis bien longtemps. L'euro comme monnaie unique, les rounds du GATT puis de l'OMC, les nouveaux moyens de paiement comme le chèque et la carte bleue etc... toutes ces "innovations" ont comme but principal la réduction des coûts de transaction et la création de nouvelles opérations d'échanges, et elles ne nous ont pas transporté dans un ère de prospérité.
    Je ne vois donc pas ici de révolution.

    Par ailleurs, le Bitcoin est potentiellement dangereux.

    Il l'est pour au moins trois raisons fondamentales : il institue entre personnes radicalement différentes un traitement identique, ce qui est inquiétant sur le plan du droit et de l'économie ; il affaiblit l'Etat, peut-être sciemment, mais au détriment du service public, du soutien de l'activité et de la redistribution ; il ajoute un facteur d'instabilité supplémentaire à un monde financier déjà insuffisamment régulé.

    D'abord le Bitcoin traite de façon identique tout le monde, tous anonymes. On peut se dire que c'est génial, que c'est cela véritablement l'égalité, la liberté etc... Or c'est exactement le contraire du principe d'égalité. Quand des personnes sont dans des situations différentes qui impliquent, pour des raisons de justice sociale, que le régime qui leur soit appliqué soit différent, alors imposer un traitement unique est contraire au principe d'égalité. Un riche qui paie autant d'impôts qu'un pauvre, c'est un régime unique, mais très éloigné des fondements les plus élémentaires de la justice sociale.
    Le Bitcoin ne prélève pas d'impôts, par conséquent convertir son argent en Bitcoin est très utile pour faire de l'évasion fiscale. Le Bitcoin traite indifféremment (du moins à ma connaissance) les ménages insolvables qui demandent un prêt, de ceux qui peuvent payer, ménages qu'une banque un peu diligente aurait distingués sans problème. Le Bitcoin n'a pas de système d'annulation de dettes (mais là encore je peux me tromper), n'intègre pas les suretés qui permettent de classer les créanciers, ne permet pas de distinguer les dettes légitimes des dettes odieuses etc... Le droit du Bitcoin est tout à fait balbutiant, et je doute qu'on puisse intégrer la justice et le juge dans un programme informatique qui n'a aucun attachement national (alors que les droits sont très largement nationaux).

    Sur le plan plus spécifiquement économique, il présente aussi nombre de dangers. D'abord, en offrant à tous la possibilité de faire de l'évasion fiscale, et de n'être pas prélevé par son pays sur la monnaie que l'on convertit, il soustrait à l'Etat une importante partie de ses recettes budgétaires. Par ailleurs il mine le rôle des banques et des banques centrales notamment, et affaiblit l'efficacité des politiques de relance ou de désinflation des Etats.

    Sur ce point, la réponse à Krugman, que vous avez montrée dans un lien au commentaire précédent, ne me convainc pas (ce lien là : http://www.forbes.com/sites/realspin/2013/12/30/paul-krugman-is-wrong-bitcoin-isnt-evil-but-monetary-stimulus-is/).
    Nier l'utilité des relances budgétaires et monétaires (surtout aujourd'hui alors que nous sommes en plein dans la trappe à liquidité et au bord de la déflation), pour en contrepartie idolâtrer le Bitcoin et en faire l'instrument de la liberté économique absolue, c'est je crois être plus qu'un néolibéral provocateur. Le Bitcoin, dont l'inflation décroissante est vouée à disparaître, empêche toute politique monétaire contra-cyclique.
    Par ailleurs je me méfie de ceux qui, comme le contradicteur de Krugman, adhèrent religieusement à la proposition des anticipations rationnelles de Lucas, et qui font des impôts et de la fiscalité une "arme", une "menace", alors qu'au contraire, il s'agit d'un liant qui unit notre société, qui permet de redistribuer les richesses, de proposer des services publics offerts à tous, de relancer l'activité quand le chômage est trop élevé (et nous avons torts je crois de ne pas utiliser le levier budgétaire aujourd'hui), et d'assurer la sécurité sociale des habitants.

    Enfin, le Bitcoin peut faire peur, comme la dérégulation des années 1980 a fait peur à juste titre. L'introduction des processus de titrisation (qui permettent de transformer des créances en titres négociables),des CDS nus (qui permettent de se couvrir d'un risque que l'on n'assume pas, autrement dit de faire des paris sur la survie ou l'effondrement d'une créance), et des crédits subprimes, a été faite avec les mêmes motifs que le Bitcoin : réduire les coûts de transaction, ouvrir les potentialités d'échanges, et faire confiance aux foules d'anonymes des marchés financiers, pour que l'ensemble soit stable et prospère. On connait le résultat.

    Quand on voit la volatilité actuelle du cours du Bitcoin, on peut raisonnablement penser que les risques de spéculation devenus systémiques en 2008, prendront à nouveau leur essor à travers cette monnaie virtuelle.

    Désolé d'avoir été long, mais j'ai essayé de recenser toutes les inquiétudes que m'évoque le Bitcoin, même si je suis un profane de la blockchain.

    Respecteusement,
    -

  6. Pierre Gayraud Répondre | Permalink

    Bonjour,
    Vous avez souvent dans vos articles signalé le gâchis énergétique du bitcoin. J’ai compris que pour remplacer le tiers de confiance, la solution était d’exiger une puissance de calcul telle qu’il soit physiquement impossible pour un malveillant de posséder 51% de cette puissance. Actuellement on distribue de l’ordre de 1 million de dollars par jour pour financer des gens qui le dépensent en grande majorité en électricité dans le seul but d’arriver à une dépense dissuasive.
    Vous avez évoqué dans vos articles d’autres solutions. A-t-on progressé sur ces aspects ?
    On envisage l’utilisation de la chaine de blocs pour des applications plus restreintes (gestions de contrats, gestion de cadastre...). Est-il possible de transposer à petite échelle cette dissuasion basée sur le gigantisme ?

    Personnellement je trouve amusant que le monde virtuel fasse appel au monde physique, et du dur, au moins la puissance d’un tiers de tranche nucléaire. D’ailleurs le lien avec cette barrière physique est-il si solide que cela, entre le cours du BTC qui varie, la rémunération des mineurs régulièrement divisée par 2, les commissions fluctuantes, les pools de mineurs ?
    Merci pour vos articles.
    Pierre Gayraud

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