Certains l’aiment chaud

30.08.2013 | par Vincent Devictor | Non classé

Retour de l'été. Il fait chaud.

Méditation sur le réchauffement du climat. Un article récent enfonce encore un peu plus le clou: le climat se réchauffe et les activités humaines contribuent à ce réchauffement selon le dernier rapport du GIEC.

Le thermomètre est un bon allié du scientifique pour mesurer cela.

Mais peut-on utiliser autre chose ? Le vivant par exemple, comment perçoit-il qu'il fait "plus chaud?".

Et le perçoit-il d'ailleurs ?

L'année dernière, j'ai voulu répondre à cette question avec un raisonnement simple. Certaines espèces aiment le chaud, d'autres préfèrent le froid. Tout le monde sait cela. Venez en méditerranée vous trouverez des espèces capables d'encaisser des températures intolérables pour les espèces qui vivent plus au nord. Inversement, il fait bien trop froid dans les régions froides du nord pour certaines espèces du sud. Soit.

L’intérêt de cette constatation est qu'elle se mesure facilement. Pour chaque espèce, on peut trouver son optimum de température et calculant la température moyenne de là où elle vit. On pourrait faire la même chose pour nous: les espagnols ont une température de vie plus chaude que celle des anglais.

Que se passe t-il si la température monte? Si les espèces sont insensibles, il ne se passe rien. Mais si les espèces "ressentent" cette remonté, celles qui préfèrent le chaud devraient en profiter. Il suffit donc de regarder si dans un assemblage d'espèces (mettons dans mon jardin) il y a un enrichissement en espèces qui préfèrent le chaud.

Là encore, cela se mesure très facilement: il suffit de faire la moyenne des préférences thermiques des espèces présentes dans mon jardin. Cette moyenne devrait augmenter si les espèces préférant le chaud sont de plus en plus abondantes.

Mise en pratique: cela est bel et bon mais comment "voir" cela concrètement.

Nous avons décidé de mettre en application ce raisonnement sur les oiseaux en France. Et, surprise, les oiseaux qui préfèrent le chaud augmente bel et bien autour de chez nous.

Capture d’écran 2013-08-29 à 12.50.10

Augmentation de la préférence thermique des communautés d'oiseaux en France

Ce graphique représente depuis 1989 jusqu'à 2006 l'augmentation des abondances locales des espèces qui aiment le chaud (qui ont une température préférée plus élevée). pendant cette même période, météo France enregistre une augmentation de 1°C des températures.

Cette courbe, est obtenue en observant les changements d'abondances de plus de 100 espèces d'oiseaux communs (le moineau, le merle, le rouge-gorge...) et après avoir calculé la préférence thermique de ces espèces. L'analyse qui résume ce qui s'est passé en moyenne dans plusieurs milliers d'assemblages d'oiseaux en France suivis avec le même protocole, porte le sceau de l'impact du réchauffement climatique.

Conclusion : la biodiversité est bien sensible à l'augmentation récente du climat. Reste à étudier les conséquences multiples de ces changements !


2 commentaires pour “Certains l’aiment chaud”

  1. janpol Répondre | Permalink

    Bien sûr, le thermomètre est l'outil indispensable pour "mesurer" un niveau de température. Mais depuis quand fonctionne-t-il ?
    Affirmer un réchauffement du climat revient à définir un maximum local sur une courbe de variation. Les extrêmes sont glaciation et fusion.

    Je me permets de nuancer votre réflexion sur le réchauffement dû à l'activité humaine. Il faudrait tout de même différencier le type d'activité concerné ... et de rapporter ceci au type d'individus concernés également.
    On peut facilement analyser que le plus gros prédateur de la biodiversité et le plus important acteur du dérèglement climatique, est identifié dans le fonctionnement industriel et la surconsommation qu'entraine un processus spéculatif. Les ethnies intelligentes savent encore gérer et entretenir la ressource en réglant les besoins de leur population.
    Qui dit spéculation ....

    La raréfaction du thon rouge et du cabillaud est-elle EXCLUSIVEMENT due au changement de climat ?

    Bref. Il s'agit de choisir rapidement le mode de vie adapté à l'évolution naturelle si l'espèce humaine veut survivre sur sa planète originelle.
    A moins qu'elle ne préfère dérégler d'autres planètes ? Mars, par exemple.

    Tout un état d'esprit à revoir ! Si la Nature disparait, l'Homme disparait !

    Mais si l'Homme disparait ... ouf ! la Nature respire !

    • Vincent Devictor Répondre | Permalink

      Merci pour ce commentaire pertinent. Il est très important en effet de rappeler que les sciences du climat font appel à plusieurs astuces pour mesurer, modéliser, projeter les variations des paramètres climatiques. Le thermomètre n'est que l'un d'entre eux, bien sûr, et de surcroit plutôt récent par rapport aux séries temporelles permettant de tester si les variations actuelles du climat sont comparables à ce qui a été observé dans le passé. Ce dont dispose les experts du climat c'est donc d'une panoplie de mesures et de résultats.

      Mais j'ose avancer que les paramètres en question sont d'une relative simplicité par rapport aux interactions et réactions possibles des espèces animales et végétales. En ce sens, il est aussi tout à fait juste de noter que les espèces réagissent non pas seulement à une ou quelques variables (comme la colonne de mercure réagit à la température à une pression donnée) mais à un faisceau de variables "abiotiques" (température, précipitations, altitude, salinité etc...) mais aussi "biotiques" (compétitions avec les autres espèces, prédation, facilitation...).

      Ces paramètres sont modifiés par les activités humaines. La surpêche, par exemple, est un facteur déterminant dans la dynamique de certaines espèces comme le thon rouge, très influencée par cette pression direct que par les variations climatiques.

      D'autres espèces de poisson en revanche, ont déjà vu leur distributions spatiales modifiées par le changement climatique récent, y compris des espèces exploitées comme le cabillaud. Globalement, le changement climatique agissant sur de larges échelles et sur de nombreuses espèces en plus des autres facteurs a un impact que l'on peut mesurer sur la plupart des groupes et des biomes de la planète.

      Ce qui est remarquable dans la réaction des assemblages d'oiseaux de ces 20 dernières années c'est d'observer que malgré la complexité de ces interactions écologiques on assiste bel et bien à une augmentation du caractère "thermophile" des assemblages. En moyenne, les espèces d'oiseaux se sont déplacées de 200km vers le nord en 20 ans.

      Enfin, les conditions écologiques biotiques et abiotiques des espèces est en constante dynamique. Les activités humaines posent problèmes lorsque leur intensité et leur rapidité ne coïncident pas avec la capacité de réponse des espèces.

      Ces travaux en écologie débouchent donc inévitablement sur une invitation à revoir nos choix de société

Publier un commentaire