L’anthropocentrisme est dépassé

03.12.2014 par Pierre Jouventin, dans Non classé

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La culture occidentale – maintenant mondialisée ! - est tellement centrée sur l’homme qu’elle ne se préoccupe plus de la nature, ni des êtres vivants si ce n’est pour les exploiter . Elle le fait avec d’autant moins de scrupules que nos cousins sont différents de nous par la peau, le sexe ou, pire encore, le nombre de pattes… Or, que ce soit pour la menace nucléaire, l’érosion de la biodiversité ou le changement climatique, les risques sont devenus tels que l’on ne sait plus où s’arrête la nature et où commence l’homme (cf. à droite une figure extraite du livre sur 'Les catastrophes écologiques' de François Ramade -un ami, professeur émérite d'écologie, abondamment traduit à l'étranger- montrant l'augmentation inquiétante des populations humaines au fil des années alors que les biomasses végétales et en premier lieu les produits de l'agriculture se réduisent relativement).

Défendre une espèce aussi haïe que le loup, c’est en quelque sorte témoigner que, pour éviter les catastrophes qui se préparent, il nous faudrait changer radicalement de perspective, renverser l’échelle des valeurs en respectant tout notre environnement y compris notre rival le loup… Ce raisonnement était déjà en 1870 celui de l’ornithologue américain Ian Macmillan : « Ce qui compte vraiment dans la sauvegarde des condors et de leurs congénères, ce n'est pas tant que nous avons besoin des condors, c'est que nous avons des qualités humaines qui sont nécessaires pour les sauver car ce sont celles-là mêmes qu'il nous faut pour nous sauver nous-mêmes ! »

La célèbre formule de Protagoras « L’homme est la mesure de toutes choses » qui fonde l’humanisme anthropocentré et le libéralisme se révèle à courte vue dans un monde fini où la nature, considérée jusqu’alors comme une ressource au service de l’humanité, est en voie d’épuisement. Nous vivons une époque sans précédent par le nombre d’habitants sur la planète. Certains comme moi s’inquiètent de cette densification et d’autres s’en félicitent, faisant une confiance aveugle en l’homme qui, jusqu’à présent, est toujours parvenu à rebondir. Pourtant, et alors que les nuages s’amoncellent sur nos sociétés technoscientifiques, le développement des connaissances comble de mieux en mieux le fossé qui séparait l’animal de l’homme car nous vivons aussi à une époque où une masse de données explique le monde qui nous entoure.

Grace à des savants comme Kepler, Newton, Einstein, les structures de l’univers et de la matière sont relativement bien connues. Pourtant ce qui me parait le plus significatif pour l’identité et le devenir humain dans cette révolution scientifique, c’est moins cette maîtrise de la physique -même des particules- que les avancées en écologie, éthologie, évolution, préhistoire, qui changent notre point de vue sur la nature et l’animal pour remettre en perspective notre place dans le monde. Paradoxalement, les avancées de l’astronautique et les clichés de la terre vue de l’espace nous ont faits nous interroger sur la fragilité de notre planète et l’avenir de notre espèce.

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4 commentaires pour “L’anthropocentrisme est dépassé”

  1. Diziet Sma Répondre | Permalink

    Bonsoir Mr Jouventin.
    Je trouve votre récent blog fort enrichissant et particuliérement abondé et pourtant j'ai un peu de mal à le faire rentrer précisément dans cette catégorie.
    Vous vous contentez en effet de reproduire des extraits de vos précentes publications en oubliant de surcroit d'échanger avec votre lectorat.
    Il s'agit là d'une critique constructive,destinée simplement à un enrichissement mutuel.

    • Pierre Jouventin Répondre | Permalink

      C'est vrai que je suis un peu débordé en ce moment et que j'ai voulu cependant lancer ce blog en faisant réagir les lecteurs : c'est en effet le cas avec vous !
      Vous êtes cependant injuste puisque j'ai déjà réagi deux fois aux lecteurs : l'une en corrigeant une petit erreur et l'autre en ajoutant un post-scriptum à ma biographie de Grothendieck.
      Cordialement,

  2. Diziet Sma Répondre | Permalink

    Bah ! N'en parlons plus.
    Je crois que ma réaction n'était que typiquement humaine après votre premier papier en hommage à Alexander Grothendieck,qui je vous l'avais écrit,m'avait particuliérement touchée par la justesse de son ton.
    Votre travail m'intéresse,Mr Jouventin.Je fais simplement partie de ces citoyens du 21ème siècle qui sont animés d'une curiosité parfois compulsive dans le domaine des sciences (et moins des technologies),et qui parfois hélas en arrivent à harceler,ceux qui comme vous en détenaient une parcelle bien maitrisée.
    Merci et à bientot.

  3. Pierre Jouventin Répondre | Permalink

    Merci pour vos compliments.
    Vous avez cependant remarqué que j'ai tendance à pointer les dérives de la science, non pas que j'en sois un ennemi -bien au contraire- mais parce que je pense que ses amis sont souvent scientistes, ce qui à notre époque de pollution et de changement climatique relève d'une autre époque.
    En outre, la confusion entre science et technologie amène à mettre sur le dos d'une activité au départ neutre bien des malheurs de notre temps.

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