QUI EST LE MEILLEUR AMI DE L’HOMME ?

03.04.2016 par Pierre Jouventin, dans Non classé

DomesChiens4290257_orig                        Après avoir été longtemps ignoré par la science du fait qu’il n’existe pas dans la nature, le chien se trouve au centre de débats qui nous concernent de prés. Descend-il seulement du loup ou d’autres espèces de canidés ont-elles été impliquées ? Est-il apparu seulement en Chine ou en plusieurs régions du monde à la fois ? Le chien est-il plus intelligent que le loup puisqu’il suit les indications de l’homme alors que le loup ne le fait pas ? Ce serait surprenant car, au cours du processus de domestication, un tiers du volume du cerveau a disparu chez le chien. Comment a-t-on transformé le redoutable loup en toutou ? Un généticien russe a montré qu’il fallait seulement quelques générations pour sélectionner des renards amicaux en laissant se reproduire les jeunes les plus dociles de chaque portée. Le chien est en réalité un loup qui demeure immature et qui obéit à son maître toute sa vie alors qu’un loup ne le fait systématiquement envers le leader de la meute qu’avant de devenir adulte.

C’est de loin le premier animal à avoir été domestiqué mais date-t-il de 8.000 ans comme on le croyait, du néolithique, de 20.000 ans ou même de 36.000 ans ? Les premiers loups, qui ont donné le chien, étaient-ils des loups commensaux qui suivaient l’homme préhistorique et se nourrissaient de ses restes de chasse ou bien des louveteaux capturés par les chasseurs à la tanière avant qu’ils ouvrent les yeux ? Je penche pour la deuxième solution qui permet une plus grande intimité avec l’animal: il s’intègre automatiquement aux humains par le phénomène d’imprégnation sociale bien connu en éthologie et qui explique les photos de Konrad Lorenz suivi de ses oies. Les vertébrés, qui vivent en groupe social permanent, ne connaissent pas leur espèce d’une manière innée et les jeunes considèrent comme leurs parents les êtres vivants qu’ils voient en premier. Dans la nature, c’est leur espèce, mais il est facile de se substituer à elle et de se les attacher.

Or un loup devenu membre d’un clan d’hommes préhistoriques devait considérablement augmenter l’efficacité de la chasse par son flair, sa rapidité, ses crocs, sa capacité à rabattre le gibier. Le loup est par nature un chasseur coopératif, comme l’étaient nos ancêtres dont la niche écologique était aussi la chasse en groupe coordonné des gros herbivores. Un loup dans un clan devait aussi permettre à ses maîtres de dormir tranquilles sans être surpris par un prédateur ou une bande rivale. Il devait même, et c’est une découverte que j’ai faite involontairement en élevant une louve, défendre sa famille d’adoption.[i] Vous pouvez voir sur le site qui porte mon nom en un seul mot la vidéo de notre louve devenue adulte : elle ‘sauve’ mon épouse qui se baigne en rivière et la ramène sur la berge plusieurs fois de suite ! J’ai pu observer un autre loup imprégné à l’homme qui défendait son maître contre l’attaque simulée par une tierce personne. Les loups s’entraident donc et cet altruisme s’est transmis à quelques races de chien, mais il n’a pas encore été observé dans la nature par les spécialistes du loup. Ce ne saurait tarder.

Pierre Jouventin (paru dans le N° d'avril de Pour La Science)

 

[i] Une louve dans ma famille, livre de P.Jouventin paru en 2012 chez Flammarion et Trois prédateurs dans un salon : le chat, le chien et l’homme, paru en 2014 chez Gibert.

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