A QUOI REVAIENT LES HOMMES PREHISTORIQUES ?

25.12.2016 par Pierre Jouventin, dans Non classé

« La question gênante du ‘Pourquoi ?’ est apparemment insoluble. Mais tous les problèmes ne le sont-ils pas tant qu’on ne s’y attaque pas ? »[i] Jean Clottes

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   Notre passé de chasseur de gros gibier en bande -unique chez les primates- constitue le cadre incontournable de la recherche en préhistoire car il explique la fascination des hommes de l’âge de pierre pour les grands animaux. Les peintures rupestres ont toujours intrigué par leur perfection artistique et naturaliste, qui surprend tant à cette époque reculée et démontre que nos ancêtres n’étaient pas les rustres que l’on a longtemps décrits et qu’ils connaissaient bien mieux les animaux que les hommes d’aujourd’hui. Dans la grotte d’Altamira, le découvreur espagnol de ces peintures est d’ailleurs mort sans avoir pu faire admettre aux préhistoriens de l’époque qu’il n’était pas un faussaire… Ces gravures rupestres surprennent par la quasi-absence de paysages, de végétaux, d’humains (si ce n’est des vénus callipyges et des sexes féminins pour des raisons probablement sexuelles et reproductrices dans un monde où la fertilité était la condition de survie du groupe social). Ces représentations d’un autre temps étonnent surtout par la surabondance de grands animaux détachés du contexte comme des icônes. Dans la grotte de Lascaux, 600 animaux sont peints ou gravés… et un seul homme !

Dans l’une des grottes de la Chapelle-aux-Saints, a été inhumé en position de chien de fusil un homme de Néandertal d’une cinquantaine d’années. Or, il est handicapé par une luxation de la hanche qui l’empêchait de chasser et il devait nécessairement être nourri par ses congénères, ce qui prouve que ces hommes préhistoriques disparus et musculeux étaient des êtres plus que sociables, contrairement à ce qui a été avancé pour expliquer leur disparition... Sur sa poitrine, reposait un os de la patte d’un bovidé avec les phalanges en connexion, et, à proximité, on voyait une pointe moustérienne en jaspe, plusieurs os et une corne de bison. Sur sa tête, étaient posés des os plats d’animaux et autour était répandu de l’ocre rouge. Sous ses pieds, se trouvait un beau racloir. Plus en arrière, avaient été disposées des vertèbres et des mâchoires de renne, ainsi que des os brisés et retouchés en pointes comme des armes rudimentaires. Comment ne pas en déduire que ce cousin de l’homme moderne, qui pourtant ne dessinait pas, aidait les handicapés, vénérait déjà ses morts par des sépultures et s’interrogeait sur leur destin ? Pourtant, des préhistoriens américains estiment que ces objets n’étaient pas des offrandes : les néandertaliens ont longtemps été considérés comme des bêtes, puis au contraire comme ‘une autre humanité’ pour reprendre l’expression de Maryléne Patou-Mathis, et ils sont ainsi à nouveau rétrogradés…  Cependant ailleurs, un autre néandertalien tient dans sa main une ramure de cerf, ce qui est manifestement un rite funéraire.[ii] La découverte récente d’énigmatiques structures réalisées par des néandertaliens primitifs à partir de stalactites et à plus de 300 mètres de l’entrée de la grotte de Bruniquel dans l’Aveyron démontre qu’à défaut d’art figuratif, la société néandertalienne était bien plus sophistiquée que nous l’avons imaginée et cela dès ses débuts puisque la datation est ahurissante : 176.500 ans ![iii] Bref, il va falloir changer notre vision des autres humains puisqu’a été récemment aussi mis à jour une coquille de moule gravée d’un motif géométrique par un Homo erectus, donc un homme primitif, il y a un demi-million d’années...[iv]

Dans ces polémiques sur le statut des humains anciens ou des animaux par rapport à l’homme moderne, notre cerveau binaire nous induit probablement en erreur et crée des faux-débats : tout dépend de ce que l’on entend pour chaque mot-clef. Il y a toujours un mot réservé à notre espèce comme culture, art, langage, intelligence, morale, et son ersatz attribué à l’animal ou à l’homme primitif comme protoculture, sens esthétique, communication, capacité cognitive, mœurs. Le sens fort est généralement considéré par les philosophes comme propre à l’homme et distinct du sens faible alors que les éthologistes voient une continuité entre ces deux niveaux. Les néandertaliens ne pratiquaient certainement pas la théologie mais leurs sépultures font montre d’une indéniable religiosité : c’est une question, selon les mots de Darwin, de degré plus que de nature, de nuances plus que de présence ou absence…. Cet aller-retour entre hypothèses de travail des préhistoriens sur les capacités plus ou moins développées des néandertaliens est une démarche habituelle en sciences où le débat entre spécialistes permet d’affiner l’argumentation et de rapprocher les positions de chacun en fonction des  nouvelles données. La difficulté réside dans le fait que nous n’étions pas là et que nous pensons différemment : il n’est pas facile maintenant d’interpréter ces sépultures collectives néandertaliennes et encore moins les nombreuses peintures plus récentes des hommes de Cro-Magnon, les premiers Homo sapiens qui aient vécu sur le continent européen. Mais l’analyse d’ADN et les méthodes récentes de datation permettent de répondre de mieux en mieux à des questions qui paraissaient insolubles. Ce qui est indéniable, c’est que les animaux chassés ou chasseurs sont omniprésents dans les représentations préhistoriques. Ce n’étaient pas nécessairement les espèces communes à cette époque qui étaient dessinés sur les parois des grottes, comme les paléontologistes ont pu le constater par les ossements animaux trouvés dans les mêmes régions. Ce n’étaient pas non plus nécessairement celles qui constituaient le menu habituel des hommes préhistoriques, par exemple les végétaux, les œufs ou les petits animaux, collectés sans gloire par les femmes, mais le plus souvent des gros mammifères pour l’obtention desquels il fallait risquer sa vie. C’était, me semble-t-il, seulement les animaux qui faisaient rêver les chasseurs et qui constituaient la proie la plus recherchée par ces spécialistes de la mégafaune, obsédés par la traque du gros gibier qui imprégnait toute leur culture et assurait leur descendance.

Les spécialistes de la préhistoire ont invité des pisteurs sud-africains comme les San du Kalahari pour interpréter les traces et les peintures rupestres avec les yeux neufs de chasseurs de gros gibier. Un demi-siècle d’observations de l’animal dans son milieu m’a aussi appris à me mettre à la place de mon sujet d’étude, aussi différent soit-il de moi. Les hommes du passé avaient la même fascination que l’éthologiste de terrain pour l’animal et son comportement qu’il fallait aussi comprendre et prédire pour le maîtriser car la survie et le prestige en dépendaient. Les soi-disant ‘hommes des cavernes’ ne vivaient pas sous terre mais en petits groupes familiaux sous des huttes de peaux. Ils nomadisaient, non pour faire du tourisme pédestre mais pour suivre les migrations des proies dont ils dépendaient pour manger. La connaissance, qui s’accroit chaque année, des hommes préhistoriques permet de connaître leur mode de vie décrypté par la paléoclimatologie et la paléontologie, les méthodes de datation et d’analyse (pollen, coquilles, etc…) s’étant considérablement perfectionnées.

Dans ce monde où l’homme se sentait certainement bien faible, il y avait peu d’humains, longtemps quelques dizaines puis centaines de milliers pour la planète, alors qu’il y avait des centaines de millions d’animaux omniprésents qui constituaient des sources de nourriture mais aussi de danger. La proportion d’hommes et d’animaux était donc inverse de celle d’aujourd’hui. Les grands animaux se trouvaient nécessairement au centre de l’imaginaire cynégétique, comme en témoignent les 10% de représentations d’animaux fléchés perdant leur sang ou leurs viscères. Les chasseurs, comme les humains actuels qui cherchent un gagne-pain, étaient obsédés par leur survie et celle de leurs proches, c’est à dire à cette époque par la chasse, mais pas de petites bêtes qui constituaient leur ordinaire puisqu’ils étaient spécialistes des grosses qu’ils convoitaient. S’ils parvenaient à l’approcher en s’identifiant à lui ou à un grand prédateur, s’ils parvenaient à le tuer en apprenant les techniques de traque et d’abattage, ce gros gibier assurait à leur clan l’abondance et, à eux, la reconnaissance sociale avec le prestige du chef et vraisemblablement l’accès à plusieurs épouses. Pour atteindre ce but à la fois réaliste et mythique de l’abattage d’énormes mammifères, ces cérémonies souterraines devaient avoir plusieurs fonctions entremêlées. Ce pouvait être des mises à mort symboliques pour prendre possession à l’avance des grands herbivores et à la fois pour capter magiquement la force des grands carnivores que les chasseurs essayaient d’imiter et qu’ils représentaient à côté (totémisme ?). Ce devait être aussi pédagogique pour apprendre aux jeunes et aux maladroits où se trouvent les centres vitaux à atteindre et répéter les gestes qui tuent sans que l’on soit tué. Ce devait être aussi cathartique pour transcender le groupe et le souder en vue de la chasse mais aussi de la cohésion tribale indispensable à cette acmé.

Des visites se déroulaient dans les entrailles de la Terre, dans ces cavernes ornées où l’on ne pouvait vivre tant elles étaient profondes, humides, sombres, mal aérées, froides, bref inhabitables. Les représentations des énormes bêtes, qui apparaissaient à la lumière mouvante des torches, devaient effrayer et impressionner l’assistance plongée sous terre dans le silence et l’obscurité. Etaient-ils des temples d’initiation à la chasse collective du gros gibier, l’activité la plus utile et la plus difficile, celle qui était au centre de la vie sociale, qui devait procurer la gloire au chasseur victorieux et la mort à ses compagnons malchanceux, bref admirons-nous aujourd’hui les fresques de sanctuaires montrant les entités mythiques vers lesquelles convergeaient tous les espoirs, les projets et les rêves de ces hommes du passé ? C’est plus que probable, mais tant d’interprétations fantaisistes ont été données que l’on comprend la prudence des préhistoriens. Il est évidemment difficile de se représenter un temps et un monde où les valeurs étaient inversées par rapport aux nôtres, puisque les animaux étaient innombrables et redoutables mais les hommes rares et faibles... Pas plus que les masques africains, ces peintures rupestres n’étaient vraisemblablement considérées par leurs auteurs comme des œuvres d’art, ainsi qu’aujourd’hui nous les admirons dans un contexte complétement différent et comme cela  a été interprété d’abord. Cette maîtrise du graphisme naturaliste visait plutôt l’identification à l’animal vénéré dont il fallait prendre possession dans les deux sens du terme. Ainsi que le prouvent les détails de ces dessins faits de mémoire, les grands mammifères constituaient des êtres parfaitement connus dans leurs mœurs, leur anatomie et leurs points faibles. Ils étaient donc certainement aussi mythiques, d’où ces représentations hors de tout contexte naturel, comme dans un rêve. Comme on l’observe aujourd’hui chez les derniers peuples chasseurs-cueilleurs, des rites magiques devaient tenter de les rappeler à chaque printemps pour assurer une bonne chasse et/ou donner prise sur eux puisque quelques hommes mi-bêtes (sans doute des sorciers-chamans) sont parfois représentés. Pour l’abbé Breuil, grand préhistorien du début du XXe siècle, l’art rupestre était une pratique magique destinée à s’assurer une bonne chasse. D’après les empreintes, on sait que des adolescents participaient à ces cérémonies. Ces cavernes obscures éclairées par les torches, où apparaissaient sur les parois des animaux impressionnants peints d’une manière réaliste et en pleine action - souvent en utilisant les reliefs de la paroi pour faire sortir le dessin du mur- pouvaient donc constituer des salles de spectacle préhistoriques, des lieux d’initiation pour les futurs chasseurs et de culte où des cérémonies apparemment dansées et chantées avaient lieu. Mais il n’est pas possible de rendre compte ainsi de toutes les représentations car certaines se trouvent dans des recoins où un homme seulement pouvait se glisser. Michel Lorblanchet, spécialiste de l’art préhistorique le résume ainsi : « Ces grottes seraient donc comparables à nos églises et cathédrales : à la fois des lieux de rassemblement où se célèbrent des cérémonies collectives, où figurent aussi des grandes fresques et des vitraux, et où l’on trouve aussi de petites cryptes destinées aux prières individuelles, à la communication personnelle avec les dieux ? ».[v]

Les grandes fresques se trouvent dans des salles où plusieurs dizaines de spectateurs pouvaient tenir. Nous touchons là à l’origine de la musique et à sa signification adaptative. Pour quelle raison le goût pour la musique, si rare chez les mammifères, a-t-il été sélectionné au cours de notre évolution originale de primates chassant en équipe du gros gibier ? Des chercheurs de l’université de Vienne ont cherché à découvrir ce qui rend la musique universelle. Pour cela, ils ont entré dans leur ordinateur des centaines d’enregistrements issus du monde entier et ont mis en évidence que 18 caractéristiques musicales étaient communes, qui touchent à la hauteur des sons, au rythme ou au contexte social. Ils ont conclu que le rôle originel de la musique était de favoriser la cohésion du groupe… Bien des observateurs ont remarqué que la disposition des salles souterraines et des peintures rupestres se prête à une exhibition devant un groupe dans l’obscurité, la première salle éclairée par le jour n’étant généralement pas décorée. Les emplacements des scènes de chasse coïncident parfois avec l’endroit de la grotte où les sons sont amplifiés ou génèrent des échos. On y a d’ailleurs découvert des instruments de musique comme des rhombes (lamelles qui vrombissent quand on les fait tournoyer au bout d’une corde), des racleurs (en os et en bois de renne) et des flûtes (42.000 ans pour celle de la grotte de Geissenklösterle en Allemagne) ou tout simplement on y a trouvé des stalactites qui ont été percutées en des points sonores, la calcite ayant, depuis, figé ces traces probables de concert préhistorique !

Les préhistoriens David Lewis-Williams[vi] et Jean Clottes prônent une interprétation chamanique qui constitue une variante de cette fonction magique de la chasse, si séduisante. Il existe des indices possibles de culte de l’ours, à Chauvet par exemple. Plus près de nous dans le temps, a été trouvé l’homme-lion de Stadel, une sculpture en ivoire de mammouth à corps d’homme et tête de lion. Or, une autre en modèle réduit a été découverte à 50 km de là ce qui suppose un culte. Ces divinités étaient-elles invoquées pour s’imprégner de la force des grands carnivores et parvenir à abattre comme eux les grands herbivores sans y laisser la vie ? Ces cavernes ornées étaient donc probablement des temples de la chasse, toutes les populations connues de chasseurs-cueilleurs pratiquant ce culte.

La confirmation de cette interprétation de ce que nous appelons aujourd’hui l’art préhistorique est peut-être la découverte d’un site turc à la charnière entre nomadisme et sédentarité. Au début du Néolithique, il y a 8 à 13.000 ans selon les régions, quand probablement les chasseurs-cueilleurs ont de plus en plus de mal à trouver du gibier, qu’ils passent à l’agriculture et à l’élevage avec sédentarisation, qu’ils disposent enfin d’une source abondante de nourriture et dépendent moins de la chasse, les hommes apparaissent enfin dans les représentations rupestres. Surtout, ils deviennent plus grands que les animaux, comme à Göbekli Tepe en Anatolie.[vii] A Urfa dans l’actuelle Turquie ou en Corse dans les sociétés agricoles qui succèdent, les statues d’hommes deviennent même plus grandes que nature… Le rapport homme/animal s’est donc inversé et il le restera jusqu’à  nous : l’homme n’aura plus peur, ni vénération, ni respect pour l’animal qu’il domine dorénavant.

En se plaçant maintenant sur un plan psychologique, ce passé de chasseur en groupe d’énormes proies permet d’expliquer pourquoi notre espèce place toujours, parmi les plus hautes vertus morales, l’altruisme et la solidarité, traits comportementaux peu développés chez les singes mais indispensables chez les carnivores sociaux. Ces comportements communs d’entraide n’avaient pourtant pas les mêmes bases physiologiques chez les hommes, où l’acquis prime, que chez les carnivores où l’inné prédomine. Bien que primates nous-mêmes, nous avons donc hérité pour compenser cette lacune de primate d’un don pour l’apprentissage social et la culture unique à ce degré dans le monde animal, alors que chez les carnivores sociaux, les comportements sociaux sont majoritairement instinctifs. Un lion ou un loup est nécessairement très sociable et affectueux avec ses proches alors que l’altruisme semble à dominante apprise dans notre espèce, donc à base plus fragile... D’où le besoin d’entretenir ce culte de la chasse par des cérémonies et cette cohésion indispensable à cette grande activité collective par des rites et des lieux de culte qui constituent le dernier vestige d’une époque, si différente depuis 10.000 ans de la nôtre que nous avons du mal à l’imaginer, et où la connaissance des mœurs des animaux était vitale.

Comment cette mutation comportementale vers plus de coopération s’est-elle mise en place chez nos ancêtres lointains ? Sans doute, au début de leur colonisation des espaces ouverts, les humains étaient-ils aussi égoïstes et peu coopératifs que n’importe quel primate. Mais, pour survivre dans ce milieu ouvert et ce mode de vie nouveaux pour un singe, ils ont dû associer le naturel et le culturel, c’est à dire à la fois apprendre à s’entraider et être sélectionnés pour faire front commun contre les lions, les lycaons ou les hyènes. Ainsi sont-ils parvenus à se défendre à plusieurs contre un ennemi plus fort, puis peu à peu à rivaliser avec lui grâce à des armes meurtrières à distance jusqu’à lui ravir sa proie. Comme chez n’importe quelle espèce, l’inné et l’acquis ont fonctionné en synergie et non en opposition, mais dans le cas particulier de notre espèce où les instincts sont faibles, il a fallu inventer des rites pour amplifier culturellement les nouveaux comportements absents jusqu’alors chez les primates, comme la solidarité. D’où ces lieux de culte de la chasse, activité centrale du groupe qui nécessitait la coopération et qui soudait le clan. Bref, ces cavernes ornées, étrangères à nos préoccupations d’aujourd’hui mais qui nous émeuvent toujours, sont, me semble-t-il, des temples de la nature nourricière, du courage et de la solidarité.

 

Extrait du livre de Pierre Jouventin paru en 2016 chez Libre & Solidaire 'L'homme, cet animal raté - Histoire naturelle de notre espèce'

 

[i] Jean Clottes, Pourquoi l’art préhistorique ?, éditions Gallimard , 2011, p.11-12.

[ii] Renseignements fournis par Hélène Porte du Musée de la Chapelle-aux-Saints.

[iii] J.Jaubert et al, Early Neandertal constructions deep in Bruniquel cave in southwestern France, Nature,  en ligne le 25 mai 2016.

[iv] Dans la tête de Néandertal article de Kate Wong dans Pour la Science de juillet-septembre 2016, p.59.

[v] L’art des premiers hommes, interview de Michel Lorblanchet, dans Révolution de nos origines, livre collectif dirigé par Jean-François Dortier, éditions Sciences Humaines, 2015, p.168.

[vi] D. Lewis-Williams, L’esprit dans la grotte. La conscience et les origines de l’art, Le Rocher, 2003.

[vii] Klaus Schmidt, Le premier temple Göbekli Tepe, 2015, livre paru aux éditions du CNRS.


Un commentaire pour “A QUOI REVAIENT LES HOMMES PREHISTORIQUES ?”

  1. Jacques PRESTREAU Répondre | Permalink

    Excellent billet !

    Pour une lignée animale (le genre Homo) qui est originaire du continent le plus chaud et le plus aride de la planète et qui est la seule lignée animale à avoir acquis non seulement la maîtrise du feu mais aussi la compréhension d'une nécessité d'habillement (de toute évidence par des matières essentiellement animales au début) afin de supporter un climat continental européen (et asiatique) radicalement différent du climat africain des origines de par ses extrêmes notamment en hiver (une saison quasi-inexistante en Afrique), je pense que cette maîtrise du feu non seulement à des fins de consommation mais aussi à des fins de meilleure conservation sur plusieurs semaines, ainsi que cette nécessité d'une pratique de l'habillement... ont du certainement être aussi deux facteurs déterminants dans le développement de l'altruisme et de la solidarité chez cette lignée vraiment particulière parmi les primates. L'habillement de peaux animales a très certainement été un moyen d'abord d'approcher de plus près les proies (en s'habillant des mêmes peaux que la proie chassée, non seulement pour le mimétisme visuel mais aussi pour le mimétisme olfactif), puis le groupe devenant de plus en plus nombreux avec l'efficacité de la chasse, il me semble probable qu'il a fallu ensuite partager les tâches, les hommes ne pouvant à la fois être à la chasse et à la fabrication des vêtements nécessaires pour le mimétisme cynégétique... et pour supporter les températures européennes automnales et hivernales. J'ai la conviction que le développement de l'habillement (une pratique totalement unique dans le monde animal) a été un facteur considérable non seulement dans l'efficacité de la chasse mais aussi dans l'apparition d'un tissu social fondé sur l'altruisme, la solidarité et le partage progressif d'un nombre de plus en plus important de tâches.

    Ce n'est qu'un avis. Mais je pense qu'il y a matière à réflexion et à débat intéressant...

    Je me pose aussi la question de la difficulté de la conservation des viandes sur le "long" terme (je mets "long" bien sûr entre guillemets). Les grottes ont servi à ces peintures représentatives de la chasse mais il me semble que les hommes du paléolithique européen et asiatique ont du assez rapidement comprendre que les entrées (qui sont effectivement vierges de toute peinture) des grottes devaient aussi être de meilleures zones de conservation des viandes que tout autre endroit à l'extérieur des grottes. Les habitations étaient certainement hors des grottes, cela devient aujourd'hui de plus en plus évident... mais la présence de grottes à proximité devait peut-être aussi être une bonne solution non seulement pour l'expression des rêves des chasseurs et de probables rites et séances pédagogiques... mais les 15 à 20 premiers mètres de ces grottes et autres abris rocheux devaient aussi être une bonne solution pour la conservation sur plusieurs semaines des viandes des très grandes proies après première cuisson avec pour résultat un minimum de fermentation et une limitation du parasitisme par les mouches et autres diptères.

    Qu'en pensez-vous ?

    Très cordialement!
    Jacques

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