6 739 mètres : record mondial de séjour en altitude pour un mammifère

Le mammifère terrestre le plus haut du monde est une souris qui réside dans les Andes et fréquente le sommet du volcan Llullaillaco à 6739 mètres d’altitude dans le Nord du Chili (1).

Les conditions de vie limite ont toujours été un objet de fascination car elles supposent de la part des organismes des adaptations hors du commun. En très haute altitude les vertébrés endothermiques doivent en particulier surmonter deux obstacles : l’hypoxie ou réduction de l’oxygène dans l’air, et les très basses températures. Il n’empêche que, souvent qualifiés d’alpins, des oiseaux et des mammifères ont acquis des capacités physiologiques qui leur permettent de séjourner près des sommets des différentes chaines de montagne du globe. 

Pour les mammifères, on s’accordait à considérer  jusqu’à ce jour que les plus hautes espèces pouvaient habiter les hauteurs entre 5200 et 5800 mètres. Un record avait été attribué à un pika (Ochotona macrotis), petit lagomorphe, observé en 1921 lors d’une expédition à 6130 mètres d’altitude sur les flancs de l’Everest.

C’est dans les Andes,  que ce record  vient d’être battu par un un rongeur cricétidé du genre Phyllotis, dit « souris jaune à grandes oreilles » dont le poids ne dépasse pas 55 grammes. 

Comme le montre cette vidéo, ce fut une découverte haletante pour les chercheurs, alors que le petit animal de son côté tentait de leur échapper avec une étonnante vivacité  https://news.unl.edu/newsrooms/today/article/mighty-mouse-storz-discovers-world-s-highest-elevation-mammal/

Cette espèce est présente dans toute la Cordillère des Andes du Nord au Sud, depuis les plages du Pacifique jusque aux hauts plateaux  de 5000 mètres, au Pérou, en Bolivie, en Argentine et au Chili aussi. 

Les premiers indices de la présence dans des stations plus élevées datent de 2013, après que furent mis en place des systèmes de piégeage physique et  des caméras vidéos espions.   

Ce n’est que plus récemment qu’un groupe d’alpinistes-zoologistes a pu poursuivre jusqu’au somment du volcan et capturer trois spécimens de cette bestiole 

A gauche le Llullaillaco, deuxième volcan actif au monde (cliché Jay Storz) et la souris jaune, sa résidente à l’année (cliché Marcial Quiroga-Carmona)

 

Il faut reconnaître que c’est maintenant que le travail scientifique va commencer. Il s’agit du maintien en captivité et en bonne santé dans de bonnes conditions du petit animal, d’une certaine façon sevré d’altitude, et des études sur son métabolisme, en particulier. l’ hémoglobine.  

Des études précédentes outre sa filiation génétique, on ne sait guère qu’une chose : pour son régime alimentaire l’animal n’est guère difficile. Tout fait ventre pour lui, baies, fruits, insectes, graines et herbages. Cette diversité dans le choix du menu du jour est sans nul doute un atout. Il est aussi très prolifique. Se reproduira-il en captivité ? 

Rien n’est moins sûr et pour l’heure son signalement ne s’inscrit qu’à la rubrique des exploits sportifs utiles. Tout reste à faire pour que soient compris et mis en musique son système sanguin et plus généralement son métabolisme. Que vont-ils nous apprendre ? 

  1. J.F. Storz et al. Discovery of the world’s highest-dwelling mammal. Proceedings of the National Academy of Sciences. Published July 16, 2020. 

doi: 10.1073/pnas.2005265117.


Un commentaire pour “6 739 mètres : record mondial de séjour en altitude pour un mammifère”

Publier un commentaire