A mes vaches, j’offre le parfum Antilope N° 5


Ce slogan publicitaire, on pourrait le diffuser chez les éleveurs de bovins de l’Afrique subsaharienne. Leurs troupeaux sont décimés par les maladies transmises par la mouche tsétsé. Une nouvelle technique propose de faire porter aux vaches un collier diffuseur d’un répulsif qui éloigne les insectes piqueurs. La composition de cette fragrance imite celle émise par l’antilope kob qui vit dans le même environnement que les animaux domestiques                                          et les protège de l’infection. L’adopter signifie vacciner les animaux domestiques contre un mal endémique en utilisant un subterfuge que la faune sauvage a sélectionné.

Antilope kob dans le bush et vaches avec leurs colliers anti tsétsé

Antilope kob dans le bush et vaches avec leurs colliers anti tsétsé

 

Vecteur de trypanosomes qui provoquent le nagana, maladie aussi invalidante et mortelle chez le bétail que ne l’est la maladie du sommeil chez les humains, la mouche tsétsé fait des ravages dans les troupeaux de bovins d’Afrique Centrale et du Sud et limite l’extension de leur élevage. « Demandons conseil aux antilopes » se sont dits les éleveurs qui savent que les grands herbivores sauvages sont peu affectés par ce mal.

 

Il se trouve que les antilopes non seulement appartiennent à la grande famille des bovidés comme nombre d’espèces domestiquées, mais de plus fréquentent le bush, ce même milieu, où s’est développé l’élevage des vaches et des bœufs au Kenya et dans les reste de l’Afrique, pour le lait que la viande, et que l’on utilise aussi dans les travaux des champs. Les mouches piqueuses friandes de leur sang les suivent à la trace et leur transmettent des trypanosomes vecteurs de maladie qui font des ravages dans leurs rangs. Jusque là pour s’en défendre, les paysans n’avaient pour seul recours que d’installer des pièges à insectes dispersés dans la brousse, ou d’allumer des fumigènes à proximité de leurs bétails pour les éloigner.

 

S’ils ont porté leur regard sur l’antilope kob, c’est parce qu’elle n’est pas affectée par les maladies et qu’elle est aisément repérable par la forte odeur de musc qui en émane. Et ils ont découvert que ce fumet très particulier qui se dégage de son pelage comporte une série de composants qui éloignent les mouches piqueuses et les protègent de leur agression. Et c’est ainsi qu’ils ont été amenés à en analyser la chimie pour la reproduire.

 

L’étude de ce composé complexe effectué, les mêmes molécules ont été utilisées pour fabriquer des doses de répulsif dont on garnit des petits réservoirs diffuseurs attachés aux colliers des bœufs et vaches.

L’efficacité de la méthode préconisée se révèle dans les chiffres : 80% des animaux équipés ne développent aucune maladie parasitaire provoquée par les trypanosomes transmis par la mouche tsétsé. Pour ce qui est des animaux utilisés pour la traction de charrues ou le convoyage, le risque de les voir contaminer est aussi largement diminué. Ainsi pourra-t-on étendre la surface des zones d’élevage et agrandir les troupeaux. Eu égard la démographie de ces pays, il devient urgent d’augmenter les ressources alimentaires locales, et c’est donc là une bonne nouvelle.

 

Dans les mêmes environnements vivent nombre d’herbivores sauvages qui comme les antilopes kob sont peu affectés par ces parasitoses. On peut supposer que certaines de ces espèces se trouvent naturellement protégées parce qu’elles ont le cuir épais : les girafes, les proboscidiens, les rhinocéros. D’autres ont adopté une autre stratégie : c’est l’apparence de leur pelage qui déroute les insectes piqueurs et c’est en particulier le cas des zèbres http://www.scilogs.fr/histoires-de-mammiferes/quelles-zebrures-pour-le-zebre/

 

 

(1) Saini RK, Orindi BO, Mbahin N, Andoke, JA, Muasa PN, Mbuvi DM, et al. (2017) Protecting cows in small holder farms in East Africa from tsetse flies by mimicking the odor profile of a non-host bovid. PLoS Negl Trop Dis 11(10): e0005977.

https://doi.org/10.1371/journal.pntd.0005977

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