De la copromanie équine du panda géant.

L’hiver venu les pandas ont un dada : ils recherchent le crottin de cheval frais pour s’y rouler et s’imprégner de ses effluves. Les analyses de ces fèces révèlent qu’elles recèlent un concentré de composés naturels rares : des béta-caryophyllènes  et leurs oxydes. La durée de péremption de ces molécules est brève, moins d’une semaine. Il se trouve que ces arômes  ont des vertus thermogènes. Est-ce pour conjurer le froid ambiant que les pandas s’en imprègnent ? L’hypothèse est plausible (1). D’ailleurs, pour parer un refroidissement hivernal passager, il arrive que nous faisions usage de frictions aux huiles essentielles et autres onguents. Et si les pandas avaient de longue date adopté un stratagème analogue ? 

Depuis plusieurs décennies, le panda géant est une espèce protégée unique, et même  une rescapée, qui a acquis le statut envié d’ambassadeur de la Biodiversité grâce au World Wide Fund for Nature. Son pays d’origine, la Chine,  en a fait à juste titre son légat : son costume noir et blanc strict et de bon goût  s’est substitué avantageusement à la tenue Mao pour représenter le pays. Après sa sanglante Révolution Culturelle, et pour renouer avec le Monde Libre,  la Chine a mandaté plusieurs de ces diplomates débonnaires  dans les zoos de nombreux pays devenus  à cette occasion des partenaires commerciaux privilégiés. Au fil des ans, le panda géant   s’est transformé en symbole de la lutte pour la sauvegarde des espèces, de toutes les espèces, y compris les Homo sapiens, presqu’un un peu malgré eux  pourrait-on ajouter, je veux parler des derniers cités.

Aussi cet élégant Ursidé est-il l’objet d’une surveillance quasi orwelllienne, et ce pour son plus grand bien proclame-t-on. Dès lors peu de ses qualités et travers ne nous échappent. C’est ainsi que de longue date a été rapporté par divers observateurs un de ses péchés mignons par temps d’hiver : à la première neige, dès que l’occasion s’en présente, les pandas se roulent et s’imprègnent et se barbouillent avec un vif plaisir, et en particulier la face,  des miasmes et composés du  crottin de cheval frais. https://movie-usa.glencoesoftware.com/video/10.1073/pnas.2004640117/video-1

Dans de précédentes chroniques j’ai eu l’occasion  de disserter sur les moeurs, habitus et comportements du panda géant http://www.scilogs.fr/histoires-de-mammiferes/le-costume-du-panda/  et http://www.scilogs.fr/histoires-de-mammiferes/le-panda-a-un-intestin-paresseux/

J’ y rappelai entre autres que le panda est un Carnivore membre de la famille des Ursidés, mais cependant assez spécial : il est presqu’exclusivement herbivore, se nourrit de pousses de bambous, pas n’importe lesquelles, et qu’il a quelque difficulté à assimiler dans la mesure où les vertus digestives de son intestin  sont celles d’un carnivore ordinaire. Aussi consacre-t-il près de 12 heures quotidiennes à se nourrir, et ce à longueur d’année. Pour autant il n’arrive pas à accumuler suffisamment de réserves graisseuses qui lui permettraient d’hiberner et de faire une pause de plusieurs mois comme tous ses frères ours de tous les pays. De ce point vue, chez les Ursidés il reste un cas unique : il est actif à longueur d’année. 

Son domaine d’élection, le Sichuan, connait un climat tempéré chaud, mais c’est une région montagneuse. Le panda vit dans une zone très boisée avec des variations d’altitude de 1000 à 4000 mètres qui l’hiver venu est souvent enneigé. Alors le panda se réfugie dans les zones les plus basses. Mais il n’est pas étonnant qu’il soit sensible au froid et cherche à s’en prévenir. 

Aire de distribution du Panda au Sichuan

 

Panda d’hiver et pandas d’été

 

Dans les lieux reculés de son séjour, à plusieurs reprises, gardiens et leurs accessoires, des caméras de surveillance, ont pu enregistrer un instant de vie assez étrange : dès qu’il en trouve l’occasion, le panda, mâle ou femelle, jeune ou adulte, s’il croise un dépôt de crottin de cheval s’empresse de s’y rouler et de s’imprégner de ce fumier. Comment expliquer cette manie ? 

Pas question d’apporter des arguments concrets à une question ainsi formulée : la science, c’est le comment, pas le pourquoi. 

Il n’empêche que des suggestions ont été récemment avancées et elles ne concernent pas que le seul panda et ses rapports épisodiques avec des molécules que l’on peut qualifier de thermogènes. Car dans un premier temps; le groupe de chercheurs qui a analysé la composition du crottin de cheval (1) s’est aperçu qu’il dégageait peu après son expulsion des récepteurs de thermorégulation présents aussi chez les déjections d’autres animaux très divers, par exemple les éléphants, les manchots et même les humains. 

Dans la nature il existe d’autres molécules « chaleureuses » telles la capsaïcine présente dans les  piments d’Asie. Ces fruits sont redoutés des mammifères frugivores pour la sensation de chaleur ressentie lorsqu’ils les consomment… à moins qu’ils ne soient bipèdes et amateurs de « hot cooking » pratique culinaire des pays tropicaux qui a pignon sur rue. Dans ce cas, le but est de masquer le goût des protéines animales putréfiées. 

A l’inverse, les oiseaux eux sont insensibles à ce goût plus que relevé et ils se gavent de  piments  sans barguigner. Le résultat est que après consommation, ils propagent dans leurs entourage avec leurs fientes les graines indigestes de ces fruits. Honni soit qui mal y pense !

Alors bien que les auteurs de l’étude citée n’est aucune preuve concrète pour soutenir leur  hypothèse, se réchauffer le museau en hiver en se frictionnant avec du crottin de cheval est peut-être pour les pandas un de ces petits plaisirs qui les aide à surmonter la rigueur hivernale des montagnes du Sichuan. 

A moins que ce ne soit qu’un jeu, quelque peu scatologique. Tous mes chiens ont eu l'occasion un jour ou l'autre de me faire partager au retour d'une promenade les effluves dont ils s'étaient imprégnés en se roulant dans une merde fraiche. L'humour canin est sans vergogne.

Pour l’heure, et en cette période de fin d’année où il est de mode de faire des cadeaux, je suggère que les gardiens des zoos ou résident des pandas leur octroient pour les fêtes une belle pelletée de crottin ramassée dans l’enclos voisin des chevaux de Przewalski ou des zèbres. 

(1) Wenliang Zhou et al, 2020 Why wild giant pandas frequently roll in horse manure

PNAS December 7, 2020; https://doi.org/10.1073/pnas.2004640117


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