Dès la rentrée, tous à l’école des chauve-souris

Nous avons beaucoup à apprendre des chauve-souris souligne un groupe de chercheurs (1). En premier lieu, elles ont une tradition de vie sociale quasi urbaine  qui dépasse de loin la notre, la plus ancienne qui soit chez les Mammifères : 60 millions d’années. Leur longévité eu égard leur taille en fait des championnes olympiques  de la catégorie.  Quant à leur système immunitaire il est ultra performant, et les met  à l’abri de bien des maux de toutes sortes, parasites, bacilles et virus,  qui chez les Humains font des ravages. Alors pourquoi ne pas creuser la question et chercher à les imiter ? 

Reconnaissons d’abord que les chauve-souris n’ont pas bonne presse, et ce de longue date. Et pas seulement parce qu’il y a des vampires dans leurs rangs.Il faut dire que leurs figures sont peu engageantes, souvent plus que laides, hideuses,  et tout un chacun  craint leurs virevoltes nocturnes jusqu’à redouter qu’elles n’emmêlent leurs griffes et voilures  dans nos chevelures. Au final, dans la tradition populaire, tout l’ail du monde ne saurait nous prévenir de leur supposée nuisance. 

Leur mauvaise réputation s’est encore assombrie récemment quand à l’occasion de différentes pandémies il fut avancé que les virus responsables de ces fléaux provenaient de souches abritées avec une certaine complaisance par des chauve-souris au demeurant fort communes. Comme on a identifié de par le monde plus de 1400 espèces de ces petits mammifères volants, certains se sont dits que nos malheurs ne faisaient que débuter.  Après différentes rages, Ebola et autres SARS-Cov-1, puis SARS-CO-2 , aujourd’hui COVID-19, combien d’autres zoo-pathogènes s’abattront-ils sur l’Humanité portées à domicile par ces agents ailés  ?

Alors, faut-il considérer nuisibles les Chauve-souris, et pourquoi pas se débarrasser de cette engeance ?

Le groupe de chercheurs à l’origine de l’étude de référence de ce billet propose plutôt en premier lieu de les mieux connaître, d’analyser leurs vertus avant de se désoler de leurs imperfections, pour au bout du compte chercher à les imiter au lieu de les combattre. de front.

Less premières chauve-souris sont apparues voici 60 millions d’années, et bien qu’elles soient aujourd’hui très diversifiées, 1400 espèces sur tous les continents à l’exclusion de  l’Antarctique, d’une certaine façon, telles qu’en elles-mêmes l’éternité ne les a guère changées.  L’image de cette « chauve-souris d’Icare » (Icaronycteryx) de l’Eocène du Wyoming (52. 2 ma) est là pour le prouver. 

Icaronycteryx index de Jepsen (1903-1974). Eocene, Green River Formation, Wyoming. Royal Museum Ontario

Les doigts déliés soutiennent la membrane alaire et elles battent l’air et volent haut comme aucun autre mammifère n’en  fut jamais capable, atteignant en vol ascendant des altitudes élevés. Elles sont capables de parcours de plusieurs dizaine de kilomètres en se jouant des obstacles, le tout de nuit et par tous les temps.

J’ajoute que de ces époques reculées, et même quelques millions d’années plus tôt, de nombreuses autres espèces nous sont connues. Et parmi elles, chez quelques unes d’entre elles outre  les mêmes aptitudes aériennes que les contemporaines, on a pu montrer que déjà elles avaient la possibilité de se déplacer par écholocation depuis les grottes où elles séjournent pour rejoindre leurs terrains de chasse. 

Les chauve-souris vivent en colonie très nombreuses, jusqu’à plusieurs milliers, et souvent dans des lieux qui ne permettent guère le respect des règles de distanciation. Dans les grottes, cavernes, caves, clochers, greniers, arbres creux ou futaies, pendus par les pieds au repos, les petits animaux sont à touche-touche. Et le soir venu, sans aucune assistance satellitaire, tous s’élancent dans les airs pour trouver pitance à des distances considérables. Au matin les mêmes  regagnent leurs HLM sans se tromper d’adresse, nourrissent leurs petits et s’assoupissent pour la journée. 

Avec humour, les chercheurs cités font remarquer en deux dessins que les Chauve-souris ont une bien plus longue expérience  que nous autres humaines et de la vie urbaine très resserrée et des vols  de nuit longue distance, tant il est vrai que les premières cités de nos civilisations ne se sont construites qu’il ya deux ou trois  milliers d’années, et que les déplacements massifs d’humains par transport aérien datent d’une petite centaine d’années.

Ancienneté de l’adaptation à la vie regroupé et au vol chez les humains et chez les chauve-souris (d’après réf. 1)

Mais la première qualité des Chauve-souris qui doit interpeler tous les gérontologues et leurs patients actuels et à venir est sans aucun leur longévité eu égard leur poids. Le schéma suivant montre bien que ces petits animaux volants sont de loin les champions olympiques de la catégorie.

Les Chauve-souris (en rouge) vivent plus longtemps que les Mammifères de même taille (d’après réf. 1).

 

Une longévité moyenne de l’ordre de 20 ans est chez elles monnaie courante, soit 9.8 fois plus que la moyenne des mammifères de même taille. Et des records de plus de 40 ans ont été enregistrés chez plusieurs espèces.

Quelles qualités intrinsèques en font des mathusalems au demeurant à l’abri de bien des pathologies, entre autres les maladies cardiovasculaires, les cancers, Alzheimer, diabètes et aussi les les maladies infectieuses , bacillaires ou virales ?  

On évoque souvent le rythme d’hibernation annuel qui permettrait à ces cavernicoles d’économiser, voire régénérer leurs forces. Ces parenthèses métaboliques de vie confinée au ralenti seraient leur secret de longue vie. C’est possible, et bien des mammifères qui hivernent ont une plus longue durée de vie que les autres

S l’on creuse le sujet et s’intéresse aux spécificités métaboliques des systèmes cellulaires des chauve-souris et les compare à ceux des autres mammifères, il est possible de mettre en évidence des caractéristiques cellulaires propres à ce groupe et qui même n’appartiennent qu’à lui. En particulier on a pu noter que chez de nombreuses chauve-souris, lors d’une attaque virale ou bactérienne, il n’y a pas de signe d’inflammation généralisée, et ce grâce à un système d’interféron gouvernés par des gènes spécifiques qui jugule l’inflammation.

L’image suivante illustre que de nombreuses caractéristiques métaboliques liées au vieillissement  chez les autres mammifères sont  inopérantes chez les Chauve-souris (rectangles jaunes), à savoir : 

  • sénescence réduite
  • système mitochondrial renforcé
  • modifications de certains gènes
  • résistance aux stress  oxydants
  • système de telomères
  • plusieurs gènes de réparation de l’ADN
  • d’autres encore qui concernent la communication intercellulaire, les cellules souches et les altérations épi génétiques demandent à être testées  (?). 

Adaptations à la longévité chez les chauve souris (d’après réf. 1).

On peut supposer que ces acquisitions sont liées à leur mode de vie. Les chauve-souris sont les seuls mammifères volants, et pour s’adonner à cette activité très énergivore elles ont du s’adapter à ses exigences, en particulier l’augmentation rapide de la température corporelle, ce qui implique de fréquents crescendos métaboliques, ce qui  peut provoquer  la dégradation de certaines molécules vitales. Ces mêmes adaptions ont pu aussi être utilisés dans la résistance aux maladies. 

Un autre facteur est leur environnement au sens large. Bien des chauve-souris vivent en colonies avec une forte densité de population dans leurs lieux de repos, conditions idéales pour transmettre des virus et autres pathogènes. De plus au quotidien, elles s’envolent pour de longues courses pour ramener de la nourriture à leurs nichées, et ces transports aériens favorisent aussi celui des germes de tout type et leur diffusion aux comparses. Aussi leur système immunitaire doit toujours rester sur ses gardes.. Et c’est sans doute ces composantes qui ont contribué à forger les deux qualités principales des chauve-souris : longévité et immunité. 

Si l’on veut suivre leur exemple, on comprend bien que ce n’est pas le moment de jeter nos masques aux orties et de s’agglutiner dans des lieux clos pour banqueter, danser, applaudir aux exploits de sportifs, ou de chanteurs, ou assister en foule à des cultes quels qu’ils soient. Nous n’avons pas encore acquis les mécanismes très sophistiqués qui permettent aux chauve-souris de coexister en masse dans des lieux confinés sans risque d’infection virale. Et comme nous avons adopté les mêmes moeurs en un temps record, pour l’heure nous sommes incapables de combattre les virus et les infections qu’ils provoquent avec la même efficacité

Reste que grâce à notre cerveau, nous avons acquis des savoir-faire, et nos facultés d’imitation du Vivant dans ses différents aspects nous ont permis de mettre en oeuvre différentes thérapies géniques, immunitaires et autres, et de surmonter bien des maux propres à notre espèce, qui il n’y a pas longtemps vivait dispersée en petits groupes et aujourd’hui se concentre dans des cités de parfois plus de dizaines de millions d'individus. Alors nos techniques du « génie génétique » en suivant l’exemple des chauve-souris nous permettront-elles d’ éliminer les quelques gènes qui provoquent des inflammations, vivre plus longtemps et faire face aux effets délétères des virus qui aujourd’hui nous mettent bas ? 

« Imitons les chauve-souris » proposent en conclusion ce groupe de chercheurs.

A leur propos, il n’est pas inintéressant comme ils le soulignent d’évoquer les conditions qui les ont amenés à se pencher sur ces questions : la trêve imposée par le confinement dans les  labo comme ailleurs ni est pas pour rien. Profitant de ce répit qui les a éloignés des tâches administratives très chronophage, (rédaction de projets, remplissage de formulaires destinés aux institutions et agences de financement, relecture des projets de collègue pour évaluation etc…),  cette parenthèse leur a permis de lire des travaux hors de leurs étroites spécialités, de se concerter et de réfléchir en groupe sur les questions fondamentales qui se posent dans leur discipline et que les contrats court terme qu’on leur propose d’ordinaire ne permettent pas d’aborder. Une fois de plus il faut le répéter, n’en déplaise aux instances de gestion de la Recherche,  les gens de labo ont plus besoin de temps pour réfléchir et imaginer des protocoles que de se consacrer à remplir des formulaires d’évaluation et autres grimoires, dont par ailleurs ils se doutent de la destination.

(1). Vera Gorbunova, Andrei Seluanov, Brian K. Kennedy. The World Goes Bats: Living Longer and Tolerating Viruses. Cell Metabolism, 2020; 32 (1): 31 DOI: 10.1016/j.cmet.2020.06.013


Un commentaire pour “Dès la rentrée, tous à l’école des chauve-souris”

Publier un commentaire