Du bon usage de l’os pénien

L’os pénien, baculum en langage savant, est un accessoire rare chez les Mammifères et d’ une variété de forme qui ne lasse d’étonner. Sa fonction pour les zoologistes de tout sexe reste très discutée. Alors cet os fugace et aux formes si diverses n’est-il qu’accessoire ? Ou est-il très utile voire indispensable ? A moins que ce ne soit une de ces fantaisies de la nature tout juste inventée pour agacer…

Il est temps de poser la question a décidé un groupe de chercheurs britanniques. Pour ce faire ils ont fait appel aux technologies d’imagerie les plus modernes pour mettre en exergue quelle fonction biomécanique précise le  baculum  avait lors de l’accouplement (1). Ainsi ont-ils archivé une base de données d’images scan 3D des os péniens les plus communs, pour ensuite les intégrer à divers exercices de simulation  de copulations virtuelles afin de tester différentes hypothèses.

 

Voici plus d’un demi-siècle le regretté W.H.  Burt, zoologiste de l’Université du Michigan , illustra dans un article qui fit date toute la diversité, et on peut dire les bizarreries de ce petit os qui soutient chez quelques espèces de Mammifères les efforts du pénis en action lors du coït (2). Le baculum est présent chez nombre de Rongeurs, les Chauve-souris, les Insectivores, les Carnivores, les Dermoptère, quelques Primates sauf nous. A gauche j’ai extrait cette planche de sa publication avec à droite une image plus récente et en 3D de C.H Brassey  qui situe notre problème chez le putois, l’un des sujets de ses études (1).

Baculum de quelques Mammifères d’Amérique du Nord (2)

 

 

Les photos noir et blanc du carré en haut à gauche figurent des os péniens en forme de cuillère à café d’écureuils terrestres d’Amérique du Nord.  A droite ce sont celles de rats du riz et de campagnols qui ressemblent plutôt à des fourchettes à huitre. Au-dessous les baculum en baguette de tambour appartiennent à deux ours, et en bas le plus long baculum répertorié chez les Mammifères actuels, 60 cm, est celui du lion de mer de Steller.

Des os péniens fossiles ont également été signalés. Ils appartiennent à des ours des cavernes, et le plus long connu, 1.2 m, est celui d’un morse de 12 000 ans trouvé en Alaska. Il fait la fierté d’un collectionneur privé de ce pays qui l’a acquis dans une vente aux enchères pour la somme de 8 000 $.

 

J’ai eu l’occasion dans une précédente « histoire de Mammifères » de rendre compte d’une étude expérimentale sur la morphologie de l’os pénien de la souris domestique et sa fonction sélective (http://www.scilogs.fr/histoires-de-mammiferes/quand-los-penien-rencontre-los-clitoridien-baculum-baubellumque/). On y constatait que dans le groupe de souris mis sous surveillance dans un enclos à cette occasion, la compétition entre mâles était très forte. Et les études d’anatomie comparée liées à ces observations montraient que ceux possédant les os péniens les plus robustes étaient aussi les plus féconds.

Aujourd’hui ce sont les performances et l’anatomie de l’os pénien de Carnivores qui ont été testés pour préciser leurs qualités. Chez toutes les espèces étudiées la morphologie de l’os pénien est assez monotone comme illustré ici.

Baculum de putois (a) et de chien (b) (1).

Les chercheurs souhaitaient répondre à deux hypothèses précédemment avancées :

  • La première, en bref dénommée « friction vaginale » suggère que les mâles qui ont le baculum le plus robuste confère au pénis une rigidité qui aide à son intromission. Dans la mesure où il existe un fort dimorphisme sexuel, les femelles sont plus petites que les mâles, et la pénétration du pénis des plus robustes est un gage de fécondité pour le mâle concerné.
  • La deuxième hypothèse, complémentairede la première dite de « l’intromission prolongée » fait valoir que  le coït chez de nombreux carnivores se poursuit de longues minutes voire plusieurs heures avant que les partenaires se séparent. Ne serait-il pas possible que les baculum les plus forts confèrent aux mâles un avantage car ainsi ils assurent une meilleure propagation de leur semence, empêchent la fermeture du conduit vaginal et en même temps protègent l’urètre de tout dommage.

 

Les techniques d’imagerie ont permis d’effectuer des images 3D de baculum de différentes espèces de Carnivores, de les archiver pour les comparer avec précision, pour ensuite faire des simulations de coït chez plusieurs d’entre elles et juger de leur capacité de pénétration. L’originalité de l’étude réside dans le fait qu’elle se fonde sur  des simulations biomécaniques en 3D qui permettent de  quantifier le pouvoir de pénétration des baculum et d’évaluer leurs qualités de résistance.

Les espèces testées possèdent des os péniens de forme et de longueur variables. Il est peu robuste chez les suricates et les mangoustes, plus fort chez les putois, et de belle taille chez les ours. Sa longueur par rapport à la taille totale de l’animal varie de relativement court chez les félidés jusqu’à très allongé chez le cryptoprocte de Madagascar (6.2 cm pour un animal d’une longueur de 70 cm).

 

Les résultats sont sans appel : l’hypothèse de « friction vaginale » doit être abandonnée : les qualités de rigidité de l’os pénien en fonction de sa taille ne sont pas à prendre en considération.

A l’opposé, l’hypothèse de « l’intromission prolongée » se voit renforcée.  Le baculum et sa robustesse sont un atout pour les espèces chez qui le coït est de longue durée. D’évidence, ce soutien est bienvenu pour assurer une bonne propagation de la semence, obturer efficacement le vagin et protéger le pénis de toute lésion. Pour les auteurs de l’étude, il s’avère que la taille et la forme du baculum ont été modelées par une pression de sélection qui favorise la durée du temps de copulation et dans le même temps protège l’urètre.

 

Mais au fait, pourquoi les humains ne possèdent pas de baculum ? A ce jour il n’y a pas eu de réponse satisfaisante, et il n’y a guère que le bon roi Henri qui eut l’illusion d’en être pourvu. Chez nos cousins Primates cet os est rare. Le chimpanzé en possède un de 7 mm de long alors que la durée de pénétration chez cette espèce est de 7 secondes. L’aye aye de Madagascar est beaucoup plus performant à tous points de vue : 28 mm de long pour un poids de 3 kg et une durée du coït de plus d’une heure.

Le Journal of Sex Medicine a fait état récemment d’une étude statistique sur 500 couples qui montre que la durée médianedu coït chez notre espèce est de 5 minutes 40 secondes.  La même étude évoque un cas extrême : 44 minutes. Sans arc-boutant.

(1) Brassey CA, Gardiner JD, Kitchener AC. 2018 Testing hypotheses for the function of the carnivoran baculum using finite-element analysis. Proc. R. Soc. B 285: 20181473.

http://dx.doi.org/10.1098/rspb.2018.1473

 

(2) Burt W.H. 1960.Bacula of North American mammals.  . Misc. Publ. Mus. Zool., Univ. Michigan 113, 1–75.


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