La chauve-souris, le pangolin, le tigre et nous

C’est une fable tragique qui s’écrit au fil du journal de la propagation du coronavirus COVID 19 à travers le globe, et que rien hors le confinement et l’arrêt sur image se toutes les activités humaines jusqu’aux plus ordinaires ne semble devoir endiguer. Pour l’heure  les morts et les malades ne sont comptabilisés que dans nos rangs, et ce  dans TOUS  les pays du monde. Mais plus que des indices font craindre qu’à terme les ravages de ce virus aussi délétère que pernicieux ne touchent TOUS les Mammifères sauvages et domestiques et aussi les Oiseaux. 

Le SARS-CoV-2 est le patronyme du coronavirus responsable de la pandémie  COVID-19, et  de nombreuses équipes de recherche sont à ses trousses pour tracer son parcours. Beaucoup envisagent que certaines chauves-souris d’Asie constituent un réservoir pour ce germe. Mais alors comment de ces animaux a-t-il été transmis aux humains ?  Forcément il a bénéficié pour ce faire d’intermédiaires, des Mammifères bien sûr mais aussi peut-être des oiseaux. 

 Deux études, l’une parue dans le Journal of Proteome Research (1) et l’autre dans Nature (2), suggèrent  que l’intermédiaire responsable de la propagation du coronavirus pourrait être le pangolin. Ce petit animal est considérée comme un mets de choix aussi bien en Chine du Sud qu’en Afrique où il est chassé jusqu’à mettre en danger la survie de l’espèce.  

Si les conclusions des deux études convergent, les méthodes et le cheminements sont différents.

La première s’est penché sur les caractéristiques génomiques des pathogènes SAR-CoV-2 et HCoV-19 responsables du COVID-19 et les chercheurs ont dressé la séquence d’alignement de ses protéines « spicules ». Dans un premier temps cela leur permis d’éliminer une hypothèse récente qui proposait que les serpents étaient un réservoir-hôte du virus. De fait une étude parue dans le même journal suggère que ce sont les pangolins qui sont les intermédiaires dans la transmission du virus  SAR-CoV-2 entre chauve-souris et humains. La présence de l’animal sur les marchés de Wuhan et sa consommation est aujourd’hui l’une des hypothèses les plus souvent retenues comme cause première du début de la pandémie dans cette région de Chine.

En utilisant un plus large spectre de données qui analysent le génome du SAR-CoV-2 ils ont mis en évidence qu’il existait au moins 6 hôtes possibles pour le virus : deux espèces de  chauves-souris, le pangolin, la civette et le dromadaire et bien sûr Homo sapiens.  Et la figure suivante résume leurs conclusions sur le schéma de circulation du SARV, et  en n’oublie pas de souligner que restent encore bien des inconnues.

Schéma de de circulation du SARV

 

La deuxième étude apporte des arguments supplémentaires : les chercheurs ont identifié chez le pangolin de Malaisie un coronavirus proche du SARV-Co-2. Il leur apparaît que bien des mammifères sauvages d’Asie sont porteurs de coronavirus avec ces mêmes caractéristiques.

Pour l’heure l’épidémiologie, la pathogenèse,  les conditions de transmission et d’infection entre espèces sont ignorées et requèront de longues études. Il n’empêche que d’évidence la « fréquentation » de nous autres humains avec tous ces animaux impose de prendre des mesures de prophylaxie, et même d’imposer des règles voire des interdictions. Et entre autres la vente de leurs dépouilles sur les marchés, et bien sûr leurs consommation doivent être strictement prohibées. 

A ces deux études s’ajoute ce qui pourrait être considéré comme un simple fait-divers, mais qui est appelé à prendre sans aucun doute rang dans l’actualité scientifique comme une observation de première importance : un tigre du zoo de New York et six de ses congénères sont malades et testés positifs au coronavirus. Il est probable qu’ils ont été infectés par l’un de leurs soigneurs. Ainsi est démontré réciproque l’infection entre humains et animaux.

Mais alors qu’en est-il des chats new-yorkais et aussi de tous les pays du monde qui ont des maitresses et des maitres infectés par le coronavirus ? 

Vont-ils eux aussi devenir des vecteurs de la maladie et prendre part au développement de la pandémie ? 

C’est je crois dans le domaine des possibles.

Toujours est-il qu’il sera difficile de contraindre nos chers matous de rester confinés à nos côtés, et tout aussi problématique de nous passer de leur présence. 

 

Quelques possible intermédiaires et malades

  1. Chengxin Zhang, Wei Zheng, Xiaoqiang Huang, Eric W. Bell, Xiaogen Zhou, and Yang Zhang* CJ. , 2020. Protein Structure and Sequence Reanalysis of 2019-nCoV Genome Refutes Snakes as Its Intermediate Host and the Unique Similarity between Its Spike Protein Insertions and HIV‑1 Proteome Res. 2020, 19, 1351−1360. https://pubs.acs.org/doi/10.1021/acs.jproteome.0c00129

2) Lam, T. T. et al., 2020.  Identifying SARS-CoV-2 related coronavi- ruses in Malayan pangolins. Nature https://doi.org/10.1038/s41586-020-2169-0

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4 commentaires pour “La chauve-souris, le pangolin, le tigre et nous”

  1. Arthur GAUTRAND Répondre | Permalink

    Bonjour,

    À ce stade, nous n'avons aucune raison de penser que les chats seraient vecteurs du SARS-CoV-2 ( https://www.avma.org/resources-tools/animal-health-and-welfare/covid-19/sars-cov-2-animals-including-pets ). Même si les chats sont fréquemment victimes d'autres coronavirus, avec une issue malheureusement souvent fatale (ex. PIF - Péritonite infectieuse féline). Des études réalisées depuis 2 ans sur les traitements des coronavirus félins peuvent donner des indications quant à des traitements du SARS-CoC-2. Peut-être ces études ont-elles été ignorées un peu trop longtemps en raison du manque de passerelles entre les médecines vétérinaires et humaines. Mais c'est un autre débat.

  2. R. Raynal Répondre | Permalink

    Bien que les félins soient sujets à des nombreuses infections par coronavirus, il me semble non seulement prématuré, mais aussi "dangereux" de présenter leur rôle de vecteur du sars-cov-2 comme une possibilité, et ce pour deux raisons :
    - la première est que vu que la promiscuité entre chats et humains est tout de même supérieure à celle entre tigres et soigneurs, si les chats étaient vecteurs, tous leurs propriétaires seraient déjà malades...
    - la seconde est que si cette simple "possibilité" était signalée plus largement, elle conduirait à un risque important d'abandon massif des chats par des propriétaires peu scrupuleux. Il faut y songer.

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