La nuit, tous les chats ne sont pas gris


La nuit, il n’y a pas que les sons et les odeurs qui guident les animaux et les aident à s’éviter ou se reconnaître : il suffit d’un rayon de lune, d’un nuage qui court et découvre les étoiles, pour que les parures bigarrées de plumes ou de poils des uns et des autres deviennent autant de signaux lumineux riches de sens (1). Dès lors les salles obscures du théâtre de la vie empruntent aux Lumière leurs recettes, avec en supplément des signaux cryptés.

S’ils sont oiseaux, ils préfèrent le jour, alors que les mammifères sont des nocturnes presque obligés, et ce depuis on peut dire la nuit des temps, l’époque qui les vit naître les uns et les autres, au Secondaire. Alors on a longtemps cru que pour s’éviter, se rencontrer, se poursuivre, les uns diurnes obligés autant que la nuit seyait aux autres, tous n’avaient que deux moyens de communiquer au coucher du soleil : les sons et les odeurs. C’était oublier un peu vite que la nuit n’est pas faite que d’ombre : il suffit que la lune apparaisse pour qu’un plumage ou une robe de poil envoie des signaux lumineux et qu’une conversation s’engage, côté cour ou côté jardin, à moins que la fuite permette aux protagonistes de s’épargner et de rejoindre les coulisses.

Chez les mammifères, les mieux équipés pour se rendre visibles dans l’obscurité sont les petits et moyens carnivores. Le masque du blaireau, de la moufette ou la parure de la civette sont les meilleurs exemples.

Blaireau, moufette, civette

 

On peut se dire qu’ils sont en compétition directe avec les grands carnivores, et que c’est peut-être pour eux sur les terrains de chasse partagés, un moyen de prévenir de leur présence ces concurrents mieux armés, sans pour autant déclencher une guerre : en cas de rencontres inopinées, il vaut mieux s’éviter que de risquer s’écharper.

Ils ne sont pas les seuls à porter un masque qui n’a rien de vénitien puisqu’au lieu de dissimuler il est une carte de visite riche d’infos. Parmi eux on compte certains de nos cousins primates, loris, lémurs et aye-ayes, qui ont des habitudes nocturnes et un faciès rayonnant. Mais le lérot, l’ours à lunettes et tant d’autres de mêmes mœurs sont maquillés aussi pour mieux surprendre et se signaler dans la pénombre. Bijoux de strass et de paillettes n’ont-ils pas même fonction chez les noctambules urbaines ?

Frimousses de loris, lérot et aye-aye

 

 

Ces parures et masques sont surtout efficaces aux deux bouts de la nuit, le moment où l’activité est intense, le crépuscule et l’aube.

Mais il est aussi beaucoup des affiliés du peuple mammalien de la nuit qui ont un atout imprévu pour repérer les autres et se guider dans le noir en évitant le pire, une espèce de talent secret : l’aptitude à percevoir le rayonnement ultraviolet (2).

Quels avantages retirent-ils de ce don ? Comme la rétine des humains est incapable de percevoir ces longueurs d’onde, c’est un subterfuge qui va nous éclairer, et c’est à l’aide d’un boitier d’appareil photo sensible aux UV qu’une chercheuse dans le grand Nord Canadien nous fait littéralement partager le point de vue du caribou : il est capable  sur la neige de distinguer mieux que quiconque un loup, pourtant revêtu de son pelage hivernal : https://www.youtube.com/watch?v=nke5c7Nml_8

Les rennes de Laponie et d’ailleurs peuvent aussi repérer dans la nuit polaire les ours blancs. Mais on ignore si le carnivore a les mêmes facultés.

Caribous et rennes ne sont pas les seuls à percevoir les rayons ultraviolets : nos compagnons chiens et chats ont les mêmes aptitudes, sans pour autant être à égalité dans ce domaine. Si l’on propose à un chien de traverser un labyrinthe plongé dans l’obscurité, il met plusieurs minutes à franchir les chicanes et à s’en sortir, alors qu’un chat, dans les mêmes conditions, ressort du piège sans encombre en quelques secondes.

A propos de nos matous, souvent on se dit que c’est leurs pupilles dilatées qui fait qu’ils distinguent mieux que quiconque rats et souris la nuit venue. Pas seulement. Leur vision du monde est bien différente de la notre. Et si de jour nous percevons mieux notre entourage, d’évidence la nuit appartient aux chats https://www.youtube.com/watch?v=FRci0Kbk33o

 

 

1) Penteriani V, Delgado MM. 2017 Living in the dark does not mean a blind life: bird and mammal visual communication in dim light. Phil. Trans. R. Soc. B 372: 20160064.

http://dx.doi.org/10.1098/rstb.2016.0064

 

2) Douglas RH, Jeffery G. 2014 The spectral transmission of ocular media suggests ultraviolet sensitivity is widespread among mammals. Proc. R. Soc. B 281: 20132995. http://dx.doi.org/10.1098/rspb.2013.2995


2 commentaires pour “La nuit, tous les chats ne sont pas gris”

  1. Sax Répondre | Permalink

    Une simple question.
    Quelle est la source d'UV la nuit ?

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