La souris Mathusalem est en marche… mais les Amish la précèdent !


Combattre le vieillissement est la hantise de bien des docteurs Faust anciens et modernes. Ce long tunnel de l’ignorance et de l’espoir serions-nous en train d’en voir l’issue ? Des spécialistes qui bichonnent et observent de petites souris de laboratoire à longueur d’année viennent d’ouvrir une piste. Ils proposent de provoquer à coups de pharmacopées l’élimination et l’expulsion des cellules en fin de vie de l’organisme pour combattre son vieillissement (1). Dans le même temps, une autre équipe révèle qu’une communauté Amish de l’Utah possède une mutation unique dans son génome qui lui assure une longévité exceptionnelle (2).

Ce sont donc deux voies à première vue bien différentes qui s’ouvrent pour tenter de résoudre ce très vieux problème : l’une, classique, propose des médications anti âge, alors que l’autre fait appel à l’inné pour gâter ses élus d’une durée de vie hors du commun.

Des souris vers les hommes, franchissons le pas.

 

Paradoxalement, comme souvent, c’est le constat du vieillissement prématuré de souris d’élevage qui a mis sur la voie de la cure de rajeunissement qu’il conviendrait de leur infliger pour que des ans ces souris là puissent réparer l’outrage (1).

L’espérance de vie d’une souris de laboratoire est de l’ordre de 24 mois, le double de celle d’une souris sauvage. Si elle peut survivre aussi longtemps, c’est parce qu’elle est dans sa cage dorée protégée des outrages du temps et de tout ennemi naturel, alors qu’une nourriture aussi abondante qu’équilibrée lui est servie.

Il n’empêche que contre toute attente, des spécialistes qui élèvent dans les meilleures conditions ces animaux de laboratoire ont constaté voici quelques années que certains lots montraient des signes de sénilité précoce. Leurs pensionnaires tout juste âgés de 3 mois développaient des cataractes, étaient précocement amaigris alors que leur pelage s’étiolait et se raréfiait.

Il leur a fallu plusieurs années d’études pour s’apercevoir que de fait ces sujets étaient frappés d’un mal étrange : les cellules sénescentes de différents organes (œil, rein, derme), au demeurant devenues incapables de se multiplier, néanmoins y perduraient et n’étaient pas éliminées. Dès lors, ils ont choisi de cibler leur attention sur ces cellules qu’ils ont qualifié de « zombies », devenues improductives pour l’organisme, néanmoins nuisibles à sa survie et donc malfaisantes.

 

En 2011, le même groupe de chercheurs a pu analyser avec précision les différentes étapes de ce processus de sénescence, en identifier les causes, et proposer des remèdes pour le combattre. Le processus mis en évidence et les modalités qu’ils préconisent pour sursoir à son déroulé sont résumés dans ces quatre croquis :

 

1.Le déclencheur ; 2. Les conséquences ;

1. Le déclencheur ; 2. Les conséquences ;

3. Eliminer pour survivre ; 4. Les tueurs de zombies.

3. Eliminer pour survivre ; 4. Les tueurs de zombies.

 

 

  1. Le déclencheur : des altérations ou la maladie et des signaux d’autres cellules en cours de développement peuvent provoquer la sénescence.

 

  1. Les conséquences : devenues sénescentes, ces cellules ne se divisent plus et rejettent les protéines en particulier les cytokines qui attirent les molécules immunitaires.

 

  1. Eliminer ou survivre : si le système immunitaire peut tuer les cellules sénescentes il permet aux tissus de se régénérer. Mais dans les tissus malades ou âgés, les cellules sénescentes continuent à se développer.

 

  1. Les tueurs de zombies : les anti sénolytiques permettent d’éliminer les cellules sénescentes au niveau des articulations, des vaisseaux sanguins du système cardio vasculaire ou de l’organe de la vision..

 

Les années suivantes, les ressources de la biotechnologie ont permis la mise au point d’un éventail de drogues dénommées « sénolytiques » qui détruisent les cellules sénescentes. Elles agissent en particulier avec succès dans les tissus pulmonaire et rénal ainsi que dans les articulations et en particulier inhibent l’action de protéines de la famille BCI-2. A l’échelle de l’organisme dans son entier, ces substances contribuent à en prolonger la survie. Et le gain de survie chez les souris traités avec ces drogues est de 25%. Ce qui veut dire que si l’on peut appliquer ces médecines aux humains, la longévité médiane des hommes et femmes dans les pays développés sera de l’ordre de près de 110 ans !

Les promoteurs de ces recherches son optimistes et ne doutent pas que dans un délai raisonnable ces liqueurs de jouvence ne soient disponibles en rang serré dans les échoppes grandes et petites où nous puisons nos réconforts et thérapies de tout ordre..

 

 

Quant à la longévité exceptionnelle observée chez un groupe d’Amish de l’Utah, eux n’auront pas théoriquement besoin d’avoir recours à ce type de prescription pour vivre longtemps : une mutation de leur génome les assure d’une survie de 10 ans supérieure à celle observée dans le reste de la population en Amérique du Nord (2).

Ce sont les télomères altérés de certains de leur gènes qui sont porteurs de cet espoir de survie nous explique-t-on : https://www.youtube.com/watch?v=Gmkk_fwI93g

 

Cette mutation a entrainé la perte d’une fonction dans le génome. Ce qui d’après ce que j’ai cru comprendre a même effet que la prise d’une drogue « sénolytique » telle que mise au point pour combattre le vieillissement des souris dont il est question dans la première partie de cet exposé.

Ainsi, comme suggéré dans le titre, dans la course à la longévité, les Amish ont une longueur d’avance, et ils le doivent à leurs gènes… et surtout à leurs mœurs !

On sait que leurs croyances enferment les membres de ces communautés religieuses dans un système de reproduction endogame favorable à l’apparition et au maintien de mutations qui dans les populations de large effectif seraient éliminées. Le plus souvent ce type de mutation due à l’endogamie d’un groupe s’avère délétère. Et chez les Amish, plusieurs « maladies génétiques » dues à leur isolement ont été répertoriées : nanisme, propension à développer le diabète, maladies cardio vasculaires et autres. Par ailleurs, les Amish redoutent et évitent tous les soins médicaux préventifs, y compris les vaccins. Aussi, le constat d’une longévité hors du commun chez un de leurs clans apparaît-il en contradiction avec leur hygiène de vie et leur repli. Il n’enn est que plus remarquable.

 

Peut-on espérer profiter de ce laboratoire naturel pour que se répande à plus large échelle ces qualités ? On peut en douter. Au demeurant, si les Amish se multiplient avec ardeur, ils se gardent des autres, et n’ont pas le gout d’éparpiller leurs gènes. Et si pour assurer sa progéniture d’une longévité pareille à la leur il faut entrer dans la ronde de cette communauté de reproduction, pour les volontaires fini le vingtième et unième siècle, retour au dix neuvième. Pour ma part, ils ne me semblent pas aussi rock n’ roll qu’ils le prétendent https://www.youtube.com/watch?v=9epblxwsgIs A mes yeux, le monde des Amish n’est pas Thélème.

 

Il n’empêche que ces études génétiques ne manquent d’intérêt dans la mesure où est mis en exergue à cette occasion l’influence pernicieuse d’une molécule bien identifiée, le PAI-1, responsable du vieillissement et sous contrôle de l’action de télomères devenus inactifs à l’issue de la mutation observée chez les Amish. Aussi, les auteurs de ces découvertes se targuent-ils à juste titre semble-t-il d’être pionnier dans ce domaine qui met en relation la perte d’influence d’un gène et ses conséquences physiologiques.

 

Pour vivre plus vieux et en meilleure santé, réduisons notre production de PAI-1. Et peut-être sera-t-il possible de mettre au point pour les humains une molécule anti PAI-1 à l’action de même nature que les anti BCI-2 que l’on sert aux souris.

 

(1) Scudellari. 2017. To stay young, kill zombis. Nature, vol 550, 448-450. 26 october 2017. doi:10.1038/550448a

 

(2) S. S. Khan, S. J. Shah, E. Klyachko, A. S. Baldridge, M. Eren, A. T. Place, A. Aviv,

  1. Puterman, D. M. Lloyd-Jones, M. Heiman, T. Miyata, S. Gupta, A. D. Shapiro, D. E. Vaughan,. A null mutation in SERPINE1 protects against biological aging in humans. http://advances.sciencemag.org/content/3/11/eaao1617.

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