Le blaireau fossoyeur


C’est en posant leur caméra dans un coin désertique de l’Utah que des zoologistes ont pu observer un talent du blaireau jusqu’ici ignoré : le petit animal est capable d’ensevelir le cadavre d’une génisse en quelques tours de patte (1).

 

On savait ces carnivores nécrophages. On savait aussi que, comme beaucoup d’autres animaux, ils étaient susceptibles de se constituer des réserves de nourriture dissimulées par enfouissement à la vue et l’odorat des concurrents. Et puis les terriers aux chambres multiples qu’ils font courir ici et là les rangeaient parmi ces architectes de la Nature qui forcent l’admiration. Ces appartements sont si confortables et si vastes qu’ils se transmettent de génération en génération, au cours de centaines d’années. L’un des réseaux de tunnel de blaireau les plus complexes décrit court sur 879 mètres et a 29 issues.

Pourtant, jamais, au grand jamais on avait imaginé que cet animal paré de noir et blanc et d’un poids et d’une taille somme toute modestes, moins d’une douzaine de kilos, était capable de travaux de terrassement herculéens, du moins à son échelle. En deux jours à peine cette petite bête peut enfouir profondément le cadavre d’une génisse d'un quintal !

https://www.youtube.com/watch?v=dsHiOwR7cfc&feature=youtu.be

 

Il est vrai que le héros de cette vidéo filmée en accéléré bosse nuit et jour, sans relâche semble-t-il, et même comme pris de frénésie. Et puis le terrain qu’il creuse paraît relativement meuble. Il n’empêche que le trou de départ devient bientôt une large et profonde fosse où bascule peu à peu le cadavre de la génisse. La réserve de viande que ce blaireau dissimule dans sa faisanderie pourra lui permettre de tenir un bon bout de temps en nourrissant une famille qu’on imagine nombreuse.

 

On peut se montrer surpris des talents de cet habitant du désert à creuser et pelleter un tel volume de terre, pour y déplacer et l’enfouir un cadavre énorme par rapport à sa taille, le tout avec une technique et une ingéniosité affirmées, acquises d’évidence de longue date.

Mais si aujourd’hui on s’en étonne, c’est parce que « blaireau » ne fut pas de tout temps le patronyme de cet animal. Nos ancêtres avaient déjà reconnu ses capacités à fouiller, creuser, au point d’avoir choisi une dénomination qui les rappelait. Dans le vieux français nous racontent Henriette Walter et Pierre Avenas, on l’appelait « taisson », du latin taxo qui signifie bâtir, et qui a évolué en taisnière, tainière et finalement tanière (2). Puis, ce mot a été abandonné au profit du mot gaulois « blaros » qui fait référence aux tâches blanches de son pelage et de sa frimousse, et qui s’est transformé en blaireau.

L’anglais de son côté n’a pas oublié les talents de terrassier, voire de fossoyeur, de ce petit carnivore. Curieusement, pour le désigner, il est allé puiser dans le vieux français le mot « bêcheur » devenu au fil du temps badger. Sont-ce les Normands ou les Québécois qui ont officialisé son entrée dans l’Oxford et le Cambridge Dictionnary ? Je l’ignore. En tous les cas, dans tous les pays on respecte la douceur de son poil, particulièrement en France, chez les barbiers et les peintres. Les premiers savonnent avec un doux blaireau les joues des mal rasés, les seconds allongent à grands coups de brosses faites de sa fourrure leurs créations picturales appelés à devenir parfois des chefs-d’œuvre, plus souvent des croutes.

 

Et les blaireaux dans tout ça ? Ils continueront longtemps à faire leur métier de blaireau et creuseront avec détermination des terriers et des fosses pour  leurs réserves. La raison est simple  : ces fossoyeurs d’un jour ont bon appétit et doivent assurer leur subsistance hivernale et celle de leur famille. A ce moment là , en quelques pelletées, de fossoyeurs, ils se font croque-morts.

 

 

(1) Frehner, Ethan H.; Buechley, Evan R.; Christensen, Tara; and Şekercioğlu, Çağan H. Subterranean caching of domestic cow (Bos taurus) carcasses by American badgers (Taxidea taxus) in the Great Basin Desert, Utah. Western North American Naturalist, 2017 Vol. 77 No. 1 , Article 13.

 

(2) Henriette Walter et Pierre Avenas. 2003. L’étonnante histoire des noms des mammifères. Robert Lafont.

 


Un commentaire pour “Le blaireau fossoyeur”

  1. Jean-Louis Marguerin Répondre | Permalink

    Nos blaireaux sont aussi doués pour enterrer les affaires très rapidement

    Ce n'est pas encore une espèce en danger ,quoique:

    http://www.aspas-nature.org/campagnes/protection/protection-du-blaireau/
    http://www.techniquesdelevage.fr/article-l-alimentation-du-blaireau-72795439.html
    Clichés et stéréotypes :
    http://www.gallinette.net/forum/showthread.php?t=4522

    http://www.techniquesdelevage.fr/article-l-alimentation-du-blaireau-72795439.html
    http://www.carabo.be/carabo/C-Blaireau_files/6%20BLAIREAU.pdf
    http://laterredabord.fr/?p=12588
    http://www.lanouvellerepublique.fr/Deux-Sevres/Actualite/Environnement/n/Contenus/Articles/2015/05/12/A-la-chasse-aux-blaireaux-pour-traquer-la-tuberculose-2326160
    http://defenseanimale.com/lacharnement-sanguinaire-du-deterrage-de-blaireaux/
    http://coupechouclub.cultureforum.net/t1696p45-comment-sont-faits-les-blaireaux
    http://www.univers-nature.com/durable-co/faune/blaireau-51220.html
    https://www.jackrussellofficiel.com/la-chasse/le-blaireau

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