Le grand sommeil


Huit mois de léthargie sur douze, c’est une vie de marmotte. Nées en Amérique du Nord voici près de neuf millions d’années, les marmottes ont depuis colonisé tout le Nord de l’Eurasie et s’y sont multipliées. Toutes s’apprêtent en ce mois de décembre à retrouver Morphée. Cet hivernage leur évitera tout le stress et l’attente au pied des pistes et bien pire : la fréquentation des hordes humaines en « vacances »  de neige. Mieux installées dans leurs tanières qu’au comptoir d’un bistrot de station alpine, bien emmitouflées dans leurs réserves de graisse, elles entament un long songe de nuit d’hiver, préférant glisser sous une couette tiède que sur des pentes glacées. Aussi dès la fin de l’été, elles se sont mises au boulot pour préparer l’appartement d’hiver. https://www.youtube.com/watch?v=RIqvyGKYnyc

Marmotte prête au grand sommeil et coupe de son terrier ( Cliché et croquis : La vie de la Montagne, Bernard Fischesser, réf. 1) .

Marmotte prête au grand sommeil et coupe de son terrier ( Cliché et croquis : La vie de la Montagne, Bernard Fischesser, réf. 1) .

 

Les marmottes ne sont pas les seules à hiberner. Tous les Mammifères grands et petits, quel que soit leur régime alimentaire et leurs projets de vie ont cette aptitude. Il suffit de jeter un coup d’œil sur notre arbre généalogique ici figuré pour constater que les espèces qui hibernent (carré bleu) sont tout aussi nombreuses que celles actives tout au long de leur vie (carré rouge). Et peu importe leur appartenance ordinale (2).

Arbre phylogénétique des Mammifères : les couleurs des noms d’espèces font référence à leur appartenance ordinale. Les carrés bleus désignent les  espèces qui hibernent, les carrés rouges celles affectées de torpeur quotidienne.  D’après réf. 2.

Arbre phylogénétique des Mammifères : les couleurs des noms d’espèces font référence à leur appartenance ordinale. Les carrés bleus désignent les espèces qui hibernent, les carrés rouges celles affectées de torpeur quotidienne. D’après réf. 2.

 

Au changement de saison, quand la nourriture vient à manquer, beaucoup se planquent dans une cachette et attendent le printemps. L’autre solution serait de s’expatrier vers des régions plus clémentes. Mais c’est plus cher, et il faut réserver à l’avance. Alors la plupart, disons les plus démunis, choisissent de rester sur place, dégottent un abri sûr où ils attendront le printemps, se réveillant de temps en temps pour grignoter, aller aux toilettes, en profiter peut-être pour tirer un coup vite fait ou se refaire une beauté avant de replonger dans le sommeil.

Ceux qui hibernent sont très mode COP 21 : leur but est de faire des économies d’énergie en faisant baisser leur température corporelle. C’est une adaptation à la fois à la rigueur saisonnière du climat et au manque de nourriture. Pour combattre le froid, il faudrait qu’ils consomment plus. Mais les ressources alimentaires se raréfient au fur et à mesure que la température s’abaisse. Alors on évite de dépenser et de se dépenser, et plutôt que plus souvent dîner, on dort et sacrifie au célèbre adage.

Cette vidéo nous fait partager la vie privée de l’écureil arctique au début de l’hiver http://www.arkive.org/arctic-ground-squirrel/spermophilus-parryii/video-10.html

 

Cependant ce long sommeil hivernal est haché de brefs réveils. Leur rythme est en dents de peigne, version démêloir : les intermèdes de sommeil sont longs, plusieurs jours, les épisodes de réveil très brefs, deux ou trois heures.

Un exemple bien étudié est celui de l’écureuil doré d’Amérique du Nord qui hiverne de fin octobre à avril. Durant cette période, sa température corporelle passe de 38° à 5°. Au cours de son hibernation il se réveillera brièvement une vingtaine de fois. Ces épisodes de grand sommeil courent sur 7 à 15 jours alors que les réveils sont brefs, chaque fois de quelques heures (3).

 

Hibernation de l’écureuil doré au cours d’une année. La température corporelle (Th) en été est de l’ordre de 40° et de 5 ° en hiver.  Durant l’hibernation, des périodes de torpeur d’environ une semaine alternent avec des réveils et remontées de la température corporelle d’environ deux heure. A la fin de l’hiver (IBA), les réveils se rapprochent. Figure 1 in réf. 2.

Hibernation de l’écureuil doré au cours d’une année. La température corporelle (Th) en été est de l’ordre de 40° et de 5 ° en hiver. Durant l’hibernation, des périodes de torpeur d’environ une semaine alternent avec des réveils et remontées de la température corporelle d’environ deux heure. A la fin de l’hiver (IBA), les réveils se rapprochent. Figure 1 in réf. 2.

 

Une dernière précision : quel est le sens des longs sifflements que les marmottes échangent avant de plonger pour l’hiver dans leurs terriers ? Bonne Année et à l’Année prochaine.

 

 

 

(1) http://www.franceoutdoors.com/news-may-2010-marmot.html

(2) Thomas Ruf, Fritz Geiser. 2015. Daily torpor and hibernation in birds and mammals. Biol. Rev. (2015), 90, pp. 891–926. doi: 10.1111/brv.12137.

(3) H. V. Carey, M. T. Andrews, S. L. Martin. 2003. Mammalian Hibernation: Cellular and Molecular Responses to Depressed Metabolism and Low Temperature. Physiol. Rev.

83: 1153–1181, 2003; doi : 10.1152/physrev.00008.2003

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