Le guépard, champion de course Et de restauration rapide


Chronomètre en main, il est reconnu que les guépards sont les plus véloces de tous les Mammifères, capables de franchir 100 mètres en 3 secondes pour capturer une proie. Confrontés aux appétits de voisins tout aussi affamés mais plus imposants, ils ont développé une stratégie alimentaire aussi vive : la goinfrerie. Ils  peuvent ingurgiter et se rassasier en trois bouchées d’une capture que sont près de leur chiper lions et hyènes s’ils tardent trop à s’en repaître (1).

Dans nos sociétés, il est des corps de métier pour qui l’heure du repas est aussi mesurée et comptée que dans la savane celle du guépard : travailleurs du bâtiment et  tant d’autres doivent se sustenter en un temps record à mi journée pour ensuite poursuivre leurs taches. Au risque de contracter des maux divers pour ce trop de hâte à se remplir l’estomac. Dans leur domaine, nécessité fait loi, et le Code du Travail est impuissant à protéger ces travailleurs des maux aussi récurrents  que chroniques qui les affectent dus à ces excès de zèle.

Dans la savane, les carnivores de moyenne taille tels les guépards sont confrontés au même

problème. Le bénéfice énergétique de la capture d’une proie peut leur être volé en un clin d’œil par plus forts qu’eux : les lions et les hyènes qualifiés de carnivores de premier rang.

Les guépards sont des chasseurs solitaires qui comptent sur leur rapidité pour poursuivre et se saisir d’une proie en un temps recordhttp://www.scilogs.fr/histoires-de-mammiferes/les-virevoltes-du-guepard/. Le taux de réussite de ces attaques est élevé. Il n’empêche  que la dépense énergétique liée à ces captures qui assurent leur survie ne l’est pas moins. Aussi, si après leur exploit ils sont dépossédés de leur proie par plus forts qu’eux, ils risquent à terme de dépérir et de ne plus être capables de se sustenter.

Anne Hilborn et ses collègues vivent dans le Sérenguetti depuis 35 ans et ont accumulé les observations sur les mœurs et coutumes des habitants de la savane, en particulier ce jeu, cet équilibre, qui fait que les Carnivores de haut rang parviennent à s’alimenter sans problème grâce à leur habileté à se procurer des proies, mais aussi parce qu’ils volent à d’autres le produit de leur chasse, ceux que les éthologistes qualifient de «  mésocarnivores », à savoir guépards et panthères.

C’est leur poids et leur inaptitude à coopérer pour mieux se défendre qui fait la faiblesse des guépards, et les prive souvent d’un repas qu’ils ont eu bien du mal à capturer et dont ils sont privés par plus forts qu’eux.

Quelles réponses ces champions de course de vitesse ont-ils apporté à ce risque annoncé d’être dépossédés de leurs captures  ? Ils ont appris à se rassasier en trois coups de dents et de déglutition pour se caler l’estomac et survivre… à condition qu’ils n’aient pas la marmaille à surveiller ! Car si mâles et femelles célibataires guépards peuvent sans problème se sustenter et adopter une « fast-food attitude » pour se nourrir en un temps record, les mères de famille ont une stratégie différente. En premier lieu, beaucoup choisissant d’élever leurs petits en un lieu où la densité des grands carnivores, lions et hyènes,  est moindre. Et puis, sachant que leurs « petites gueules » prennent du temps pour engloutir la viande fraiche, sitôt  après une capture, elles se saisissent de la proie et entrainent leur marmaille en un lieu reculé entouré de hautes herbes pour que leurs petits  se repaissent en toute tranquillité, elles-mêmes restant aux aguets.

Mère guépard attentive et ses petits goinfrant

 

 

 

 

 

Hélas, ces mères vigilantes payent un prix : c’est là une forme de sacrifice qui peut les voir dépérir, perdre leurs forces jusqu’à provoquer un amaigrissement qui les met en danger.

A moins qu’elles abandonnent ce rôle de mère et retournent au célibat. Il leur suffira alors  de trouver un lieu haut perché pour y accrocher leur proie. https://www.youtube.com/watch?v=LE0ad2sCKds

 

Le jeu de l'antilope perchée

 

 

 

 

 

 

Mais, attention : vautours et autres charognards ailés  risquent de les voler.

 

(1) Anne Hilborn et al. 2018. Cheetahs modify their prey handling behavior depending on risks from top predators. Behavioral Ecology and Sociobiology (2018) 72: 74

https://doi.org/10.1007/s00265-018-2481-y

 

 

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