Le Macaque, auxiliaire bienvenu de l’agroforesterie du palmier à huile

L’huile de palme est un additif déclaré indispensable à des milliers de produits alimentaires industriels. Dès lors la culture de l’éléis de guinée s’est répandue dans tous les pays tropicaux, jusqu’à mettre en péril leurs forêts naturelles, et avec elles leurs occupants, mammifères, oiseaux, insectes et autres.

Dans les palmeraies où cet arbre est cultivé, il n’y a pas que les planteurs qui en tirent profit. D’autres habitants des lieux très opportunistes, macaques et rats, viennent se régaler de ses noix juteuses et riches en divers nutriments. Faut-il tous les combattre et tenter de les éliminer de façon brutale en usant de pesticides chimiques tous très toxiques ? Au contraire proposent des écologistes : sacrifions la part des anges à certains de ces prédateurs, en l’occurrence les macaques, pour qu’ils combattent et minimisent un autre ravageur plus destructif qu’ils ne sont, le rat (1).

Plantation d’éléis de Guinée en Malaisie, ses fruits et son huile

 

 

Dans les dernières décennies, les surfaces de forêt tropicales détruites pour laisser la place à des palmiers à huile ont augmenté de façon exponentielle. On estime qu’aujourd’hui dans le monde 18.7 millions d’hectares sont consacrés à la culture de l’éléis de guinée. La Malaisie occupe la tête dans le classement des pays où sa culture est la plus développée et sa production en huile de palme couvre 30% de la demande mondiale.

Dès lors on peut se douter que l’expansion de cette monoculture n’a pu avoir que des impacts écologiques négatifs : fragmentation des milieux naturels, baisse de la diversité génétique des populations animales et végétales, y compris un impact sur le climat local.

Pour autant, les nouvelles plantations offrent refuge, gite et couvert à de nombreux hôtes que l’on n’attendait pas à y voir prospérer et qui se servent à l’envi dans le verger des hommes : les rats en particulier dévorent à eux seuls plus de 10% des récoltes espérées ! Ce qui correspond en Malaisie à une surface cultivée en palmier de 580 000 hectares, et un coût annuel de près d’un million de dollars.

Le macaque à queue de cochon est un autre prédateur de ces cultures. Mais les dégâts qu’il provoque dans les plantations sont moindres : un groupe de 44 macaques se contentent de dévorer environ 21 tonnes de fruits par an, soit 0.56% de la production locale, ce qui est peu en regard des déprédations causées par le rat, exactement 17 fois moins. Qui plus est le macaque n’est pas « végan » strict, bien au contraire. Il chasse pour s’en repaitre les rats et ce avec un succès certain : des comptages précis permettent de conclure qu’un groupe de macaques d’une quarantaine d’individus consomme 3 135 rats par an !

Couple de macaques à queue de cochon et déjeuner carné d’un mâle

 

Une surveillance de leurs activités diurnes et nocturnes a permis à l’équipe de Anna Horlzner de constater que régulièrement ils visitent les caches où se dissimulent les rongeurs et se montrent très habiles pour les débusquer, usant de différentes stratégies. Et lees statistiques montrent que les zones de palmeraie les plus fréquemment visitées par les macaques sont également celles où les rats sont les moins abondants. Par exemple dans un cas précis où il est constaté qu’un coin de palmeraie reçoit la visite d’un macaque au moins tous les 4 jours entraine une diminution du nombre de rats de 79 % !

Comme  on  le sait le macaque à queue de cochon est une espèce menacée, comme tant d’autres primates, et dans la dernière décade ses effectifs ont diminué. Or si l’on stoppait son déclin et au contraire favorisait son expansion, il pourrait devenir un auxiliaire précieux des cultures du palmier et réduire de 10 à 3 % les dégâts causés par les rats. Ce qui reviendrait à un gain de productivité équivalent à 406 000 hectares de plantation, soit environ 650 millions de dollar, ce qui n’est pas de la monnaie de singe.

(1) A.Holzner et al . 2019. Macaques can contribute to greener practices in oil palm plantations when used as biological pest control. Current Biology, vol 29 : 1066-1087.

https://doi.org/10.1016/j.cub.2019.09.011


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