Les animaux malades de la route

Sur les routes d'Europe, chaque année environ 194 millions d’oiseaux et 29 millions de mammifères trouveraient la mort. Cette mortalité routière, somme toute très ordinaire, et à laquelle s’ajoute celle due à  la circulation ferroviaire, affecte gravement la démographie des populations locales de nombreuses espèces, au point de mettre à court terme en péril leur survie.(1). Cependant, c’est paradoxalement une mortalité qui passe inaperçue, surtout en milieu urbain, parce que  sans cadavres : dans les heures qui suivent les accidents, les nécrophages de tout type font place nette (2).

La densité en voies de communication de l’Europe est l’une des plus élevée au monde : son maillage est si serré que sur 50% de ce territoire, tout lieu est à une distance de moins de 1.5 km d’une voie de communication. Cette densité et le trafic intense des véhicules qui y circulent  de jour comme de nuit ont un impact très négatif sur les populations d’oiseaux et de mammifères, au point de mettre en danger de nombreuses espèces, dont certaines très communes et que l’on pourrait croire naturellement protégées des nuisances humaines.  

A l’évidence, comme de nombreuses études le prouvent, le trafic routier met en danger la biodiversité. Aussi est-il il est urgent de s’en préoccuper; et en premier lieu d’en évaluer l’impact. 

L’étude citée en référence (1) a dans un premier temps inventorié en Europe sur une longue période les accidents d’animaux bien documentés, le but étant d’établir un modèle prédictif qui prend en compte les caractéristiques et qualités des animaux victimes de la route, que ce soient des Oiseaux ou des Mammifères. Ainsi ils ont pu  « mesurer » la vulnérabilité de centaines d’espèces en fonction de leur habitat,  longévité, densité, poids, régime alimentaire ,  rythme d’activité diurne ou nocturne etc…Au total ce sont 20 critères répertoriés dans la colonne de gauche qui ont été pris en considération. Ces variables sont classées de bas en haut en fonction du risque croissant qu’elles font encourir à chaque espèce.

Les deux schémas suivants illustrent la vulnérabilité  aux accidents de la route des Oiseaux et de Mammifères et en orange apparaissent les variables  avec l’impact le plus négatif.

Causes de la Vulnérabilité

On constate ainsi que les Oiseaux les plus fréquemment victimes de la route sont ceux de petite taille, qui ont une densité de population élevée, qui sont omnivores ou granivores, et ce sont les jeunes qui sont le plus souvent tués. 

Pour les Mammifères ce sont presque les mêmes tendances : les plus petits, ceux qui ont un territoire réduit, une longévité courte et sont plutôt nocturnes sont les principales victimes. Et bien sûr dans ce cas aussi ce sont les jeunes les plus fréquemment victimes de la route. 

Ainsi chez les Oiseaux c’est la gélinotte des bois, petit gallinacé, et pour les Mammifères l’écureuil terrestre roux qui arrivent en tête des animaux les plus fréquemment accidentés. Il se trouve  que ces deux espèces sont très communes en Europe, et par ailleurs l’Union Internationale de la Conservation de la Nature (UICN), ne les considère pas comme des animaux en danger, et elles ne ne sont donc pas sur sa trop célèbre Liste Rouge des espèces menacées à court terme d’extinction ! 

Au demeurant, seulement quelques espèces de cette fameuse Liste Rouge se retrouvent aussi sur celles des principales victimes du trafic routier : ce sont le foulque à crête qui vit dans le Sud de l’Espagne, 14ème  espèce d’Oiseaux  la plus menacée sur 423, et  le rat taupe des Balkans, 2ème espèce sur cette même liste sur 212 Mammifères

De fait sur 84 Oiseaux et 42 Mammifères considérés comme très vulnérables du fait du trafic routier, seulement 20 % d’entre elles sont aussi considérées par l’UICN en danger ou menacées.  

En conclusion de leur étude, les chercheurs illustrent sur une la carte de l’Europe leur prédiction quant au nombre d’animaux tués sur les routes chaque année par carré de 50 km x 50 km. 

Nombre de victimes/an sur un quadrillage de 50km x 50km

 

Sans surprise, ce sont les zones (orangé et rouge) où le réseau routier est le plus dense où l’on peut prédire qu’il a le plus grand nombre d’animaux tués, jusqu’à 490 000/an pour les oiseaux et 73 109/an pour les mammifères par carré unité. 

Paradoxalement, cette mortalité routière élevée passe relativement inaperçue, et des autorités en charge de la la gestion des milieux, et aussi du grand public. Ceci pour une simple raison : les cadavres disparaissent rapidement, dévorés en un clin d’oeil des lieux d’accidents par les charognards de tout type et toute taille, animaux sauvages ou domestiques.

J’ai eu l’occasion dans le blog Decodeurs360  (https://decodeurs360.org/societe/ils-meurent-par-millions/)  de signaler une étude réalisée en Grande-Bretagne  (2) qui illustre la rapidité avec laquelle sont dévorés les animaux victimes de la route : en mettant sous surveillance vidéo six zones résidentielles et six autres de parking, ils constatent que dans les 12 heures 70 % des cadavres ont disparu, rats et souris des villes et des champs assurant les travaux de finition ! 

Aussi c’est peu de dire que le nombre d’animaux accidentés de la route est largement sous-estimé.

Ces constats alarmants seront-ils pris en compte et par les autorités et les usagers de la route ? 

Vont-ils les uns et les autres coordonner leurs efforts et « inventer » l’Ecologie de la Route ?

Vaste programme ! Et de longue haleine, alors qu’il est envisagé que dans les 3 décennies à venir environ 25 millions de de kilomètres de routes asphaltées supplémentaires  seront construites de par le Monde, et que l’on comptera environ 5 fois plus d’automobiles qu’aujourd’hui…Et qu’ils soient électriques ou thermiques, ces 4.9 milliards de véhicules  seront tout aussi meurtriers.

(1) C. Grilo, E. Koroleva, R. Andrasik, M. Bil, M. Gonzaz-Suarez. 2020. Roadkill risk in population vulnerability in European birds and mammals.  Front Ecol Environ. doi:10.1002/fee.2216

 

(2) A.L.M. Schwartz zt al. 2018. Roadkill scavanging in an urban environment. Journal of Urban Ecology, 2018, 1–7 doi: 10.1093/jue/juy006


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