Les dons cachés de l’hasch des chats

L’herbe-aux-chats provoque chez nos minets des signes de bonheur allant jusqu’à  l’extase : ils se roulent sur ses touffes drues, dévorent les fleurs, s’en imprègnent, s’en frictionnent les pattes puis se massent le haut du crâne et tout le corps, les babines dégoulinant de bonheur, les yeux perdus vers des horizons qui n’appartiennent  qu’à eux, emportés dans des rêves que nous ne pouvons pas partager. D’ évidence, ça  plane pour eux, et l’envolée  peut durer… et se répéter.  Et l’on vient de montrer que si les chats se frottent à cette herbe c’est pour ne pas être piqués : du  cataire commun (Nepeta  cataria)   émane un puissant répulsif qui éloigne les insectes piqueurs, en particulier les moustiques (1). 

L’herbe -aux-chat sous le nom de Neptam nepite  (cataire) apparait dans les années 800 répertoriée dans l’un des capitulaires de Charlemagne où il  dresse la liste des 70 plantes qui doivent être cultivés dans les provinces de l’empire. Outre les plantes médicinales dont fait partie le cataire, on y trouve les fruitiers, plantes potagères et céréales que l’Empereur et ses conseils recommandent d’exploiter et protéger dans les champs et les jardins. Plus tard, lorsque les premiers jardins botaniques apparaissent à la fin du  Moyen-Age, on retrouvera le cataire dans le carré des simples réservé aux plantes médicinales. On en fait alors des infusions chaudes qui favorisent la transpiration dans les cas de grippe, rhumes et autres fièvres. 

Herbe-aux-chats vue par un botaniste du XVIII ème siècle et par un jeune consommateur

La première mention de l’attractivité que cette plante  exerce chez les chats date d’environ 300 ans et on la doit à un botaniste écossais, Philip Miller (1691-1771) qui la mentionne dans sa « bible » de l’horticulture The Gardeners Dictionary. 

Pour autant, longtemps ce n’est guère qu’un regard amusé que l’on portera longtemps aux contorsions extatiques de nos minets se roulant les quatre fers en l’air dans les bouquets de cette herbe  à demi sauvage qu’aujourd’hui tout étal de jardinerie propose aux chalands.  Et l’on peut trouver sur le web un florilège de vidéos où nos petits compagnons apparaissent ravagés par cette drogue que tout félin peut aisément se procurer à un coin de rue ou de jardin pour y faire la fête. 

https://www.youtube.com/embed/J5Xrcp6k8VE

La légende a même couru voici quelques années que le cataire pouvait se rouler en pétard, un cannabis du pauvre en quelque sorte ! Il n’en est rien. De ce point de vue aussi, nous sommes très différents des félins.

Et puis il faut noter que les chats du Japon ne sont pas en reste et connaissent les mêmes extases que leurs frères d’Europe, mais avec une autre essence : Actinidia polygama ou vigne argentée qui est une liane de la famille des kiwis qui pousse dans les montagnes de Chine et du Japon. Son effet euphorisant sur les chats a été signalé en 1704 par un savant japonais, et  une estampe de 1859 due à Tsukioka Yoshitoshi (1839-1892 en illustre joliment les effets : quand les chats se droguent de vigne argentée et dansent, les souris en profitent pour se gaver de riz.

Estampe de 1859 due à Tsukioka Yoshitoshi (1839-1892) Museum of Fine Arts de Boston.

 

Depuis, la réputation de sédatif des feuilles infusées de cette liane d’Extrême Orient  n’a cessé de s’étendre : on use de ses  extraits dans les zoos du monde entier pour calmer les lions ombrageux. 

Alors ces dernières années,  la Chimie avec un grand C, synonyme de vie, s’est emparée du problème afin d’ analyser les essences et molécules propres à ces plantes et leurs effets neurophysiologiques sur les félins, qu’ils soient de petite taille et de bonne compagnie, ou à l’inverse redoutables à croiser au coin d’un bois, qu’il s’agisse de chats domestiques, de tigres, panthères, lions ou lynx.  Quelles sont les vertus cachés de cette plante divine, au moins pour ce clan ? 

La réponse est tombée en même temps que les expériences en tout genre se sont multipliées. 

De l’herbe-aux-chats d’Europe émanent des effluves  d’une molécule dénommée  nepetalactone, et  de la vigne argenté d’Extrême-Orient de l’isoiridomyrmecin.   Toutes deux provoquent les mêmes symptômes chez les félins  des deux sexes et de de tous les continents : ils sont attirés par ces deux végétaux, se régalent de leurs effluves, les piétinent et s’en imprègnent jusqu’à sombrer dans l’extase à leur contact. Mais ce n’est pas tout : en synthétisant ces molécules et dans une suite d’expériences où cet ersatz a imprégné ou non l’environnement de chats de laboratoire, il a pu être montré que outre leur effet euphorique, ces molécules de synthèse avaient un fort pouvoir de répulsif à l’endroit des insectes piqueurs, en particulier les moustiques. Dans l’échelle d’efficacité des produits proposés sur le marché afin de nous protéger des piqures de ces vecteurs de maladie redoutables, les productions de l’herbe-aux-chats et de la vigne argentée peuvent être déclarées hors concours,  dix fois plus efficaces que  le célèbre DEET (diethyltoluamide) utilisé par l’armée américaine pour protéger ses GI de la malaria dans leurs guerres exotiques   

Dans les « compléments d’information » associés à la publication de R. Uenoyama et de ses collègues  qui est au centre de cette chronique, on trouvera les vidéos de différentes expériences qui leur ont permis  de conclure que l’herbe-aux-chats est un répulsif très puissant qui les protège des piqures de moustique et d’éventuelles infections de pathogènes dont ils sont les vecteurs. C’est aussi une invitation à une promenade dans un univers de laboratoire très carcéral et que Louis XI dit le prudent aurait pu imaginer, lui qui aimait tellement enfermer ses ennemis dans des cages de fer. Ces vidéos nous montrent encagés des chats sujets à des sollicitations diverses : 

  - les uns flairant des papiers -filtres imprégnés ou non de nepetalactone déposés sur le plancher de la cage, ou accrochés à son toit pour constater que les prisonniers à la recherche de plaisirs défendus  sont capables d’escalader les barreaux de leur prison pour s’ imprégner de ces fragrances et planer  esans pour autant recouvrer la liberté. 

  • D’autres ont pu ou non imprégner ou non leur fourrure de ce même produit  et n a libéré dnas leur voisinage des vols de moustiques voraces de leur sang pour tester l’efficacité de ce répulsif de synthèse.

Au lieu de ces expériences, certes frappées du sceau de la rationalité, et qui n’ont provisoirement troublé la vie que de seulement 25 chats et chattes, je vous invite à partager les ballades  champêtres de quelques  raminagrobis aussi communs que familiers avec accompagnement de violons, et partager leurs ébats sachant qu'ils ne seront jamais frappés de ce mal terrible qu'est l'addiction à une drogue.

https://www.qwant.com/?q=catnip&t=videos&o=0:8fd395e6accbef54d9cacbe38cbf5ebb&order=relevance&source=all

(1) R. Uenoyama et al, 2021. The characteristic response of domestic cats to plant iridoids allows them to gain chemical defense against mosquitoes. Science Advances  20 Jan 2021:

Vol. 7, no. 4, eabd9135 DOI: 10.1126/sciadv.abd9135


Un commentaire pour “Les dons cachés de l’hasch des chats”

  1. Anne THOMAS Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Petite précision quant à la photo de droite correspondant à la légende : "Herbe-aux-chats vue par un botaniste du XVIII ème siècle et par un jeune consommateur" :
    La photo de droite représente des graminées (vendues sous le nom "Herbe à chat" et non euphorisantes) et pas de la cataire.
    Plus de précisions sur la distinction entre les deux :
    https://jardinage.lemonde.fr/dossier-244-herbe-chat.html

    Merci pour vos articles toujours aussi passionnants

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