Les rats de New York ont les bons gènes pour y bien vivre

Comme tout citoyen de la Grosse Pomme, c’est de pizza que préfère se régaler Rattus norvegicus. Et il a acquis  au fil du temps les bons gènes pour digérer ce type d’aliment riche en sucres et graisses. Au risque de devenir obèse…à l’image des Homo sapiens qu’il côtoie : bonne santé, sveltesse  et vie urbaine ne s’accordent pas forcément pour les uns comme pour les autres. Mais le bien-vivre ne prime-t-il pas chez les citadins de tout poils ? C’est en résumé la conclusion d’un groupe de généticiens qui a comparé les génomes de  rats des villes new-yorkais très urbains à ceux sauvages des rats des champs de Chine  leurs ancêtres (1)

Le rat et la pizza dans le métro à New York (Matt Little, 2015).

Deux millions de rats bruns (surmulots) vivent à New York, et leur appétit prive chaque année la métropole de milliards (billions !) de tonnes de nourriture. Mais aussi il faut reconnaître qu’ils la débarrassent  de presque autant d’ordures et autres rebuts avec l’aide de quelques millions d’auxiliaires pas moins goulus : rats noirs, souris de diverses espèces, sans oublier les nuées de pigeons et oiseaux de mer pour qui la Ville tient  table ouverte. 

Les Rattus norvegicus  sont arrivés d’Europe au 18ème siècle dans les soutes des navires, en compagnie des colons venus s’installer sur ce territoire alors colonie britannique. Leurs ancêtres sauvages - ceux des rats bien sûr - sont apparus en  Chine et  Asie du Sud-Est  voici quelques dizaines de milliers d’années. Mais ce n’est qu’au Moyen-Age qu’ils ont envahi l’Europe en empruntant les voies de migration des hommes, en particulier les routes de la soie et des épices. C’est dans les villes qu’ils ont choisies de se fixer et dès lors ont acquis le statut de commensaux plus que nuisibles.  

La population new-yorkaise  de rats bruns au départ très homogène s’est scindée en deux groupes génétiquement distincts,  les rats du sud et les rats du nord : entre les deux existe une zone commerciale où les dépôts d’ordures son rares ce qui a favorisé la ségrégation (2). 

Dans la mesure où leurs dégâts se chiffrent en billions de dollars, ajouté au fait qu’ils sont porteurs sains de nombreux germes, ces animaux font l’objet de nombreuses études visant à mieux cerner leurs moeurs pour mieux les combattre et limiter leur expansion. 

On a pu constater chez d’autres espèces qui vivent en milieu urbain qu’elles ont sélectionnées des adaptations génétiques qui leur permettent de surmonter certaines des adversités  de ce type d’environnement qui n’a rien de naturel. Beaucoup acquièrent des défenses qui se transmettent de génération en génération :  résistance aux polluants, réponses immunitaires à des toxines, adaptation à un régime alimentaire de type industriel, qui est  celui  dont les humains se délectent. . 

Pour le rat brun de Manhattan, sur un échantillon représentatif, les généticiens se sont attachés à détecter les mutations récentes de son  génome, et ils l’ont comparé à celui d’un échantillon  de ses ancêtres « ruraux » piégés à Harbin dans le nord est de la Chine. 

Sans surprise ils constatent que les indésirables de la Grosse Pomme ont développé une résistance génétique aux rodenticides, en particulier certains anticoagulants. En cela, les new-yorkais se montrent les égaux de leurs frères européens qui vivent dans les mêmes conditions. Une convergence plus que bienvenue qui leur permet de proliférer  en dépit des poisons que l’on répand sur leurs passages.  

Par ailleurs des mutations récentes affectent des douzaines de leurs gènes qui contrôlent l’aptitude à se déplacer, le comportement et le régime alimentaire. L’un d’eux; le CACNA1C, connu aussi chez les humains, est souvent associé aux affections psychiatriques générées par le stress inhérent aux dangers et risques encourus en milieu urbain : se déplacer dans les réseaux d’égouts, dans l’entrelacs des tuyaux, des rails et traverser des chaussées requiert des aptitudes singulières. 

Une autre trouvaille des chercheurs met en évidence les modifications des parties du génome qui contrôlent le métabolisme. Ils constatent que chez les rats bruns de New York, comme chez les humains citadins,  des douzaines de gènes ont été activés pour bien digérer graisses et sucres, ingrédients de première importance de  la « restauration urbaine ». Il n’empêche que les  conséquences de ce régime mauvais pour la santé se font jour chez les uns comme chez les autres : obésité, diabète. S’il s’agissait de rats et bipèdes français, nous dirions qu’ils sont susceptibles de développer ce mal qui n’appartient qu’à notre peuple : des crises de foie. Oublions ce syndrome inconnu hors de l’hexagone, et revenons aux dégâts que provoque l'alimentation industrielle, parfois parée d’une hypocrite feuille de salade. Le fait est qu’il est des adaptations génétiques des peuples des villes à deux ou quatre pattes dont les bienfaits diététiques ne sont guère évidents. Surpoids, obésité,  glycémie, hyperglycémie sont-ils malgré ce synonymes de sélection naturelle ? La réponse est oui. Et c’est une adaptation récente : depuis que la pizza et autres aliments industriels sont au menu des new-yorkais, y compris jusqu’au plus au niveau., soit à peine quelques décennies.

Publicitaire de Pizza Hut sur la brèche

La chaine Pizza Hut est née en 1958 à Wichita, Kansas, et lors de mon premier voyage à New York à la fin des années 1970, j’ai honoré sa table ! J’ignorais qui serait quelques années plus tard l’un des principaux actionnaires de ce consortium présent dans 84 pays et environ 25 000 échoppes. 

  1. Arbel Harpak et al. . 2020.  Genetic Adaptation in New York City Rats. bioRxiv preprint doi: https://doi.org/10.1101/2020.02.07.938969. 
  2. Matthew Combs, Emily E Puckett, Jonathan Richardson, Destiny Mims, and Jason Munshi-South. Spatial population genomics of the brown rat (Rattus norvegicus) in New York City. Molecular Ecology, 27(1):83–98, 2018. 

Publier un commentaire