Les virevoltes du guépard


Sprinter le plus véloce, c’est en ces termes que le plus souvent on nous décrit ce très élégant carnivore. Comme si enfermé dans son couloir, le guépard n’était capable que de vitesse linéaire sur un parcours limité, quitte à s’écrouler épuisé sur la ligne d’arrivée.

Rien n’est plus faux. La course du guépard, est certes la plus rapide au monde, mais c’est certainement aussi la plus déjantée : l’animal est capable de virages sur l’aile, contre pieds, cabrioles, zigzags, sauts en tout genre, le tout à très, très grande vitesse, exécutés lors de poursuite de ses proies. Un vrai TGTTV en somme : Très Grand Tortillard Très Grande Vitesse. Pour preuve cette vidéo où l’on excite un guépard grâce à un leurre à faire preuve de ses capacités manœuvrières :

https://www.nytimes.com/video/science/100000002459297/sciencetake-the-cheetahs-agility.html

Chronomètre en main, on sait qu’il est capable de pointes à plus de 90 km/heure avec une moyenne aussi soutenue que virevoltante de l’ordre de 50 km/heure. Un as de l’enduro…

Du haut de ses 40 kg, son but est de courser gazelles et impalas de moins de 55 kg, les déséquilibrer, puis les étouffer pour s’en repaître.

 

On se dit que pour courir de la sorte, ce n’est pas qu’une question de pattes. Il faut aussi que le guépard garde son assiette et ne perde pas de vue son but, la victime qu’il convoite, quel que soit les détours qu’elle emprunte. Ainsi doit-il virevolter dès qu’elle change de cap, à l’occasion freiner des quatre fers et rebondir dans l’instant sans perte d’aplomb et d’équilibre tout en gardant dans le viseur son but.

Et l’on vient de découvrir que les guépards d’aujourd’hui possèdent un gyroscope interne pour les stabiliser dans leurs courses plus performant qu’il y a une centaine de milliers d’années à peine (1).

Cet organe de l’équilibre est situé au plus profond de l’oreille interne, dans l’os pétreux. Ses principaux composants sont les trois canaux osseux semi circulaires dans des plans perpendiculaires perchés sur le vestibule, ou limaçon. Parcourus d’otolithes, ils sont tapissés de cellules sensitives innervées d’un dense réseau nerveux

Une fois de plus ce sont  les progrès de l’imagerie en 3D qui nous révèlent ces modifications anatomiques survenus aux temps modernes. D’évidence le guépard d’aujourd’hui possède un appareil auditif plus performant, plus développé et sensible que celui de son ancêtre d’il y a une centaine de milliers d’années.

 

A gauche situation de l’organe de l’équilibre chez le guépard (document AMNH). A droite, six vues mettant en évidence les différences de forme du vestibule (en bleu) et de volume du limaçon entre guépard fossile , en grisé, et l’actuel (réf 1).

 

Alors des fois çà marche et il surprend sa proie : https://www.youtube.com/watch?v=30UaROwbA8Y

Et le carnivore est assuré d’un repas.

D’autre fois il essuie un échec et repart le ventre vide et l’oreille basse, c’est le cas de le dire : https://www.youtube.com/watch?v=jDtDsMjCoKM

Et si certaines de ses proies pour s’en défendre avaient construit pour lui échapper un gyroscope directionnel tout aussi performant que celui du guépard ? Dans le langage des humains, cela s’appelle la course aux armements. Chaque adversaire développe des technologies de plus en plus perfectionnées pour contrecarrer celles que son ennemi met au point.

Pourquoi antilopes et impalas, victimes désignées de longue date du guépard ne perfectionneraient-elles aussi leurs systèmes de défense contre ses ennemis, et en particulier leurs propres gyroscopes pour virevolter mieux et plus haut ?

Il est probable que les chercheurs vont s’attacher à creuser la question.

Voici un demi siècle, on se doutait bien qu’il avait tout faux le Guépard, héros de Lampedusa, quand il déclarait «  tout change et rien ne change ». On en a la preuve ici. Pour survivre, il faut sans cesse s’adapter, aussi bien dans la nature que chez les aristocrates de Sicile. Du moins si l’on souhaite laisser un héritage.

 

 

 .(1) G. Grohée et al. 2018. Recent inner ear specialization forhigh-speed hunting in cheetahs. ScieNtific REPOrTS | (2018) 8:2301 | https://www.nature.com/articles/s41598-018-20198-3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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