Loups sans frontières

Du fin fond de la Russie à l'Est jusqu'aux rives de la mer du Nord et la Scandinavie à l’Ouest, les loups que l'on  peut croiser ici et là forment une population très homogène. Surtout, contrairement à une idée reçue,  ils ne s’hybrident qu'exceptionnellement avec les chiens domestiques (1).

Les origines des loups de Scandinavie font débat depuis des décennies. De nouvelles études génétiques montrent que ces populations qui se sont installées dans les années 80 près de la Baltique et la Mer du Nord sont très proches de celles qui vivent en Russie. C’est l’ensemble du génome d’environ 200 individus qui a été séquencé, et donc ces résultats sont très robustes. 

On peut en déduire que dans un premier temps ce sont des loups venus de l’Est qui se sont installés en Suède, et qui donc ne se préoccupaient guère du tristement célèbre « rideau de fer ». Par la suite on a des preuves génétiques que les loups « « suédois » ont pris le chemin inverse, et ce sans se pourvoir du moindre visa les autorisant à revenir dans  l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques qu’ils avaient fui sans permission. 

Ces loups et louves ont-ils eu des penchants pour les chiens et chiennes domestiques des pays « libres » de l’Ouest ou de ceux à l’Est encore sous le joug communiste ? La réponse est claire et sans appel : en aucune façon. Ou du moins à l’exception de quelques cas qui ont pu faire la une de certains journaux à scandale de la presse « animal people ».  Au demeurant aucune marque génétique d’hybridation entre chiens et loups n’a été à ce jour observée. 

Est-il possible que des loups russes viennent fréquenter d’autres contrées plus au Sud de l’espace Schengen que ne le sont la Suède et la Norvège ?  On doit l’envisager. Les loups sont des coureurs infatigables et sans frontières.

youtube.com/watch?v=fzSEuVomGx

Une étude publiée en 2016 sur  les migrations  des loups dans cet espace Schengen qui s’étend de la Scandinavie à l’Espagne et l ’Italie, illustre  la diversité génétique des populations de loups de ces contrées et des échanges qui s’y produisent (2). 

Les observations portent sur des échantillons du génome de loups prélevés dans 19 pays : Norvège, Suède, Finlande, Estonie, Latvia, Lituanie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Allemagne, Biélorussie,, Russie, Italie, Croatie, Bulgarie (3). 

Elles révèlent en premier lieu  que le rayon de dispersion  génétique d’une population de loups est de l’ordre de 650 à 850 km. On peut en déduire que la diversité génétique d’une population donnée peut être modifiée par une autre située dans un rayon de même ordre. 

Il apparait aussi que le degré d’hétérozygotie constaté chez les loups d’Europe est moindre dans le le sud-ouest et  plus élevée dans le nord-est. 

Répartition des loups et direction du flux génique de l’espèce en Europe. Les plages vertes indiquent la présence permanente du loup et en grisé celles où elle n’est que sporadique. Les flèches rouges montrent le sens des déplacements des populations de loup (d’après réf. 2

 

Ce n’est guère une surprise : d’autres études ont pu montrer que la mise en friche de vastes espaces et leur reconquête par la flore « sauvage », alors que parallèlement les populations humaines rurales quittaient ces lieux,  a favorisé le retour des loups partout dans le monde, et en particulier dans le nord-est de l’Eurasie. Jusqu’à devenir un indicateur de meilleure santé pour la Nature, et ce au grand dam des petits chaperons rouges de toute obédience et diverses autres professions.

Mais il est aussi possible qu’un jour pas si lointain  ce peuple des loups épris de liberté courre steppes, toundras et forêts avec attaché à l’oreille une étiquette, sa carte vitale. Big Brother nous 

guette tous, et contrôler ce prédateur de légende est une ambition partagée par de nombreux corps de métiers, pâtres, « chasseurs », ronds-de-cuir et batteurs d’estrade pour faire court. 

Une ultime remarque à propos du loup dans les Iles Britanniques où depuis l’arrivée des Normands, et même avant, on s’est attaché à l’exterminer : le dernier loup y fut aperçu en 1888. Mais aujourd’hui il y a bien des partisans pour sa réintroduction. Deux groupes le souhaitent : 

  • les écologistes nostalgiques de l’état de Nature qu’il serait souhaitable de reconstruire sur ce territoire insulaire. Ils ont déjà réussi la réintroduction du castor. 
  • quelques financiers qui se fondant sur l’expérience américaine de Yellowstone Park aux USA où la réintroduction récente des loups s’est soldée par un bénéfice à la fois pour l’équilibre écologique des communautés qui peuplent cet espace (4), ET par un gain de quelques 35 millions de dollars induit par la fréquentation touristique accrue,  avec l’espoir pour les visiteurs de croiser les nouveaux pensionnaires des lieux.

Verra-t-on un jour le loup côté au London Stock Exchange ? Les paris sont ouverts.

(1) Linnéa Smeds et al. 2020. Whole genome analyses provide no evidence for dog introgression in Fennoscandian wolf populations, Evolutionary Applications (2020). DOI: 10.1111/eva.13151 

(2) Hindrikson Maris et. 2016. Wolf population genetics in Europe: a systematic review, meta-analysis and suggestions for conservation and management . Biological Reviews. https://doi.org/10.1111/brv.12298

(3) Si la France n’apparaît pas sur cette liste c’est  par manque de données eu égard la rareté du loup dans notre pays, en dehors des médias bien sûr.

(4)Douglas et al, 2003. Yellowstone after Wolves . BioScience, Volume 53, Issue 4, April 2003, Pages 330–340, https://doi.org/10.1641/0006-3568(2003)053[0330:YAW]2.0.CO;2


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