Mammifères lucioles

La nuit tous les chats ne sont pas gris : des écureuils-volants, des opossums et des ornithorynques sont bio-luminescents, à condition d’avoir les bons yeux  (1,2,3) 

Ces découvertes récentes  interpellent  sur plusieurs sujets : 

  • quel avantage sélectif ces espèces retirent-elles  de leur bio luminescence  UV ? 
  • s’agit-il seulement de signaux de reconnaissance émis pour rechercher des partenaires sexuels ?
  • est-ce pour éloigner des prédateurs ou à l’inverse attirer des proies ?
  • est-ce un caractère primitif hérité de leur passé commun ancien ou un acquis engrangé dans  différentes lignées au hasard de leur histoire ? 

« La nuit les écureuils-volants sont roses » écrivais-je voici quelques mois http://www.scilogs.fr/histoires-de-mammiferes/la-nuit-les-ecureuils-volants-sont-roses/. Aujourd’hui c’est la fourrure des ornithorynques qui éclairée par des lampes UV s’avère bio-luminescente (2). Et voici quelques années il avait  été signalé que le pelage de certains opossums était lui aussi phosphorescent (3). 

 

Pelages d’ornithorynque mâle de Tasmanie éclairés en UV (385-395 nm) avec ou sans filtre (face dorsale et ventrale) d’après réf. 2.

Observons d’abord que la bio luminescence en éclairage UV des premiers cités a été constatée in vivo, chez des sujets vivants, planant d’arbre en arbre de nuit,  peut-être pour éviter des collisions, alors que pour les deux autres  ce sont leurs dépouilles conservées dans les collections de musées de zoologie qui éclairés d’une source UV se révèlent phosphorescentes.

Mais au demeurant, il s’avère surtout que les trois sous-classes de Mammifères actuels, Placentaires, Marsupiaux et Monotrèmes sont concernées  et possèdent les mêmes capacités pour émettre des signaux bio luminescents.

Est-ce un héritage de leur passé commun ? C’es probable. Et pour autant, cela ne devrait pas surprendre eu égard les capacités visuelles ordinaires pour capter les rayons ultra-violets constatées chez de nombreux mammifères, encore qu’elles puissent emprunter des chemins différents (4). 

Une étude récente sur 38 espèces de Mammifères appartenant à 25 familles  réparties dans 9 ordres révèle que beaucoup ont les aptitudes pour interpréter les ondes lumineuses de courte  longueur d’ondes (infra 400 nm). Et en conclusion les chercheurs concluent que beaucoup de mammifères sont sensibles et peuvent  interpréter les UV. 

Ce n’est guère surprenant : 45% à 55% des Mammifères actuels sont des animaux nocturnes. Ce qui veut dire que la nuit est pour eux le théâtre de la recherche de nourriture, de la vie sociale et amoureuse. Le jour c’est repos, soins du corps et de la progéniture, vie familiale et sommeil.

Ce rythme de vie  partagé avec la durée du jour a une longue histoire, près  de 200 millions d’années, en des temps où les Mammifères  animaux à sang chaud tout juste nés côtoyaient les grands reptiles d’alors qui dominaient par la taille, le poids et l’appétit les écosystèmes terrestres d’alors, je veux parler des Dinosaures. Eu égard leur taille et leur physiologie ces grands Reptiles devaient espérer des rayons du soleil pour réchauffer leurs organisme afin de s’activer et partir en chasse http://www.scilogs.fr/histoires-de-mammiferes/mammiferes-dinosaures-nuit-jour/

Comme j‘ai pu l’écrire alors, et je ne suis pas le seul, les Dinosaures furent dès  leur origine  des diurnes obligés qui ont partagé leur territoire avec les Mammifères qui eux, pour éviter leur emprise, ont « choisi » la vie nocturne. On les qualifierait aujourd’hui de fêtards » impénitents jusqu’à les mettre au ban de notre vie courante et de ses interdits prophylactiques….

Comment avons-nous aussi longtemps été aveugles à ces aptitudes de bio luminescence que possèdent de nombreux Mammifères ? 

Il faut d’emblée signaler, que les humains comme la plupart des Primates, sont « aveugles » aux rayonnements UV, et les pigments visuels des trois types de cellules qui leur permettent de capter des longueurs d’onde entre 400 et 700 nm n’ont pas cette capacité.

Mais la plupart des autres Mammifère ont un spectre visuel plus vaste et sont sensibles aux ultra-violets (infra 400 nm). 

Pour l’heure, leur inventaire  est loin d’être exhaustif. Il est probable que dans un avenir proche d’autres mammifères révèleront  des qualités et aptitudes à interpréter les bioluminescences de type UV, je pense en particulier au Mammifères marins,  cétacés, phoques et autres qui fréquentent les abysses des océans

Le spectre des couleurs dans la nature est plus riche que nos petits yeux d’humains ne le perçoivent.  Mais nous avons tous les outils et les technologies  pour décrypter et voir  cet arc-en-ciel des couleurs qui favorise les rencontres avec ou à l’insu du gré de l’autre. Bien des animaux à la fois se cachent et se montrent, ou se montrent sans se cacher . Mais qui les voit ?  Dilemme shakespearien, Commedia del  Arte, impromptu de  Molière ou fable hollywoodienne ? Le répertoire animal des couleurs est sans aucun doute plus riche que l’on croit et surtout est un langage que longtemps nous avons ignoré.

Les fonctions de de cette faculté de percevoir les UV  pourraient concerner une plus grande visibilité des mâles, ou des femelles, des facultés « secrètes » de communication entre individus, des systèmes de repérage, de navigation,  de repérage des proies et de balisage du territoire de chasse. Sans oublier que les UV en période hivernale sont des outils de première qualité pour dénicher les proies dans les paysages enneigés. 

Il ne fait guère de doute que ces premières publications seront suivies de beaucoup d’autres. Sur le sujet on peut parier que les Mammifères nous en feront voir de toutes les couleurs 

1) Allison M Kohler, Erik R Olson, Jonathan G Martin, Paula Spaeth Anich; Ultraviolet fluorescence discovered in New World flying squirrels (Glaucomys), Journal of Mammalogy, , gyy177, https://doi.org/10.1093/jmammal/gyy177

(2) P. Spaeth Anich et al., 2020 Biofluorescence in the platypus (Ornithorynchus anatinus). Mammalia, 000010151520200027, eISSN 1864-1547, ISSN 0025-1461, DOI: https://doi.org/10.1515/mammalia-2020-0027

(3) R. H Pine et al., 1985. Labile pigments and fluorescent pelage in didelphid  marsupials Mammalia · January 1985 DOI: 10.1515/mamm.1985.49.2.249

 (4) Douglas RH, Jeffery G. 2014 The spectral transmission of ocular media suggests ultraviolet sensitivity is widespread among mammals. Proc. R. Soc. B 281: 20132995. http://dx.doi.org/10.1098/rspb.2013.2995

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