Pour les Mammifères, le Grand Sommeil est proche

La Sixième Extinction sera pour les Mammifères la dernière. Chez nos comparses, l’accélération récente du rythme des extinctions dépasse de loin celui de la création d’espèces générée par les mécanismes naturels de l’Evolution biologique. Dès lors il n’y a aucune chance pour que les Mammifères dans leur ensemble recouvrent leur splendeur passée, celle qui était la leur à la fin du Pliocène voici trois ou quatre millions d’années et qui nous vit naître. A l’appui de cette tragique conclusion, tragique parce que nous les Humains sommes concernés, les auteurs de l’étude avancent des prévisions qui montrent qu’il faudrait au moins 5 à 7 millions d’années pour compenser les disparitions d’espèces générées par l’expansion du genre humain au cours des derniers millénaires.  L’Evolution biologique des espèces ne peut pas suivre le rythme de destruction massive que les sociétés humaines perpètrent au détriment de Mère Nature (1).

Quelle place et quel impact  pour les Humains dans la Biomasse ?La réponse est brève :  seulement 0.01 %. Et pourtant ils sont responsables dans la période récente  de l’extermination de plus de 300 espèces de Mammifères, leur parentèle, et de centaines de milliers d’autres organismes. Un « bio-cide », un crime contre la Biodiversité, qui conduit l’humanité à sa perte.Ces chiffres résument les conclusions de biologistes qui ont quantifié et comparé les biomasses des différents organismes vivants qui peuplent notre planète, sur terre, dans les mers et les airs, et s’interrogent sur l’avenir des uns et des autres (2).

Sommes-nous entrés dans la Sixième Extinction de Masse ? La question pour eux ne se pose plus.Voici une vingtaine d’années une étude prémonitoire constatait que dans sa globalité, le monde vivant est dominé par des organismes invisibles : les procaryotes, des unicellulaires, pour la simple raison qu’ils mobilisent dans leurs structures entre 60 et 100% du carbone que les plantes renferment (3). Quoique sommaires, comme n’eut pas hésité à les qualifier un professeur de guitare connu, ils n’ont qu’un souhait : persister dans l’existence. A condition de n’en pas en être empêchés, jusqu’à souffrir les mille maux que les technologies modernes proposent pour les éradiquer.

Aujourd’hui, quelques élèves de ces précurseurs approfondissent cette réflexion et nous annoncent :

  • que nous les humains sommes ridiculement minoritaires et ne faisons pas le poids par comparaison au reste du monde animal avec 0.01% de sa masse totale ;
  • que malgré notre petit nombre, nous et nos ancêtres avons exterminé plus de 80 % des Mammifères sauvages, nos comparses de longue date, et ce dans les derniers millénaires ;
  • que notre pouvoir de nuisance quasi suicidaire va à court terme conduire à l’extinction de notre espèce et de milliers d’autres.

Le schéma suivant résume la part des différents organismes qui constituent la Biomasse sur la planète. On y constate que, en unités de gigatonnes, les Plantes en représentent 82 % et les Bactéries 13%. Le Règne animal se partage les 5 % restant et les Humains mobilisent 0.01% de cette masse.

 

Le grand marché du vivant a ses lois, ses règles, ses banques et ses conseils d’administration qui distribuent des dividendes et où se  décide le qui perd gagne. Jusqu’il y a peu, il était gouverné par la sélection naturelle, le long terme, ses hasards et ses nécessités. Mais les humains voici quelques millénaires ont peu à peu mis la main sur cette bourse de l’improbable pour la gouverner à leur guise et la soumettre à leurs désirs. Depuis, sur notre Planète, nul ne survit sans leur agrément, et ces oligarques ont l’exclusivité des bénéfices qu’ils tirent de l’exploitation de ses richesses.

Un exemple parmi des milliers : l’élevage des buffles des Indes dans le Mato Grosso au Brésil, premier fournisseur de la restauration rapide à bas coût de l’Occident. Cette image a-t-elle besoin de plus de commentaires ?

Un élevage au Matto Grosso. Cliché Daniel Beltra, GreenPeace.

 

 

Poursuivons la réflexion et l’analyse  pour mettre en exergue quels Mammifères sont aujourd’hui les mieux représentés sur notre planète. Le schéma si dessous résume la situation. Les mammifères sauvages représentent 4% à comparer aux 36 % et 60% que représentent humains et leur bétail (2).

Les Mammifères dominants. Source The Guardian.

 

Et pour ce qui concerne les oiseaux où en est-on ? La situation est à peine moins dramatique. 70% d’entre eux sont des animaux d’élevage, poulets et autres, à peine 30 % appartiennent à des espèces sauvages.

 

A ce jour, il n’existe pas à ma connaissance  de programme de conservation des espèces et de leurs effectifs d’échelle globale qui pourrait contrecarrer cette tendance à l’échelle des 50 prochaines années pour envisager de l’inverser.

Ainsi des centaines de milliers de phylums nés d’une histoire de la Vie de plus de 2.5  milliards d’années et que l’on croyait frappés du sceau de l’immortalité grâce à leur dynamique de reproduction, d’adaptation et de transformation, sont-ils à très court terme condamnés. Et l’Humanité va les accompagner dans ce néant dont est coupable son expansion dévorante.

(1) Matt Davis, Søren Faurby, and Jens-Christian Svenning. 2018.Mammal diversity will take millions of years to recover from the current biodiversity crisis. PNAS October 30, 2018 115 (44) 11262-11267; published ahead of print October 15, 2018 https://doi.org/10.1073/pnas.1804906115

(2) Yinon M. Bar-Ona, Rob Phillips, and Ron Miloa, 2018. The biomass distribution on Earth. PNAS, 2018, vol. 115 : 6506–651. pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1711842115

(3) William B. Whitma, David C. Coleman, and William J. Wiebe. 1998. Prokaryotes: The unseen majorityPNAS June 9, 1998 95 (12) 6578 -6583; https://doi.org/10.1073/pnas.95.12.6578

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