Risque d’infection = zéro chez les chauve souris


Les chauve souris, bien que hôtes naturels de plus de 100 virus pathogènes voire létaux, dont la rage et la fièvre Ebola, ne sont pas affectées par les maladies dont elles portent les germes. En examinant les gènes et le système immunitaire d’une chauve souris d’Australie, le renard noir volant, il a été constaté que son système immunitaire était en alerte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 ! Chez tous les autres mammifères, l’homme inclus, ce n’est que lorsqu’une attaque virale ou bactérienne se manifeste que les réponses immunitaires se déclenchent pour faire barrage (1).

 

Une des idées reçues les plus répandues concernant les Mammifères sauvages est que la plupart sont les porteurs sains de germes qui s’il arrive qu’ils soient transmis aux humains par leur simple fréquentation les infectent, jusqu’à les entrainer sur les rives du Styx. Dans ce procès que les hygiénistes intentent à la sauvagine, Rongeurs et Chauve souris sont les principaux mis en examen…et même présumés coupables avant même d’être entendus.

 

Une équipe de généticien australiens vient d’apporter la preuve, au moins pour les Chauve souris, qu’au lieu d’en faire les boucs émissaires de nos malheurs, il serait plus efficace de les imiter. Après avoir constaté que les systèmes immunitaires des humains ne se mettent en branle qu’une fois attaqués, ils constatent que ceux des Chauve souris sont autrement plus vigilants : les barrières immunitaires sont toujours dressées et prêtes à repousser tous les migrants incompatibles. C’est un véritable rideau de fer équipé de miradors et parcourus de sentinelles prêtes à faire feu que dressent ces petits animaux nocturnes face aux Ebola, grippes, pestes, autres virus et germes agressifs.

Renard noir volant au repos. Mais son système immunitaire est sur le qui vive

Renard noir volant au repos. Mais son système immunitaire est sur le qui vive

 

Devant ce constat ils ont séquencé le gène de chauve souris responsable des fonctionnalités des interférons de type I IFN qui assurent les réponses immunitaires, et l’ont comparé à son homologue chez les autres mammifères. Ils se sont alors aperçus que chez le renard volant noir, le spectre d’interférons disponible est plus simple d’une certaine façon que chez tous les autres mammifères. Chez ces derniers il y a 3 types de IFN qui diffèrent par les séquences d’aminoacide et le complexe récepteur qui les met en action. Chacun a un rôle défini et certains ne se déclenchent que lors d’une attaque virale, et en dehors de cette période d’activité ne sont pas décelables et donc inactifs.

A l’inverse chez les chauve souris le système est à la fois plus simple et surtout toujours sur la brèche, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Et ils posent la question : pourquoi ne pas envisager non pas de « greffer » sur le génome humain des caractéristiques propres aux chauve souris, mais plus subtilement de lui ôter certaines qualités qui dans l’état actuel font qu’à l’endroit des infections virales il ne réagit qu’après attaque. En les perdant, et en l’incitant à adopter la politique du « qui peut le moins peut le plus », ceux qui en seraient privés acquéraient une vigilance immunitaire digne d’une chauve souris.

Que de débats d’éthique en perspective avant que cette « amputation » génomique soit expérimentée …

 

 

(1) Peng Zhou et al. 2016. Contraction of the type I IFN locus and unusual constitutive expression of IFN-α in bats. PNAS. Vol 113. : 2696-2701.doi: 10.1073/pnas.1518240113

 


Un commentaire pour “Risque d’infection = zéro chez les chauve souris”

  1. Philippe BRISSAUD Répondre | Permalink

    j'ai lu aussi que leur immunité est au top car elle ont une température corporelle très élevée grâce à leur vol très rapide

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