Saint-Valentin longue durée chez les titis

Ces petits singes vivent au Pérou dans sa forêt amazonienne, et donc très loin de ceux de Paris Belleville. Leur patronyme est un héritage précolombien des langues tupi de la forêt, et leur nom savant Plecterurocebus cupreus. A la puberté des couples se forment, et dès cette première rencontre amoureuse, les mâles et femelles qui se sont choisis  ne se quittent plus,  font des petits et les élèvent à deux… jusqu’à ce que la mort les sépare.

Chez les Mammifères, ce type de liaison monogame entre un mâle et une femelle, sans être une exception est rare : seulement 10% des espèces s’astreignent à ne se conjuguer qu’au singulier leur vie durant. Autrement dit, pour 90% des autres, le vagabondage amoureux est une règle de vie.

Couple de titis. Photos et sonos Erika Segales

 

Eu égard leur originalité et les menaces qui pèsent sur leur avenir, ces gracieux animaux sont de longue date suivis de près dans leurs pérégrinations. On les observe, les compte, les filme, et même si l’on ne comprend pas leur langage, on enregistre leurs discours : https://soundcloud.com/erika-segales/plecturocebus-modestus. On ne sait jamais : des fois qu’ils dégoiseraient quelques vilénies à notre endroit.

Mais dans leur comportement, c’est cette stabilité des couples une vie durant qui intrigue : quel avantage sélectif les titis en retirent-ils ? Et en particuliers sont-ce les mâles ou les femelles, ou les deux qui tirent bénéfice de cette monogamie stricte et donc un taux de reproduction supérieur à ce qu’il serait si les uns et les autres s’adonnaient au vagabondage amoureux  ? 

A ce sujet, on peut faire trois hypothèses :

  1. La collaboration mâle et femelle permet au couple de mieux défendre à deux leur territoire et ses ressources.
  2. Seul le mâle, véritable « soldat », défend les ressources et surveille le territoire pour éloigner les intrus. 
  3. Ou enfin le mâle se montre serviteur zélé auprès de la femelle, l’aide dans l’élevage,  protège la nichée des prédateurs, et chasse les autres mâles qui risqueraient d’agresser leurs petits. 

Un groupe d’éthologues vient d’apporter des éléments de réponses à ces questions. Pendant plus de 17 mois ils ont suivi  de près les ébats amoureux, les moeurs familiales et à l’occasion les rencontres et conflits de sept groupes de ces petits singes au plus profond de leur habitait  (1). 

En premier lieu, il a fallu habituer les animaux à leur présence, ce qui ne fut  pas une mince affaire et a pris suivant les cas de trois à sept semaines. Puis ils ont  dressé des « cartes d’identité » pour reconnaître chaque individu. La taille, le sexe, la longueur de la queue, la couleur du pelage, l’âge quand c’était possible, l’état de réception sexuelle au moment des observations ont été répertoriés codifiés et suivis, de même que le calendrier des naissances. 

Par la suite chaque rencontre entre groupes a été  observée et notée, qu’il s’agisse de rencontres d’un seul ou plusieurs individus avec un groupe, qu’il y ait ou non conflit, et le jeu des participants a été mesuré er apprécié suivant l’engagement de chacun   

Les couples « longue durée » sont aisément identifiables au sein des groupes : au repos, côte à côte sur une branche de la ramée, mâle et femelle  ont coutume d’enrouler leurs queues en une jolie torsade. 

L’observation de l’épouillage  (grooming), en particulier au sein des couples et sa fréquence, ont  été pris en compte et un protocole pour en définir les modalités  a été établi pour apprécier le temps d’épouillage et la fréquence  d’une femelle pour son compagnon, et la situation inverse. A cette occasion les chercheurs ont constaté que les femelles épouillent plus souvent les mâles que l’inverse, et aussi que la présence de petits affecte cette activité réciproque : après une naissance, les pères sont plus souvent épouillés par leurs compagnes. 

Par ailleurs les chercheurs  ont défini des critères pour apprécier et quantifier les temps  de contact qui s’établissent au sein  des couples, et quel partenaire les provoque. D’évidence ce sont les femelles qui quémandent le plus auprès des mâles, et se montrent  les plus actives. Même lorsqu’elles doivent allaiter, les mères sollicitent fréquemment l’attention de leur compagnon.  

Pour les rencontres entre groupes, le plus souvent c’est un mâle qui prend l’initiative d’aller à sa rencontre et se montre le plus actif et le plus agressif. Les mâles en ces occasions  poussent  des cris,  gesticulent et et vont jusqu’à menacer et poursuivre pour les éloigner mâles et femelles du groupe adversaire.  De leur côté les femelles se contentent de pousser des cris et très rarement participent aux poursuites. 

Pour autant les muscles des mâles ne leur sont pas utiles uniquement dans ces moments de  comportement agressif, lorsqu’ils croisent d’autres groupes et cherchent à les éloigner. Après une naissance, ce sont les pères qui prennent en charge au sens propre les petits et veillent sur leur bien-être, jusqu’à les trimballer au quotidien de résidence en résidence aux quatre coins de leur territoire, les surveiller très attentivement, les éduquer, voire les nourrir.  

Ainsi il apparait que chez les titis ce sont les mâles  qui en premier lieu assurent la cohésion du couple, et de fait c’est eux qui détiennent  le secret de la fidélité conjugale qu’on y constate  : non seulement ils défendent leur famille et lui garantissent  l’exclusivité d’un territoire et de ses  ressources, mais de plus ils  font plus que partager les tâches ménagères puisqu’ils assurent la garde et les soins aux petits du couple. En contrepartie ils reçoivent de leurs compagnes des soins fréquents d’épouillage et une attention sans cesse renouvelée de leur part, ce qui assure le maintien du lien dans le couple. 

Comparé aux autres cas connus de monogamie chez les Mammifères, il semble que le facteur le plus important qui assure la cohésion du couple chez les titis est l’investissement du père dans les soins qu’il apporte à sa famille, en particulier aux jeunes. Pour eux pas de congé parental, ils sont toujours sur la brèche.

(1) Dolotovskaya S, Walker S, Heymann EW. 2020 What makes a pair bond in a Neotropical primate: female and male contributions. R. Soc. open sci. 7: 191489. http://dx.doi.org/10.1098/rsos.191489 

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