Sauver les rhinocéros par les pieds

Sauver les rhinocéros de l’extinction est  synonyme de mettre les survivants de cette espèce en voie d’extinction hors de portée des braconniers et des nemrod avides de les coucher sur leurs tableaux de chasse. Il faut donc transporter  en lieu sûr, dans des réserves sous protection, les quelques dizaines de survivants de cette espèce depuis les savanes où ils sont menacés. 

Mais transporter un animal d’une tonne  sans affecter ses facultés physiques et psychiques n’est pas chose facile. Heureusement les spécialistes sont là qui à coup  de seringues et de filets ont mis au point la meilleure technique qui comme certaines valses s’exécute en quatre temps :

  • injection à distance d’un puissant analgésique qui immobilise l’animal, 
  • son anesthésie sous morphine pour une plus longue durée,
  • sa saisie et suspension par les pattes la tête en bas,
  • son transport par hélicoptère vers son nouvel éden. 

C’est le troisième temps sur lequel on doit insister (1). Les rhinocéros sont des quadrupèdes qui de par leur morphologie et leur poids risquent de souffrir d’asphyxie si après endormissement on les couche sur le flanc plusieurs heures pour les transporter en camion jusqu’à leur future résidence. Il faut donc les ménager, et faire en sorte qu’ils puissent dans leur sommeil artificiel continuer à s’oxygéner en suffisance. 

La première fléchette  qui leur injecte un puissant analgésique les abat. Vulgairement nommé « jus d’éléphant » par les vétérinaires, c’est un composé soigneusement dosé  d’étorphine et  d’azapérone. Puis, dans les minutes qui suivent on effectue quelques prélèvements biologiques pour estimer l’état de santé du sujet,  aussitôt enregistrés sur sa Carte Vitale, et on lui injecte une dose de morphine pour  l’endormir profondément. Dans le même temps on ligote les quatre pattes, et dans la foulée  si l’on ose dire, l’animal est soulevé  par hélicoptère pour être transporté en une demi heure  dans sa nouvelle résidence.  

En le suspendant la tête en bas, on évite les conséquences délétères voire mortelles de l’anesthésie : les opioïdes sont tout aussi nocifs pour les rhinocéros que pour les humains si des techniques de réanimation ne sont pas mises en oeuvre. En l’occurrence, les assistants d’anesthésie des rhinocéros sont aussi pilotes d’hélicoptères : en quelques tours d’hélice ils élèvent  hors sol les quatre fers en l’air leur passager, et la manoeuvre dégage sa cage thoracique et permet la ventilation et oxygénation de son organisme qui franchit cet épisode sans dommage majeur. Il plane dans tous les sens du terme puis atterrit en douceur dans son nouveau domaine accueilli par une une foule de paparazzi animaliers. 

La seule ombre au tableau est qu’il pointe un long moment la corne vers le bas. Mais dans son cas c’est un signe de victoire. Sauver sa vie vaut mieux que perdre  l’honneur quelques instants, et une méridienne efface tous ses tracas.

Pour répondre aux pingres qui pourraient s’inquiéter de la cherté de ce type d’opération, son coût est largement remboursé par quelques nuitées  d’éco tourisme et de safari photographique réservées à des clients fortunés. 

le vol du rhinocéros

 

 

(1) Robin W. Radcliffe et al. 2021. The Pulmonary and Metabolic Effects of Suspension by the Feet Compared With Lateral Recumbency in Immobilized Black Rhinoceroses (diceros Bicornis) Captured by Aerial Darting. Journal of Wildlife Diseases, 2021

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