Soldes d’hiver : le blanc du poil et du plumage est à l’oeil

L’hiver venu, le blanc est à la mode et même en soldes. Différents animaux, pour mieux résister à ses rigueurs et ses dangers, changent la couleur de leur poil ou de leur plume, et de neige se parent. Des chimistes sentencieux nous disent que après tout ce n’est qu’une affaire de mélatonine et de prolactine. Qu’en est-il vraiment de cette fashion season animale ? Ce rythme saisonnier de changement de fourrure ou de plumage résistera-t-il au réchauffement climatique qui s’annonce ? (1).

Une vingtaine d’espèces de petits animaux de la zone boréale ou de montagne, mammifères ou oiseaux, changent l’hiver venu la couleur de leurs poils ou de leurs plumes et blanchissent. Les plus connus sont le lièvre de montagne, l’hermine et le renard arctiques pour les mammifères, et la perdrix qui partage ce même territoire.

Tenues d’hiver et d’été de la perdrix arctique, du lièvre de montagne et de l’hermine et du renard arctiques. (Photos Pilipenko D, P. Carpenter, S. Morris, D. Cottieno. S. Choi, réf.1).

 

 

Tous ont une espérance de vie de l’ordre d’au moins une décennie, et c’est donc à plusieurs reprises qu’ils changent de couleur deux fois par an, et c’est un caractère héréditaire bienvenu, un de ces gains qu’accorde la sélection naturelle devenu gage de survie.

Le phénomène est très progressif et s’ébauche à la fin de l’été ou de l’hiver.

 

Progression de septembre à décembre du blanchiment des poils et plumes chez le lièvre des montagnes, la perdrix et l’hermine (réf.1).

 

Mais alors que le réchauffement climatique induit depuis le début du siècle à l’échelle globale une réduction de la période neigeuse, on peut se demander si ce changement de parure rythmée par la longueur journalière de l’ensoleillement ne va pas les rendre tous plus vulnérables aux changements de saison.

C’est d’évidence un camouflage qu’ils adoptent en début d’hiver et au printemps pour se préserver des prédateurs. S’ils blanchissent ou brunissent trop tôt, ils seront plus aisément repérable dans des paysages dépourvus de neige ou au contraire plus précocement verdoyants. Et puis cette blancheur est utile pour la physiologie de leur thermorégulation, et une façon d’économiser leur énergie. Tous ces adeptes de la fashion season « blanc de neige » ne doivent-ils pas modifier leur stratégie ?

 

La chaine de commandement de cette adaptation montre qu’elle est gouvernée par la photo périodicité quotidienne enregistré par les yeux comme illustré ci-dessous.

Chaine de commandement de la régulation hormonale de la couleur du pelage chez les mammifères. Le signal photopériodique transmis par l’œil pénètre le cerveau, est transmis au nucleus suprachiasmal et aux glandes endocrines. Par son influence sur la glande pituitaire, la lumière des jours de courte durée induit le blanchissement du pelage, et à l’inverse son assombrissent pour ceux de longue durée (réf.1).

 

 

 

Les mécanismes génétiques qui sous tendent ces changements de coloration restent mal connus. Mais la forte héritabilité de ce caractère ne fait pas de doute. Ainsi des lièvres des montagnes d’Autriche transportés au Portugal, continuent à blanchir en l’absence de neige. Et d’autres exemples concernant des mammifères au pelage variable sont cités qui déplacés dans des régions au climat plus doux que leurs terres d’origine perpétuent leur changement de robe et blanchissent même si aucun flocon ne recouvre le sol.

 

Il est probable que réchauffement climatique aidant tous ces animaux vont devoir s’adapter. Quelles solutions vont-ils choisir ? Ils pourraient comme d’autres se planquer dans des terriers à l’intersaison et se rendre moins visibles. A moins qu’ils choisissent de rejoindre des stations de sport d’hiver le moment venu pour passer inaperçus. Ils y côtoieront la foule des humains à la recherche du même exotisme glacial, et peut-être eux aussi y croiseront-ils le Père Noël et son attelage de rennes.

 

(1) M. Zimova, K. Hacklander, J.M. Good, J. Melo-Ferreira, P.C. Alves, L. Scott Mills. 2018.Function and underlying mechanisms ofseasonal colour moulting in mammals and

birds: what keeps them changing in a warming world?Biol. Rev. (2018), 93, pp. 1478–1498. 1478doi: 10.1111/brv.12405

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