Vive les accidents nucléaires : ils favorisent la vie sauvage

Aujourd’hui c’est à Fukushima que l’on annonce la bonne nouvelle : dix ans après la catastrophe nucléaire, la faune sauvage a fait plus que reprendre du poil de la bête, elle est plus prospère que jamais (1). Hier c’était à Tchernobyl : chiffres à l’appui on avait montré que les 2600 km2 de la zone d’exclusion abandonnée   par les humains  voici trente ans, après une explosion qui avait libéré 400 fois plus d’éléments radioactifs que la bombe d’Hiroshima, voyaient prospérer la sauvagine de toute taille, qu’elle porte poils ou plumes (2).

A priori on peut se dire que cette luxuriance  biologique, ce regain de biodiversité constatés dans des sites ravagés par des explosions nucléaires  sont la conséquence directe de l’abandon des lieux par les humains à juste titre morts de trouille. A l’inverse, et comme aurait dit Marguerite Duras,  forcément ignorants du risque, les animaux sauvages se sont trouvés un nouvel eldorado : la pax nuclea homo sapiens déficiensque  a libéré leurs pulsions amoureuses et leurs envies de procréation. Pourvu que ça dure doivent-ils se dire. 

Remarquons d’abord que deux auteurs (Thomas HG Hinton et James C Beasley) ont signé l’une et l’autre étude. Ce sont donc des spécialistes. 

Mais sont-ils les bons spécialistes  ? Les méthodes qu’ils ont mis en oeuvre sont-elles pertinentes  pour répondre aux questions que l’on doit se poser devant ces désastres dus aux émissions brutales de particules de radioactivité artificielle dans la Nature ? Certes elle a depuis la nuit des temps appris à gérer la radioactivité naturelle inhérente au système Terre, jusqu’à la domestiquer. Mais à Fukushima comme à Tchernobyl  ou en d’autres lieux, c’est de radioactivité artificielle qu’il s’agit, beaucoup plus puissante et souvent  explosive, celle issue du génie humain, celle devant laquelle la Nature et la sélection naturelle ne peuvent être que  désarmés.

Et que propose-t-on pour mesurer les effets de nos désordres nucléaires cataclysmiques sur les populations sauvages ? On commissionne sur le terrain de leurs dévastations quelques soit-disant «spécialistes » chargés de faire des comptages de population, des relevés en pistant les traces de vie des animaux sauvages, des observations  depuis des guérites blindées aux émanations dangereuses, ou grâce à des caméras de video surveillance. 

Dans aucune de ces études il n’est envisagé de faire un bilan santé des populations animales et végétales. Pas plus que de recenser les éventuelles malformations qui pourraient s’y révéler. Encore moins d’autopsier ceux qui périssent,  d’établir des bilans sanguins et génétiques des uns et des autres, et pourquoi pas les soigner. 

Pour résumer : si nous savons qu’aujourd’hui à Fukushima et Tchernobyl il y a plus d’animaux qu’avant ces deux catastrophes nucléaires, nous ne savons rien de leur misère biologique et de leur avenir  

Ces deux études sont de la poudre aux yeux pour les gogos.  Cela s’appelle de la désinformation et son but est de normaliser les risques inhérents au nucléaire et qui sont inévitables. Dans la foulée on efface de la mémoire humaine cette donnée fondamentale : la toxicité pluri séculaire des éléments radioactifs qui se propagent dans tous les milieux à l’occasion des explosions nucléaires. On va même jusqu’à organiser dans ces lieux de malheur des virées touristiques ! 

Nous savions que l’homme est un loup pour l’homme ; les deux études suggèrent qu’il l’est aussi pour toute la faune sauvage. 

Est-ce vraiment une nouveauté ?

A l’inverse  de ces misérables publications, il existe de nombreux sites qui informent sur le risque nucléaire. J’en ai choisi deux : 

https://www.sortirdunucleaire.org/Fukushima-8-ans-plus-tard-la-situation-n-est

https://www.criirad.org/actualites/tchernobylfrancbelarus/conclusionsonu_aieasept05/sommaireconclusiononu.html

  1. Phillip C Lyons, Kei Okuda, Matthew T Hamilton, Thomas G Hinton, James C Beasley.2020.  Rewilding of Fukushima's human evacuation zone. Frontiers in Ecology and the Environment, 2020 DOI: 10.1002/fee.2149

2. Sarah C Webster Michael E Byrne Stacey L Lance Cara N Love Thomas G Hinton Dmitry Shamovich James C Beasley. 2016 Where the wild things are: influence of radiation on the distribution of four mammalian species within the Chernobyl Exclusion Zone Frontiers in Ecology and the Environment 2016.  https://doi.org/10.1002/fee.1227  


5 commentaires pour “Vive les accidents nucléaires : ils favorisent la vie sauvage”

  1. clo Répondre | Permalink

    Moi aussi je pense ainsi, quelle honte sur ceux qui exécutent ce genre de pseudo-étude, et si ce sont des scientifiques, ils n'en ont plus que le titre.
    Amicalement

  2. FRANÇOIS BARDOT Répondre | Permalink

    Oui, une honte ! Et que dire de l'angoisse de ces animaux (et de ces plantes) de s'interroger à chaque instant sur les dangers énormes de la radioactivité artificielle (autrement plus explosive que la naturelle). Il faudrait vraiment que le CRIIRAD s'occupe un peu de tout cela, avec des études vraiment scientifiques et une approche vraiment indépendante, qui marque bien l'horreur d'une telle radioactivité.

  3. Niama Répondre | Permalink

    Je ne suis pas en phase avec les commentaires précédents. Le CRIIRAD est lui-même champion pour les pseudo-études, et je n'ai jamais vu d'animaux (ni de plantes) s'angoisser à chaque instant de phénomènes qu'ils ne perçoivent pas (même en rêve).

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